Le jujubier et le cachalot

"Pêche du Cachalot" - Ambroise Louis Garneray

“Pêche du Cachalot” – Ambroise Louis Garneray

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 20-21

En 1981 on imaginait que l’huile extraite des graines de jujubier, un petit arbuste poussant dans le désert, pouvait remplacer l’huile du grand cachalot (blanc de baleine ou spermaceti) dont elle partage certaines propriétés. En particulier cette huile pouvait servir à la lubrification, à la fabrication de nombreux cosmétiques (rouges à lèvres), de savons, de bougies … Les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement estimaient alors que la culture du jujubier dans les régions désertiques pouvait permettre à la fois de sauver les cachalots et de développer l’économie de ces régions.

 

Qu’avons-nous faisons depuis 1981 pour éviter le pire ?

Aujourd’hui, en 2016, la culture du jujubier à grande échelle pour la production d’huile n’existe toujours pas. Nous pouvons trouver au moins deux raisons à cela : (1) l’obtention de cette huile nécessite la mise au point d’un procédé efficace de décorticage des graines qui sont extrêmement dures ; (2) les huiles synthétiques à base de produits pétrolier sont largement moins onéreuses.

Le jujubier est aujourd’hui surtout cultivé pour ses fruits sucrés et au gout proche de l’ananas appelés jujubes. Le plus grand centre de recherche scientifique de la zone sahélienne, L’ICRITSAT (Institut international de recherche sur les cultures des zones tropicales semi-arides) a réussi à obtenir, par des techniques de sélection variétale, des jujubes plus gros et plus sucrés. Grâce à cette “pomme du sahel”, la culture du jujubier en fort déclin depuis des années, a pu être relancée dans des pays arides comme le Niger.

Et les cachalots dans tout ça ? La période entre 1946 et 1980 a été la plus meurtrière de l’histoire de la chasse au cachalot.La population mondiale de cachalots, estimée à plus d’un million d’individus au début du XVIIIème, avant l’exploitation industrielle de l’ambre blanc (huile), a chuté des deux tiers. En 1985, soit quatre ans après la parution de l’almanach Cousteau de l’environnement, la Commission baleinière internationale interdisait la chasse au cachalot.

Le comble dans tout ceci est que c’est sans doute l’essor de l’industrie pétrolière qui a sauvé le cachalot. C’est ce qu’on appelle tomber de Charybde en Scylla.

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