L’eau dans le monde

L’eau dans le monde

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 514-516

Bangladesh

Le Bangladesh, situé sur le delta du Gange et du Brahmapoutre, bénéficie de fortes pluies pendant la mousson, mais connait néanmoins des périodes de pénurie d’eau potable depuis au moins un demi-siècle. C’est un pays plat, sous le niveau de la mer, fortement déboisé, dont le sol est depuis longtemps érodé. Rien d’étonnant à ce que les inondations y soient fréquentes. C’est aussi l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec une population majoritairement rurale qui ne bénéficie pas partout d’installations sanitaires dignes de ce nom. Dans les années 70, presque tous les puits étaient pollués, en particulier ceux de faible profondeur que le gouvernement avait décidé de creuser sans se préoccuper de la forte contamination des sols à l’arsenic. Aujourd’hui, vingt millions de Bangladais pauvres continuent de boire cette eau contaminée par cette substance toxique et près de 43 000 en meurent chaque année.  Les autorités bangladaises sont à l’évidence incompétentes pour prendre les décisions de base, comme creuser des puits plus profonds. En 2000, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) avait déclaré que le Bangladesh connaissait “la plus importante contamination de masse de l’histoire”. Autre problème de taille, les nappes phréatiques côtières  sont souvent polluées par les infiltrations d’eau de mer faisant suite aux inondations liées aux grandes marées. Le changement climatique ne fera qu’aggraver les choses et l’eau potable sera encore plus rare. A cause du réchauffement climatique, les catastrophes naturelles (inondations, cyclones) vont se faire de plus en plus fréquentes et le niveau de la mer va augmenter, ce qui pourrait coûter au Bangladesh entre 41 et 73 milliards de dollars d’ici 2100, selon un rapport de la Banque Asiatique de Développement de 2015. Sans une forte mobilisation internationale, ce pays risque de sombrer dans une des périodes les plus sombres de son histoire.

Inde

A la fin des années 70, une forte majorité de la population indienne était rurale et la plupart des habitants n’avaient pas accès à l’eau potable à moins de 1,5 km de chez eux. La plupart des fleuves et rivières y étaient polluées et les nappes phréatiques profondes étaient inaccessibles aux petites pompes manuelles des paysans. Les installations sanitaires étaient trop rares et les maladies transmises par les eaux polluées (choléra, dysenterie, hépatite, diarrhées…) faisaient des ravages parmi les populations du Sud du pays. La “Révolution Verte” débutée dans les années 60 dans le but déclaré de rendre le pays alimentairement autosuffisant a eu comme effet collatéral d’épuiser les ressources en eau. Le nouveau modèle agricole, basé non seulement sur l’emploi massif d’engrais et de pesticides, mais aussi sur l’irrigation, a entrainé une baisse importante des nappes aquifères. Selon une étude de l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement), les nappes phréatiques peu profondes de l’Inde risquent d’être  vides avant une dizaine d’années,

Libye

La Libye ne manquait pas de nappes phréatiques avant que l’exploitation des puits de pétrole ne les assèche progressivement. Le niveau hydrostatique baissait de 3 mètres chaque année dans certaines régions côtières, favorisant les infiltrations d’eau de la Méditerranée. Les Libyens n’avaient d’autre choix que de construire de coûteuses usines de désalinisation de l’eau de mer. Les eaux de surface ne représentent que 2% des besoins du pays qui puise massivement dans les nappes phréatiques, en particulier dans l’Aquifère Nubien. Même si cet immense système hydrographique souterrain (120 000 km cubes) s’étend sous 4 pays (Libye, Egypte, Tchad, Soudan), cette réserve n’est pas inépuisable. Entre 1991 et 2010, le gouvernement Libyen a construit la Grande Rivière Artificielle (GRA) pour amener l’eau du sud désertique aux populations du Nord. Ce projet fut le plus grand projet d’ingénierie du monde. C’est une rivière souterraine (évaporation limitée) est un pipeline composé de plus d’un demi-million de tuyaux en béton de 4 m de diamètre. La GRA provoque des tensions avec les pays voisins qui accusent la Libye d’épuiser les ressources aquifères.

