Le retournement d’Allied Chemical

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les affaires continuent… – pages 400-401

En 1975, Allied Chemical, le cinquième groupe industriel chimique des Etats-Unis, avait dû faire place à un enchaînement d’incidents environnementaux en tant que fabricant du Képone (Chlordécone), un pesticide tenu pour responsable de troubles neurologiques et de stérilité des travailleurs d’une usine en Virginie. La société aurait illégalement déversé de 1966 à 1975 des résidus de Képone dans la rivière James à proximité de l’une de ses usines. Ces incidents lui ont coûté à l’époque plus de 13 millions de dollars, dont  8 millions de dollars de donation pour le développement du centre de recherche sur l’environnement de Virginie.

En 1979, la même société était décrite par le New-York Time comme exemplaire pour son respect de l’environnement. Allied Chemical dépensa encore 250 millions de dollars pour l’équipement antipollution de ses usines, instaura une procédure de gestion des risques toxiques et désigna un vice-président aux affaires environnementales. Son taux d’accidents du travail passa de 8,1 blessures/100 ouvriers en 1975 à 1,78, soit bien en dessous de la moyenne nationale (4,56). Redorer l’image d’une entreprise coupable de délinquance écologique peut coûter très cher.

Aujourd’hui, il est à nouveau possible, après 13 années d’interdiction, de pêcher dans la rivière James et les sols pollués du site ont été enfouis avec d’autres déchets dans une mine de sel voisine. Le Chlordécone a été interdit dès 1976 aux États-Unis et en 2009 dans le monde entier (Convention de Stockholm). Utilisé dans les Antilles Françaises contre le charançon du bananier, il y a été interdit en 1990, mais grâce aux dérogations successives obtenues par les producteurs de banane, l’interdiction n’a été confirmée qu’en 1993. Les sols contaminés sont à l’origine de graves pollutions des nappes d’eau souterraine et des végétaux qui continuent d’empoisonner les populations locales. Ces pollutions qui portent préjudice à l’agriculture, à l’aquaculture et à la pêche locale, devraient perdurer encore des années étant donnée l’excellente stabilité du pesticide.

La société Allied Chemical a changé de nom en 1981 pour Allied Corporation et en 1985 pour Allied–Signal Corporation, après l’acquisition de Signal Companies, un fabricant de matériaux d’ingénierie pour l’industrie aérospatiale et automobile. AlliedSignal a acquis Honeywell en 1999 et a changé son nom pour Honeywell International.

Chaque année, Le magazine Newsweek dresse la liste des 500 entreprises du monde les plus respectueuses de l’environnement. Le classement tient compte de trois familles de critères : l’impact environnement, l’intégration de l’environnement dans le management, et la transparence de la politique environnementale de l’entreprise. Dans le classement 2016 (20016 Green Rankings), Honeywell International qui a prolongé  les efforts débutés à la fin des années 70, occupe la place 321. Les 10 premières places sont occupées par des sociétés dans le domaine de la santé (Shire PLC, Essilor International SA), des biens de consommation (Reckitt Benckiser Group PLC, Unilever PLC), des services de communication (BT Group PLC, Swisscom AG, NIKE Inc, Sky PLC) et de l’industrie (Siemens AG, Schneider Electric SE), soit 9 sociétés européennes et 1 américaine. Ce classement, même s’il ne peut être parfait, a au moins le mérite d’inciter les industriels à être exemplaires dans leur gestion du risque environnemental.

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