Le krill

Krill : Meganyctiphanes norvegica © Oystein Paulsen

Meganyctiphanes norvegica © Oystein Paulsen

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 17-18

Le krill, vous connaissez sans doute, vous l’avez peut-être vu dans le film d’animation “Happy Feet” (George Miller – 2011) : ce sont les petits crustacés rosâtres qui ressemblent à des crevettes et vivent dans les eaux froides des mers polaires, parfois en énormes bancs de plusieurs centaines de tonnes. Ces essaims sont si serrés que la mer peut se couvrir d’une nappe rosâtre sur des kilomètres carrés.

 

Le krill, c’est avant tout un maillon essentiel de la chaine alimentaire de l’Océan Glacial Antarctique, se nourrissant d’algues microscopiques et de débris divers avant de servir lui-même de plat préféré à de nombreuses espèces de phoques, cétacés (le mot “krill”, d’origine norvégienne, signifie “nourriture à baleine”), oiseaux et poissons.

Le problème du krill c’est qu’il est très riche en protéines, en oligoéléments, en vitamines et en astaxanthine, un pigment caroténoïde rouge (c’est lui qui donne leur couleur aux flamands roses). C’est donc une source alimentaire potentiellement intéressante pour l’homme. En 1981 les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement craignaient déjà qu’une pêche industrielle non maitrisée puisse affecter les équilibres fragiles des océans et menacer en particulier la survie de certaines espèces de baleines par manque de nourriture. La quantité de krill prélevée annuellement (22 000 à 44 000 tonnes) restait néanmoins modeste par rapport à une population alors estimée entre 220 millions et 6,6 milliards de tonnes rien qu’en Antarctique.

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 pour éviter le pire ?

35 ans plus tard, la quantité annuelle de krill pêchée dans les mers australes (navires usines norvégiens, japonais, coréens, polonais, russes, chinois…) a nettement augmentée, étant estimée à 400 000 tonnes(1). Le krill est destiné principalement à l’aquaculture (pour nourrir les poissons d’élevage) et aux industries pharmaceutique et agroalimentaire. Étant donnée l’expansion actuelle de l’aquaculture, cette pêche au krill est amenée à s’amplifier. Cette pêche de masse n’est pas le seul danger que l’homme fait courir au krill qui souffre lui aussi des effets du changement climatique, en particulier de la fonte des glaces polaires.

La population de krill en Antarctique aurait largement baissée depuis la publication de l’Almanach Cousteau de l’Environnement, de plus de 90% dans certaines zone. La dernière estimation datant de 2000, il est impossible d’estimer la population actuelle de krill, en tenant compte des effets dévastateurs du réchauffement climatique et de la surpêche. Même si le krill est considéré comme l’espèce animale la plus abondante de la planète, il ne ne fera sans doute pas le poids face à l’insatiable appétit de l’homme et à son pouvoir de nuisance illimité. Comme ce fut le cas pour certaines espèces de poissons vivant en énormes bans (le cabillaud a pratiquement disparu des eaux de Terre-Neuve autrefois foisonnantes), la surpêche peut décimer la population de krill en très peu de temps. Ce n’est pas de la survie d’une minuscule crevette rose dont il est question, mais bien de celle de tout un écosystème fragile dont elle est la véritable clé de voûte. Mais on le savait déjà il y a 35 ans, alors pourquoi penser que l’on va faire quelque chose aujourd’hui pour éviter une destruction qui aurait des conséquences absolument tragiques et irréparables.

Pour en savoir plus : Antarctic and Southern Ocean Coalition

(1) Données Planetoscope.com

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