Le langage des dauphins

La biologiste Denise Herzing et ses dauphins

Le langage des dauphins

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 63-64

Les dauphins ont pour ancêtre commun un mammifère terrien qui a décidé, Il y a environ cinquante millions d’années, de retourner vivre dans l’océan. C’est un animal mythique dont l’intelligence est connue depuis l’antiquité. Aristote notait déjà la façon affectueuse dont les petits dauphins étaient élevés et les liens particuliers qu’ils entretenaient avec les humains. Par rapport à la taille de l’animal, le cerveau du dauphin est aussi lourd et riche en circonvolutions que le cerveau humain. Le dauphin est intelligent, c’est certain, mais à quel point ?

Des chercheurs avaient réussi à démontrer que les dauphins émettent chacun des sons différents, qu’ils font preuve de solidarité envers les membres du groupe (protection des blessés), que leurs capacités d’apprentissage et de mémorisation sont très développées, que leur vision est excellente… En 1978, le docteur en psychologie Louis Herman réussit à apprendre à des dauphins à reconnaitre une quarantaine de combinaisons de mots, soit par des sons programmés sur ordinateur et transmis par un haut-parleur immergé, soit par langage des signes. En 1981, les cétacés étaient arrivés à reconnaitre des phrases composés de trois mots composés d’un verbe et de compléments d’objet direct et indirect (“ball fetch window”). D’autres travaux, comme le projet JANUS (“Joint Analog Numerical Understanding System”) dirigé par le Dr John Lilly, se servaient de micro-ordinateurs encore balbutiants pour traduire les paroles humaines en vibrations reconnaissables par les dauphins. L’objectif, très ambitieux, était d’élaborer un véritable alphabet de soixante-quatre sons qui servirait de base à la communication avec l’homme. Il s’agissait de transcrire un langage basé sur le visuel en langage basé sur le son, ce qui devait faire progresser significativement la science du langage.

 

Qu’avons-nous fait pendant les 35 dernières années ?

Si nous ne savons toujours pas déchiffrer le langage des dauphins, il est possible que nous soyons sur le point d’aboutir. Récemment (2014), après 30 ans de recherche, la biologiste Denise Herzing (USA) a utilisé Chat (Cetacean hearing and telemetry), un traducteur informatique de décryptage du langage de ces cétacés. D’après la fondatrice du Wild Dolphin Project, l’un des dauphins étudiés aurait émis (une seule fois) un son correspondant au mot “sargasse” (espèce d’algue marine connue, entre autre, pour envahir les plages caribéennes). Espérons que cette découverte permettra d’en savoir plus sur la communication des dauphins.

Le traducteur Chat, conçu par Thad Starner, ingénieur au Georgia Institute of Technology et l’un des inventeurs des Google Glass, pourrait devenir un formidable outil pour un jour, peut-être, distinguer les signes de communication d’autres animaux doués d’intelligence, tels que les grands singes. Reste à savoir si nous serons prêts à entendre ce qu’ils pensent de nous autres “animaux intelligents”.

 

2 Comments:

  1. Ce qui est fascinant, c’est que certains animaux (Koko et autres) ont déjà réussi à apprendre avec succès nos systèmes de communication.

    • Oui, cette brave Koko qui, paraît-il a exprimé beaucoup de tristesse en apprenant la mort de son ami Robin Williams. Pour l’instant c’est le singe qui apprend le langage de l’homme, preuve que c’est peut-être lui le plus doué des deux.

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