L’énergie thermique des mers

Énergie thermique des mers (projet NEMO)

Énergie thermique des mers (projet NEMO)

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 33-36

Le soleil réchauffe la Terre couverte d’eau à 71%. C’est donc surtout de l’eau qui s’échauffe en surface, alors que les profondeurs restent froides. En 1981 il était envisagé d’utiliser, dès l’an 2000, ce gradient de température pour produire de l’énergie par un système de turbines. Ce procédé avait même été imaginé en 1881 par le physicien français Arsène d’Arsonval, et Jules Verne s’en était fait l’écho lorsqu’il faisait dire au Capitaine Nemo : “J’aurai pu, en effet, en établissant un circuit entre des fils plongés à différentes profondeurs, obtenir de l’électricité par la diversité des températures ”. En 1930, l’ingénieur français Georges Claude a même construit la première centrale basée sur l’énergie thermique des mers (ETM) près des côtes cubaines. La France était alors une grande nation d’inventeurs, mais ne brillait pas par sa vision de l’avenir (est-ce vraiment différent aujourd’hui ?) : Le procédé a été abandonné car le pétrole était alors très bon marché.

A la fin des années 70, suite au choc pétrolier de 1973, trois constructeurs américains cherchaient à développer des centrales basées sur l’énergie thermique des mers (Ocean Thermal Energy Conversion (OTEC)) : Lockheed, TRW, Westinghouse. Il était alors envisagé que la première centrale commerciale d’une puissance de 400 mégawatts soit construite à la fin des années 80 ou au début des années 90.

Le fonctionnement de ces centrales, idéalement placées près de l’Équateur, est le même que celui d’un réfrigérateur : L’eau chaude pompée en surface réchauffe un gaz à bas point d’ébullition (ammoniaque, butane, propane) qui s’évapore et va faire tourner une turbine génératrice d’électricité. Le gaz est ensuite injecté en profondeur pour être liquéfié par les eaux plus froides. Selon les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement, le rendement (70% avec un gradient de température de 30°C) serait plus élevé qu’avec les centrales thermiques et nucléaires (<30%).

 

Qu’avons-nous réalisé au cours des 35 dernières années ?

Aujourd’hui, malgré un fort potentiel, l’ETM n’est toujours pas commercialement exploitée, bien qu’il existe quelques prototypes dont l’un à La Réunion. La rentabilité économique ne serait pas si grande que ce que l’on imaginait en 1981, en particulier du fait de l’importance des investissements nécessaires. Selon une étude américaine de 2001, le kW reviendrait 4 à 6 fois plus cher qu’avec une éolienne et 3 fois plus qu’avec le photovoltaïque.

Il est prévu de construire une centrale ETM au large de la Martinique qui devrait être opérationnelle en 2018 ; c’est le projet NEMO (New Energies for Martinique and Overseas). On était simplement un peu optimiste sur les délais nécessaires en 1981…

Mais il ne faudra pas reproduire les erreurs du passé et oublier de prendre en compte les conséquences d’une telle technologie sur l’environnement et la biodiversité. La remontée en surface d’énormes volumes d’eau froide risque de perturber de façon dramatique les écosystèmes, voire même le climat si cette technologie est amenée à se développer à grande échelle.

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