Les affaires continuent…

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les affaires continuent… – pages 398-400

A la fin des années 70, le monde des affaires et celui de la préservation de l’environnement semblaient irréconciliables, tant leurs perceptions du monde étaient opposées. Les uns étaient obsédés par la croissance, tandis que les autres luttaient pour protéger notre planète. Pour ces derniers, l’humanité n’était qu’un élément d’un écosystème complexe aux équilibres fragiles dont sa survie dépendait. Pourtant, économie et écologie ont en commun le concept de gestion raisonnable des ressources. Leur préfixe commun “éco”, du grec oïkos, signifie “maison”, celle qu’il faut entretenir avec sagesse et prévoyance. Les disciplines traitent toutes deux d’équilibres, d’expansions, de distribution, d’énergies, de matières premières, de transformation et de consommation. L’accélération quasi exponentielle du développement des sociétés humaines, engendrant toujours plus de pollutions et de destruction de biodiversité, a mis en péril les écosystèmes. Dans ce chapitre, l’Almanach Cousteau de l’Environnement se penchait en 1980 sur le cas de certaines multinationales qui n’avaient pas hésité à bouleverser des systèmes naturels entiers pour assurer leur expansion économique. Inversement, c’est dans la même période qu’a surgi la prise de conscience des problèmes écologiques. Des associations de consommateurs s’organisaient pour faire imposer des normes environnementales aux entreprises et des signes prometteurs montraient que les énergies renouvelables pourraient devenir rentables. Les auteurs de l’Almanach Cousteau étaient probablement optimistes en écrivant que le processus de responsabilisation des entreprises à la préservation des ressources de la planète était en marche. Ils imaginaient que la majorité des entreprises réalisaient que ce qui était bon pour l’environnement l’était aussi pour les affaires. Ils écrivaient ainsi “Nous assisterons peut-être un jour aux épousailles de l’économie et de l’écologie”. L’état actuel de notre pauvre planète semble, hélas, démonter qu’ils avaient tort.

Aujourd’hui, la croissance économique représente le premier indicateur du niveau de vie d’un pays et la société de consommation reste le modèle économique dominant. Les entreprises, pour répondre à une demande toujours plus importante des marchés de masse, ne cessent d’aggraver la dégradation de l’environnement. Cette croissance économique, de plus en plus inégalitaire, laisse les pays du Sud sur le bas-côté. Pour s’en sortir, ces derniers recourent massivement à la déforestation, à l’agriculture et la pêche intensives, épuisant ainsi trop hâtivement leurs ressources naturelles. Ce seront bien eux qui souffriront le plus des dégâts causés depuis des décennies sur la planète par la société de consommation ; ce seront eux qui souffriront les premiers du réchauffement climatique; ce seront bien eux qui devront payer le fruit de notre déraison commune. D’ailleurs ils le paient déjà, avec les épisodes de sécheresse et de tempêtes de plus en plus fréquents et violents contre lesquels les populations défavorisées, le plus exposées, manquent cruellement de moyens.

Le concept de développement durable a été défini pour la première fois par le rapport Brundtland en 1987: “le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs.”. Il mettait ainsi en évidence non seulement le lien étroit entre croissance économique et pollution, mais aussi le droit pour chaque communauté à bénéficier des ressources naturelles dans l’espace et dans le temps. En 1992, lors du sommet de la Terre de Rio, 173 pays ont adopté l’Agenda 21 qui établit une série d’actions concrètes devant permettre de réconcilier développements économique et social, tout en préservant la planète. Deux notions, jusqu’alors antagonistes, l’écologie et l’économie, devaient être défendues en parallèle. Il ne s’agissait plus simplement de consommer moins, mais de consommer mieux, en tenant compte de l’impact écologique généré et en mettant en œuvre des moyens pour le réduire.

Aujourd’hui, le bio, le commerce équitable, les économies d’énergie, le recyclage, gagnent du terrain. La question écologique est devenue, enfin, un enjeu de société. De plus en plus de citoyens sont sensibilisés par les problèmes environnementaux et agissent de leur propre initiative pour participer à garantir une planète vivable aux générations futures. Mais ce n’est pas encore la majorité et nombreux sont ceux qui ne désirent pas faire d’efforts sous prétexte que les autres en font suffisamment ou n’en font pas du tout, opposés à toute concession à leur mode de vie. C’est l’opinion du Président américain Donald Trump qui, réfutant la réalité du réchauffement climatique lié à l’activité humaine, a signé en mars 2017 un décret ordonnant à l’Agence fédérale de protection de l’environnement (EPA) de revenir sur la réglementation de 2015 limitant les émissions de gaz à effet de serre des centrales électriques. Ces climatosceptiques n’auront cependant pas le choix et devront s’adapter, notamment avec le déclin annoncé des énergies fossiles, l’appauvrissement des terres agricoles, la raréfaction des ressources en eau et bien entendu le réchauffement climatique. Cette politique de l’autruche ne conduira nulle part, si ce n’est droit dans le mur. La technologie et la science ne pourront pas tout arranger, contrairement à ce que certains essaient de faire croire. Le sursis n’est pas très long, sans doute quelques décennies, voire moins, et il faudra alors tirer brutalement le frein à main, à défaut d’avoir ralenti lorsque l’obstacle était visible.

 

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