Egypte

A la fin des années 70, certaines régions agricoles d’Egypte, “Don du Nil d’après Hérodote”, manquaient d’eau d’irrigation, à cause de la construction du barrage d’Assouan qui empêchait les crues annuelles du Nil de fertiliser les champs, comme depuis des millénaires (lire l’article “Le haut barrage d’Assouan“). Une grande partie de l’eau qui rejoignait auparavant le Delta s’évaporait, notamment à partir du Lac Nasser, et l’eau de la Méditerranée s’infiltrait de plus en plus profondément dans la basse vallée du Nil, autrefois la plus fertile. La pénurie d’eau potable a longtemps constitué un problème pour les Egyptiens et a même été un facteur de poids dans le déclenchement des manifestations de la place Tahrir au Caire en 2011 qui ont contraint Moubarak à démissionner, après un règne de trente ans. Pour faire face à une crise amplifiée par une très forte croissance démographique (96 millions d’habitants), l’Egypte a entamé la mise en œuvre d’un mégaprojet de traitement et de dessalement d’eau d’un coût global estimé à 4 milliards $. Le risque de pénurie d’eau est d’autant plus grand que l’Éthiopie pourrait fortement limiter les ressources en eau de l’Egypte en stockant l’eau du Nil derrière son grand barrage de la Renaissance.

Israël

A la fin des années 70, Israël avait transformé en jardin le désert du Néguev, en puisant abondamment dans les nappes phréatiques et en mettant en place des programmes modernes de récupération des eaux usées. Face à l’épuisement des nappes phréatiques, Israël a mené une politique volontaire pour économiser l’eau en favorisant le recours massif à la micro-irrigation et en recyclant 85% des eaux usées. C’est avant tout la politique de désalinisation massive de l’eau de mer qui a permis à l’Etat hébreux de devenir autonome. Aujourd’hui, 75 % de l’eau consommée provient de la Méditerranée (4% en 2004), le reste étant majoritairement pompé du lac de Tibériade. Les cinq énormes usines de désalinisation par le procédé d’osmose inverse causent de sérieux problèmes environnementaux, liés non seulement aux coûts énergétique, mais aussi aux rejets massifs de saumures dans les eaux littorales. Au même moment, la pénurie d’eau perdure dans les Territoires Palestiniens, en particulier dans la bande de Gaza, où plus de 95 % de l’eau n’est pas potable. Le partage des ressources en eau ne semble pas faire partie des priorités d’Israël dont les citoyens ont adopté un mode de consommation occidental, avec une consommation quotidienne de 270 à 400 litres, contre seulement 50 à 70 litres pour les Palestiniens (le minimum vital est estimé à 100 litres par l’OMS).

Thaïlande

La Thaïlande se développait rapidement et prélevait, pour son agriculture et son industrie, des quantités croissantes d’eau dans le fleuve Chao Phraya qui abreuvait aussi Bangkok. Pour faire face à sa prospérité, la Capitale devait trouver rapidement des solutions pour éviter une grande pénurie d’eau potable. La situation ne s’est pas amélioré, au contraire, et la Thaïlande est confrontée régulièrement à des épisodes de sécheresse de plus en plus graves. Plus de 70% des ressources en eau du pays sont accaparées par l’agriculture et toute pénurie a des conséquences néfastes sur la production de denrées alimentaires. Ainsi, certaines années, des cultivateurs ont dû renoncer à la seconde récolte de riz annuel. Le réchauffement climatique n’est pas le seul responsable de cette situation. L’agriculture, en plus de consommer d’énormes quantités d’eau, a entraîné une déforestation massive (moins de 28% de forêt sur le territoire thaïlandais contre près de 60% en 1970), favorisant l’érosion et l’assèchement  des sols. L’urbanisation intensive n’a fait qu’amplifier le phénomène.

Union-Soviétique

L’essentiel des ressources en eau de l’Union-Soviétique se trouve en Sibérie, alors que d’autres régions en bordure de la frontière méridionale sont désertiques. A la fin des années 70, les Soviétiques envisageait de construire un immense réseau de canaux pour détourner l’eau de certains fleuves sibériens vers les régions centre-asiatique à forte croissance économiques, pour intensifier la culture du riz et du coton. Ce projet ambitieux, s’il était mené, pouvait avoir des conséquences désastreuses sur le climat. Il a été abandonné dans les années 80. La Russie  fait partie des neuf pays qui concentrent à eux seuls 60% de l’eau potable de la planète (Brésil, Colombie, Russie, Inde, Canada, États-Unis, Indonésie, Congo, Chine). Le pays utilise à peine 2% de ses réserves d’eau, ce qui le placerait dans une position stratégique enviable d’ici à 30-40 ans, lorsque l’eau sera devenue, comme le pétrole aujourd’hui, une ressource budgétaire. Cependant, la qualité actuelle de l’eau du robinet en Russie est déplorable. En Russie Centrale, l’eau du robinet contient une forte concentration de fer, en Sibérie un taux élevé de silicium et de manganèse, et dans l’Altaï on y retrouve trop de sulfate.

