Le Gasohol

Agrocarburants vs Aliments

Agrocarburants vs Aliments

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 50-51

 

Le gasohol, contraction des mots anglais gas et alcohol, désigne un mélange d’essence et d’éthanol qui permet d’économiser le combustible dérivé du pétrole. Au début des années 80 on trouvait déjà ce type de carburant dans les stations-service au Brésil. L’utilisation de l’éthanol comme carburant pour les automobile n’était pas une idée nouvelle puisque les régions pauvres en pétrole ont souvent opté pour cette solution jusqu’aux années 30, lorsque le prix du pétrole fut devenu compétitif. C’est à partir du premier choc pétrolier en 1973 (suite à la guerre du Kippour et à la prise de contrôle des cours du pétrole par l’OPEP) que l’éthanol comme carburant a été remis au goût du jour.

 

A partir des années 70 le Brésil a joué un rôle leader dans le domaine du gasohol en lançant un ambitieux programme de transformation de matières végétales issues de la canne à sucre et du manioc (programme “Proalcool”). Au début des années 80, le gouvernement brésilien affirmait que l’éthanol produit pourrait fournir dès 1986 environ 1/3 du combustible nécessaire à l’ensemble du parc automobile du pays. Au Brésil, l’alcool se trouva meilleur marché que l’essence, grâce à une politique de taxes particulièrement faibles. D’autres pays se sont intéressés plus ou moins sérieusement au gasohol : l’Allemagne de l’Ouest (Volkswagen), la Suède (Volvo) et surtout l’Afrique du Sud (à une époque où la main d’œuvre agricole était particulièrement bon marché, allez-savoir pourquoi).

En 1981, les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement dénonçaient déjà les risques du gasohol, notamment le détournement de terres agricoles vers la production de combustibles au détriment de la nourriture qui devait aggraver dramatiquement le déficit alimentaire mondial. Les pays du Sud devaient être les plus touchés s’ils décidaient de remplacer les cultures vivrières par des cultures énergétiques. Malgré cela, les auteurs de l’Almanach semblaient plutôt favorables au gasohol, estimant ce carburant peu polluant.

 

Qu’avons-nous fait depuis 35 ans ?

Le bioéthanol est un biocarburant (ou plutôt un agrocarburant) produit par la fermentation de biomasse. Composant principal du “Super-Ethanol E85”, il permet de réduire très fortement les émissions de microparticules, d’oxyde d’azote (NOx) et de benzène, lors de son utilisation dans les moteurs de voitures. Mais le bioéthanol doit en grande partie sa rentabilité économique à l’appui, sous la forme de subventions, du gouvernement qui y voit un moyen de réduire la pollution automobile… et surtout d’alléger la facture pétrolière de la France.

Mais tout n’est pas si simple. La production de bioéthanol de première génération à partir de matières premières agricoles (betterave ou canne à sucre, amidon du blé, du maïs…) pose de graves problèmes environnementaux et éthiques.

D’une part il faut tenir compte, dans le calcul d’impact environnemental, de la pollution engendrée par les produits phytosanitaires et des grandes quantités d’énergie nécessaires à la distillation. D’autre part, il est tout de même question d’utiliser des terres arables et de l’eau douce pour produire des carburants à la place d’aliments. La rareté de l’eau douce (70% de l’eau douce utilisée dans le monde sert à l’agriculture), plus encore que celle des sols, pourrait rapidement poser un problème de choix de société. Et il faudra aussi accepter de réduire les rendements agricoles au bénéfice d’une réduction des quantités de phytosanitaires utilisés (pesticides, engrais chimiques)… ce qui nécessitera d’utiliser des surfaces agricoles plus vastes, et donc de faire un choix entre nourriture saine et agrocarburant.

La seule alternative durable est le bioéthanol de deuxième génération produit à partir de déchets végétaux agricoles et forestiers, voire de troisième génération à partir de micro-algues.

 

En savoir plus : La situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture – Les biocarburants : Perspectives, risques et opportunités – FAO 2008

 

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