L’énergie marémotrice

Usine marémotrice de l'estuaire de la rance

Usine marémotrice de l’estuaire de la Rance

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 43-44

L’énergie marémotrice est liée directement à la force gravitationnelle exercée sur les océans par la lune. La puissance installée de l’ensemble des marées représenterait celle de 3000 centrales nucléaires (construites avant 1981) de 1000 MW. Le principal inconvénient d’une centrale électrique marémotrice est l’investissement nécessaire. En 1979, le coût d’une installation de 450 MW était estimé à 920 millions de dollars. Pour que le projet soit économiquement viable il fallait que l’amplitude des marées atteigne 4 à 5 mètres. or, très peu d’endroits au Monde remplissent cette condition. En France, on avait envisagé de construire une usine marémotrice sur les iles chausey, entre la baie du Mont Saint-Michel et la presqu’ile du Cotentin. Les scientifiques estimaient à cette époque que l’impact d’aussi gigantesques installations sur le fragile écosystème marin aurait été catastrophique, étant donné que la plupart des organismes aquatiques vivent au rythme des marées.

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 ?

L’usine marémotrice de l’estuaire de la Rance, entre Saint-Malo et La Richardais, est restée pendant 45 ans, de 1966 à 2011, avec une puissance installée de 240 MW, la plus grande du Monde. Elle n’a été supplantée que par la centrale de Sihwa Lake en Corée du Sud, légèrement plus puissante (254 MW). Cette centrale marémotrice est la principale source de production d’électricité de la Bretagne (45 % en 2012) et le coût Le coût du kWh est estimé à 12 centimes d’euros.

Avant la construction de la centrale de la Rance, le marnage (différence entre marée haute et marée basse) atteignait 14 mètres. L’étale, moment entre deux marées où le courant est nul, ne durait alors que 4 à 5 minutes. Désormais, le marnage n’est que de 7,50 m et l’étale se prolonge pendant près d’une heure ! Les répercussions sur l’écosystème marin sont considérables. Le barrage est responsable de l’envasement progressif de la Rance et empêche de nombreuses espèces aquatiques de remonter le fleuve. Mais, peu importe l’écosystème, il n’est pas question pour les décideurs locaux de revenir en arrière, mais plutôt d’investir plus de 100 millions d’euros supplémentaires sur un programme de modernisation qui a démarré en 2013.

La centrale marémotrice, malgré son label “énergie verte”, ne semble pas être une si bonne idée que certains ont pu laisser croire. D’autres, comme les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement, nous avaient pourtant déjà alertés en 1981, mais personne n’a envie d’écouter Cassandre…

 

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