Australie

A la fin des années 70, il était question d’assécher la plaine de Swan, pour alimenter en eau la ville de Perth au Sud-Ouest de l’Australie, alors en forte croissance économique, au détriment de la biodiversité. La région du delta du Burdekin (Queensland) devenait pour sa part de plus en plus aride, à cause d’une industrie sucrière qui pompait d’énormes quantités dans les nappes phréatiques qui commençaient à laisser s’infiltrer l’eau de mer. L’Australie ne dispose que de 1% des ressources mondiales d’eau douce. Les précipitations annuelles y sont  relativement faibles (455 mm) et une grande partie (87%) disparait par évaporation. L’Australie connait depuis longtemps de longues périodes de sécheresse, les “droughts”, comme celle de 1895-1903, qui aurait décimé 50 % des troupeaux de moutons du pays ou celle de 1979-1983 qui a entraîné une perte de PIB d’environ 3 milliards de dollars. Le changement climatique risque de provoquer un allongement des périodes de droughts. L’Australie est aussi marquée régulièrement par des épisodes d’inondation. C’est un continent “wet & dry”, avec un climat tropical au Nord, un climat océanique à l’Ouest et des espaces semi-arides ou désertiques au Centre.  Pour faire face aux fortes irrégularités des ressources en eau, l’Australie s’est lancé, à partir de la fin du XIXème siècle, dans un vaste programme de construction de barrages et d’irrigation intensive qui a fini par poser de graves problèmes sociaux et environnementaux.

Comment on consomme l’eau aux Etats-Unis

A la fin des années 70 aux Etats-Unis, l’industrie consommait à elle seule près de 59% de l’eau, contre 33 % pour l’agriculture et 8% pour les applications domestiques. Produire une automobile nécessitait de l’ordre de 360 000 litres d’eau, un kilo d’aluminium 8 400 litres, un kilo de bœuf 21 000 litres, un kilo d’œufs 12 000 litres, un kilo de blé 1 500 litres, un kilo de tomates 2-3 litres… Il fallait compter 10 à 20 litres par chasse d’eau, 30 litres par minute de douche, 150 litres par bain…Aujourd’hui, l’agriculture et l’industrie consomment toujours d’énormes quantités d’eau, c’est ce qu’on appelle l’empreinte eau. Il faut 14 000 litres d’eau pour 1 kg de viande de bœuf, 600 litres d’eau pour 1 kg de blé, 2 500 litres d’eau pour un t-shirt en coton, 8 000 litres pour un jean…

 

Ce qu’il faut savoir sur l’eau

Le corps humain contient environ 60% d’eau, un rat-kangourou du désert 65% et une méduse 95%. Un humain risque de mourir en perdant en eau l’équivalent de 15 à 20 % du poids corporel.

Les graines de tournesol séchées comptent parmi les aliments les plus secs (5% d’eau) et le melon d’eau parmi les plus humides (97%).

L’eau de boisson a souvent été, et reste encore aujourd’hui, vectrice de maladies (choléra, dysenterie, typhoïde…) et de pollutions toxiques (produits chimiques, pesticides…). Il y aurait chaque année encore près de 2,6 millions de morts dus à l’eau non potable, dont 70 % d’enfants.

Dans certains pays comme aux Etats-Unis, on ajoutait du fluor à l’eau distribuée afin de prévenir les caries dentaires. La consommation de fluor en quantités trop importantes peut cependant être néfaste pour la santé des consommateurs et la plupart des nations européennes avaient interdit cette pratique. La consommation de fluor en quantités trop élevées peut entraîner une fluorose, plus particulièrement chez les jeunes enfants. Selon l’OMS, la dose maximale de fluorures ne devrait pas excéder 0,1 mg/kg/jour. La fluoration volontaire de l’eau du robinet n’est plus pratiquée en France depuis la fin des années 80, mais reste pratiquée dans les pays anglo-saxons.

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