Le mouvement Chipko

Mouvement Chipko

Le mouvement Chipko

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 181-182

 

Depuis 1962 le gouvernement indien avait entrepris d’exploiter massivement les forêts l’Etat d’Uttar Pradesh, dans le Nord de  l’Inde et d’y construire des routes. Ces travaux ne profitèrent pas aux populations locales. Au contraire, ils furent sans doute responsables de catastrophes, comme en juillet 1970 lorsqu’une monstrueuse crue du fleuve Alaknanda emporta des pans entiers de montagne qui n’étaient plus retenus par les racines des arbres, faisant des centaines de morts. Ce genre de catastrophe provoqué par la déforestation massive a aussi été observée dans d’autres régions de l’Himalaya, notamment au Népal.

En 1972 les habitants du village de Dasholi créèrent une coopérative et demandèrent au gouvernement une parcelle de forêt de frênes à exploiter pour les besoins locaux. Le gouvernement refusa et déclara que la production forestière de la région était réservée à la vente aux entreprises des plaines du Sud (en l’occurrence, il s’agissait d’un fabricant d’articles de sport). Les villageois réussirent à empêcher l’abattage des frênes en étreignant leur tronc. Le mouvement “Chipko Andolan” (étreigneurs d’arbres) était né. Il ne s’agissait pas simplement de défendre les intérêts économiques de la population locale, mais aussi de préserver l’environnement. Le déboisement industriel dans les provinces pauvres de l’Inde avait de graves conséquences pour les communautés locales et en particulier pour les femmes obligées alors de passer une grande partie de la journée à la collecte du bois de chauffe.

Le mouvement Chipko se propagea dans d’autres régions du Nord de l’Inde. En 1974, une femme âgée, Guara Devi, se fit ainsi connaître en organisant avec les femmes de son village, la défense des arbres de la forêt de Reni, alors que les hommes avaient été attirés par un subterfuge du gouvernement indien dans une autre localité. Cette action civique héroïque poussa Delhi à revoir sa copie et à décider d’un moratoire de 15 ans sur l’abattage des arbres sur la crête d’Alaknanda. Les villageois reboisèrent eux-mêmes les zones dénudées (plus de 60% de la forêt de l’Uttar Pradesh avait disparu en 1980). Le mouvement Chipko a ainsi organisé des “camps d’écodéveloppement” pour former les paysan(ne)s à l’entretien communautaire de la forêt.

Le mouvement Chipko est le parfait exemple du combat d’un peuple pour sa survie et a mis en lumière le rôle primordial de la femme dans l’économie rurale. Il a permis aux populations les plus pauvres de comprendre l’intérêt à la fois économique et écologique de préserver les ressources naturelles dans des écosystèmes particulièrement fragiles.

En 1987, la communauté internationale a honoré les femmes du mouvement Chipko en lui décernant le prix Nobel alternatif (Right Livelihood Award).

Les paysans pauvres du Nord de l’Inde ne sont pas les seuls à se battre pour leur forêt. Nous avions déjà évoqué le combat courageux des tribus indiennes d’Amazonie sur d’immenses territoires et avec des moyens dérisoires. La gestion des forêts primaires par les populations autochtones est, en théorie, un droit fondamental reconnu par la Charte des Droits de l’Homme et inscrit depuis septembre 2007 dans la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Le plus dur est de le faire appliquer….

Comments are closed