Les affaires solaires sont également en hausse

Les affaires solaires sont également en hausse

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les affaires continuent… – pages 422-426

Chauffage solaire

A la fin des années 70, les spécialistes pensaient que le solaire, thermique ou photovoltaïque, était destiné à devenir l’une des sources d’énergie les plus utilisées, mais que cela demanderait des développements technologiques longs et coûteux. Les écologistes souhaitaient que l’État favorise ce développement en équipant les bâtiments administratifs de chauffages solaires et en finançant les petites sociétés impliquées dans ces technologies émergentes. D’autres préconisaient de laisser ce marché aux grandes compagnies du pétrole, du gaz et de l’électricité, jugées seules capables d’investir les budgets nécessaires. Aux Etats-Unis, sur neuf sociétés produisant des cellules photovoltaïques, huit avaient été rachetées par de grandes compagnies, dont cinq pétrolières.

Les compagnies pétrolières, principalement Exxon et Arco, contrôlaient le développement des énergies alternatives comme le solaire, n’hésitant pas à le freiner pour protéger leurs intérêts. Les gouvernements des pays industrialisés encourageaient peu la concurrence dans le domaine des énergies durables. Bien au contraire, ils cherchaient avant tout à privilégier les grands groupes. En 1978, cinq grandes compagnies ont bénéficié de la quasi-totalité des budgets de recherche du gouvernement américain dans le domaine de l’énergie. Ce n’était pas mieux en France où les crédits de recherche étaient destinés presque exclusivement au nucléaire. Il ne restait plus grand-chose pour le financement des autres énergies et le projet de centrale solaire Thémis (Perpignan) avait même failli être abandonné. Le financement des installations de production d’énergie solaire était lui aussi dirigé vers les grandes compagnies. Aux Etats-Unis en 1977, sept d’entre elles se partagèrent 70% du budget d’investissement du Ministère de la Construction et de l’urbanisme (6 millions de dollars). La construction d’une centrale solaire thermique dans le désert du Mojave, le projet Barstow estimé à 130 millions de dollars, avait été confiée à McDonnell-Douglas. Un autre projet américain, le programme Sunsat, envisageait de déployer dans l’espace un gigantesque satellite de 186 kilomètres carrés qui émettrait des microondes qui seraient converties en énergie par des capteurs installés sur terre. Une fois encore, c’était de grandes compagnies qui devaient utiliser l’argent du contribuable pour financer ce projet estimé à 60 milliards de dollars. Les opposants à ce projet mettaient en avant, outre les investissements jugés trop importants et le nouveau monopole énergétique au profit de grands groupes, les risques liés aux microondes pour l’environnement et la santé humaine (lire article “Les mécanos de l’espace“).

L’avenir de l’énergie solaire était plus lié à des décisions politiques qu’à des questions purement technologiques. Si cette industrie naissante devait rester le monopole de grandes sociétés, publiques ou privées, le développement d’installations solaires démocratiques et à petite échelle était compromis.

 

L’industrie solaire photovoltaïque a eu beaucoup de mal à se développer en Europe depuis les années 70. C’est avant tout le manque de cohérence des politiques gouvernementales locales qui a fortement fragilisé la jeune industrie européenne au profit des producteurs asiatiques. En France, il a fallu attendre l’instauration d’un crédit d’impôt Développement Durable en 2007 pour que ce marché se développe enfin… mais pas pour longtemps. Les entreprises du secteur ont vécu une véritable descente aux enfers fin 2010, suite au moratoire gouvernemental de 3 mois des nouveaux projets de photovoltaïque qui a provoqué une chute de 75% du marché résidentiel individuel. Le Gouvernement Fillon ne pouvait pas faire pire pour détruire tout un secteur économique et brouiller totalement la politique environnementale de la France alors que se déroulait le Sommet de Cancun sur le réchauffement climatique. Pourtant le programme solaire français semblait mis sur de bons rails. La capacité installée du photovoltaïque a été multipliée par dix de 2008 à 2010, faisant passer la France du 12e au 7e rang mondial (selon le baromètre Price Waterhouse Coopers). Un rythme bien trop rapide qui a généré une interminable file d’attente des projets de raccordement au réseau d’ErDF (huit ans d’attente pour les derniers enregistrés!).

Ce sont donc des décisions politiques inaudibles et contradictoires qui ont provoqué la faillite d’entreprises en pleine phase de croissance, profitant aux multinationales de l’énergie et aux fabricants chinois. L’Allemagne, premier producteur mondial d’énergie solaire, a ainsi perdu sa place de leader mondial de l’industrie solaire au profit de la Chine. De nombreuses entreprises allemandes du secteur ont été obligées de stopper leur activité et les autres se sont spécialisées sur le segment du haut de gamme.

La Chine, grâce à une politique gouvernementale volontariste et cohérente, est devenue en quelques années le leader mondial de l’industrie solaire et assure aujourd’hui plus de 80% de la production mondiale. Quatre des six principaux fournisseurs de panneaux photovoltaïques dans le monde en 2016 sont chinois (Jinko Solar, Trina Solar, JA Solar, GCL SI) le canadien Canadian Solar occupant la troisième place et le coréen Hanwha Q Cells la cinquième. L’industrie solaire est devenue un enjeu économique majeur pour la Chine. L’Europe tente de se défendre en imposant de fortes taxations aux panneaux solaires chinois, mais ceux-ci restent très compétitifs et leur qualité ne cesse de s’améliorer. En France, 95 % des panneaux solaires installés sont de production chinoise.

Suffit-il de se positionner sur le haut de gamme pour tirer son épingle du jeu face aux redoutables chinois ? Rien n’est moins sûr. Les entreprises américaines du secteur, comme SunPower, filiale de Total depuis 2011, développent des panneaux solaires de nouvelle génération avec des rendements améliorés, mais beaucoup plus chers que les panneaux chinois. Elles ont été fortement pénalisées par la chute des prix des panneaux solaires, le marché étant en surcapacité de production. En 2016, l’ensemble du secteur solaire américain a chuté en Bourse de 45 %. L’action de SunPower s’est effondrée de 75 %, tandis que SunEdison déposait le bilan et que SolarCity ne devait son salut qu’à Tesla (les deux sociétés avaient les mêmes actionnaires principaux, le milliardaire Elon Musk et le fond Fidelity).

Si l’énergie solaire ne représente aujourd’hui que 1 % de l’énergie produite dans le monde, elle devrait à terme supplanter les énergies fossiles dont les stocks de matières premières sont, par définition, finis. Le marché du solaire n’est pas figé car la technologie va encore beaucoup progresser. Le rendement énergétique maximal du silicium est actuellement de l’ordre 26 % (en laboratoire), mais les spécialistes ont calculé que l’on pourra aller au-delà de 60 %, notamment grâce à la filière dite des “couches minces” (les cellules photovoltaïques seraient 100 fois plus fines et donc potentiellement moins chères et moins gourmandes en ressources minérales). Il ne faudra pas rater, une fois de plus, cette opportunité de développement.

 

(lire aussi les articles “Les cellules photovoltaïques“, “Attraper le soleil“).

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