L’épopée des frères Villas Boas

Les frères Villas Bôas

Les frères Villas Bôas

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – pages 328-329

 

Les frères Villas Bôas (Orlando, Claudio, Leonardo) étaient des indigénistes spécialistes de l’établissement de contacts avec les tribus indiennes vivant au cœur de la forêt amazonienne et qui n’avaient encore jamais rencontré la civilisation moderne. Ils devaient agir rapidement, s’il voulaient devancer les sociétés qui construisaient des réseaux routiers, des installations industrielles, des mines ou qui transformaient la forêt en zones agricoles. Il fallait à la fois mettre à l’abri les ouvriers et les cadres des éventuelles attaques indiennes, tout en préservant les cultures des tribus vis-à-vis du choc de civilisation.

Les Villas Bôas avaient comme projet d’établir un grand parc national qui abriterait ces indiens menacés et limiterait les contacts avec le monde moderne. Après une longue lutte contre les grands propriétaires du Mato Grosso et l’inertie de la bureaucratie brésilienne, ce rêve se réalisa sous forme du Parc de Haut-Xingu, d’une superficie de 22000 kilomètres carrés, sur le Rio Xingu, en plein cœur de l’Amazonie. En 1956, eut lieu le premier contact avec la tribu des Tchikaos comptant parmi les dernières restées à l’âge de pierre. Cette rencontre ne donna pas de résultat, tant les indiens s’étaient montrés agressifs. Le deuxième contact eut lien en 1964 et permit de créer un lien entre les deux civilisations. Les Villas Bôas ont séjourné de longues périodes au milieu des indiens (seuls des missionnaires jésuites l’avaient fait auparavant, mais pour de toutes autres raisons).

Robin Hanbury-Tenison, de Survival International, écrivait en 1971 : “The Xingu is the only closed park in Brazil, which means that it is the only area in which Indians are safe from deliberate or accidental contact with undesirable representatives of Western civilization. This is due entirely to the Villas-Bôas brothers and the total dedication of their lives to this work over the last 25 years.” (Le Xingu est le seul parc fermé au Brésil, ce qui signifie que c’est le seul endroit où les Indiens sont à l’abri d’un contact délibéré ou accidentel avec des représentants indésirables de la civilisation occidentale. Cela est entièrement dû aux frères Villas-Bôas et au dévouement total de leur vie à ce travail depuis 25 ans.)

Malheureusement, les maladies apportées par la civilisation (fièvre jaune, diphtérie, rougeole, tuberculose, grippe…), ainsi que les conflits avec les chercheurs d’or et de diamants firent des ravages au sein de la population Tchikaos qui passa de 400 à 53 personnes. Ce n’est qu’en 1967 que les Villas Boas, après avoir appris leur langue, conduisirent le peuple Tchikaos dans le Parc Naturel de Haut-Xingu. D’autres tribus (18) vinrent s’y installer à leur tour. Les Tchikaos, comme les autres, cédèrent rapidement aux sirènes de la société moderne de consommation et finirent par perdre leurs coutumes ancestrales.

Les Villas Bôas furent beaucoup critiqués car on leur reprochait de vouloir figer les tribus amazoniennes à l’état primitif, dans une sorte de zoo humain, alors qu’elles aspiraient à rejoindre rapidement le monde moderne. Ils défendaient pourtant l’idée d’une intégration sur une longue durée, évitant tout choc brutal de civilisation. Selon les ethnologues de l’époque, le pari du développement isolé était impossible à tenir car rien ne pouvait arrêter la marche du progrès dès lors que le premier contact était établi. L’homme “primitif” était amené innéluctablement à perdre son mode de vie.

Une grande partie du Parc de Haut-Xingu fut cédé par le Gouvernement brésilien pour l’implantation d’élevages et pour la construction de la Transamazonienne. Claudio et Orlando n’acceptèrent pas cette décision et démissionnèrent de leurs postes d’administrateurs en 1975. Ils restent encore aujourd’hui la référence pour la création de ponts entre des civilisations éloignées de mille ans.

 

Rappelons nous ce que disait le grand Claude Lévi-Strauss à propos du Parc du Haut-Xingu : “A mon sens, toute politique de sauvegarde des populations indigènes en Amérique tropicale, et notamment au Brésil, devrait s’inspirer de deux principes: 1) Les langues, traditions, croyances, coutumes et institutions indigènes constituent des monuments historiques qui, pour n’être pas de pierre, font intégralement partie du patrimoine scientifique, moral et esthétique de l’humanité, au même titre que les temples égyptiens ou grecs, les cathédrales romanes ou gothiques, et à ce titre doivent très scrupuleusement respectés. 2) Ce respect n’est possible qu’à la condition que des fractions substantielles du territoire national, convenablement délimitées, soient (comme déjà le parc du Xingu) réservées au libre développement et à la survie des espèces animales, végétales et des cultures indiennes qui y voisinent depuis des millénaires sans se faire de tort réciproque, détenant ainsi le secret d’un équilibre harmonieux entre l’homme et la nature dont le générations futures, plus sages, espérons le, que la nôtre, sauront peut-être un jour s’inspirer.”

 

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