Le désastre final

Le désastre final

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les chiens de la guerre – pages 444-445

Hiroshima 1945

A la fin des années 70, en pleine Guerre Froide, un conflit nucléaire mondial était jugé possible par la plupart des experts. En 1975, le National Research Council et l’Académie Nationale des Sciences Américaines avaient décrit les conséquences d’une telle catastrophe. Les principaux belligérants devaient être USA et URSS ; la puissance explosive des bombes utilisées serait de dix milliards de tonnes de TNT (2 tonnes par habitant) ; tous les pays seraient négativement impactés ; toutes les récoltes de céréales seraient détruites, ce qui entrainerait des épisodes de famine, le commerce international serait effondré; des centaines de millions de personnes perdraient leur emploi ; les poussières radioactives circuleraient tout autour de la planète pendant des années, ce qui aurait pour effet un refroidissement climatique ; des pluies radioactives mortelles s’abattraient sur toutes les régions du globe et contamineraient sols et rivières ; l’ensemble des espèces végétales et animales seraient contaminées. Ce sont les espèces primitives, telles que les blattes ou les scorpions qui résisteraient le mieux. L’effet à long terme le plus important serait l’accroissement des radiations ultraviolettes, imputable à une destruction de l’ozone stratosphérique par des oxydes d’azote générés. Il faudrait 10 à 20 ans pour que la couche d’ozone se reconstitue après une diminution de 20%. Ce serait largement suffisant pour provoquer une explosion des mutations génétiques chez tous les êtres vivants et la destruction de certaines espèces. “Dans l’éventualité d’un conflit nucléaire de grande envergure dans l’hémisphère Nord, l’Homo sapiens pourrait probablement survivre, mais pas la civilisation”. Le menu ne donnait pas trop envie d’y goûter…

Actuellement, le principal risque de conflit nucléaire provient de la Corée du Nord, qui réalise régulièrement des essais nucléaires et des tirs balistiques de portées toujours plus grandes, inquiétant sérieusement ses voisins Coréens et Japonais. A cela s’ajoutent les hâbleries du nouveau Président Américain et le regain de tensions géopolitiques dans le monde, avec d’anciennes rivalités qui pourraient finir par mettre le feu aux poudres (Sunnites/Chiites, Arabes/Israël, Inde/Pakistan…). L’une des théories les plus avancée à propos des conséquences d’une guerre atomique est qu’un écran de poussières radioactives  empêche les rayons du soleil de réchauffer la surface de la Terre, entraînant un véritable hiver nucléaire. C’est donc l’exact opposé de la théorie élaborée à la fin des années 70. Les températures baisseraient de façon dramatique et la photosynthèse serait compromise, ce qui entraînerait une chute des productions agricoles. Cet hiver durerait au moins dix ans. Un conflit mondial ne serait même pas nécessaire pour provoquer cet hiver nucléaire puisqu’une guerre Indo-Pakistanaise engagement seulement 0,1% de l’arsenal nucléaire mondial, suffirait pour menacer de famine près d’un milliards d’individus.

Sur l’Horloge de la Fin du Monde (Doomsday Clock, créée en 1947), il est minuit moins deux minutes et demie et la fin du monde est prévue pour minuit. C’est avec la chute du mur de Berlin en 1989, puis l’effondrement de l’URSS en 1991, que l’horloge a atteint un niveau d’optimisme jamais égalé (11H43). Depuis cette date, nous n’avons cessé de nous rapprocher de l’heure théorique de la fin du monde et nous sommes arrivés à un niveau jamais atteint depuis la crise des missiles de Cuba en 1963. C’est-à-dire que jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité, nous n’avons été aussi proches qu’aujourd’hui d’une catastrophe nucléaire mondiale. Il y a environ 16 000 ogives nucléaires utilisables sur notre planète, dont près de 4 000 pourraient être déployées en quelques minutes. Les grandes puissances disposent d’un arsenal nucléaire tellement important qu’il serait impossible pour un ennemi de le supprimer en une seule attaque. Elles pourraient alors riposter en utilisant leur réserve (Second-Strike Capability). C’est d’autant plus vrai avec les sous-marins nucléaires, invisibles au fond des océans, attendant de lancer leurs missiles nucléaires dès qu’ils en auront reçu l’ordre. Le conflit se solderait par la destruction des belligérants (Mutual Assured Destruction) et transformerait la Terre en une planète inhabitable pendant de nombreuses décennies. C’est ainsi que le concept de dissuasion nucléaire (Delicate Balance of Terror) est devenu notre principale protection contre un conflit mondial. Selon le professeur Martin Hellman de Stanford, qui étudie depuis 1982 les risques d’une guerre nucléaire, un enfant né aujourd’hui aurait 10% de chances de mourir dans un conflit nucléaire. La probabilité que nous vivions un conflit nucléaire doublerait toutes les générations. Tout ceci n’est pas très rassurant…

Personne ne sait avec certitude si la fin est proche, mais l’idée est bien ancrée depuis la Guerre Froide si l’on en croit la succession de  films post-apocalyptiques qui nous racontent la destruction de la civilisation actuelle, parfois après une catastrophe nucléaire. On pourrait citer le mélancolique et désespérant “Le dernier rivage” de Stanley Kramer (1959). “La jetée” de Chris Marker (1962) dont Terry Gilliam s’est inspiré pour son “Armée des 12 singes” (1995), “Docteur Folamour” de Stanley Kubrick (1964), le sombre “Point Limite” de Sidney Lumet (1964), le français “Malevil” de Christian De Chalonge (1981) d’après le roman de Robert Merle, “La Route” de John Hillcoat, (2009) d’après le roman éponyme de Cormac McCarthy (excellent !)…

Nous sommes comme des enfants jouant avec une boîte d’allumettes; nous avons que c’est dangereux mais nous n’aurons peut-être pas la force de résister à cette envie irrésistible de mettre le feu, juste pour voir comment ça fait. Ce n’est pas comme si nous ne connaissions pas les effets réels d’une bombe atomique, même de moyenne puissance lâchée sur une ville. Les 6 et 9 août 1945, les villes de Hiroshima et Nagasaki ont été la cible des deux seuls bombardements, nucléaires de l’histoire. Bilan : Plus de 200 000 morts et toute une population touchée pour des décennies par de graves pathologies dues aux radiations. Ces bombardements auraient pu être évités car d’autres options beaucoup moins destructrices existaient. Mais, les Etats-Unis, sous prétexte d’en finir le plus vite possible avec la guerre (le Japon avait fait clairement savoir qu’il acceptait de transiger), voulaient montrer au monde entier leur nouveau pouvoir de destruction. Une grande démocratie a donc été capable d’utiliser le massacre de centaines de milliers de milliers de personnes comme argumentaire de sa communication géopolitique. Ils ont joué avec des allumettes, juste pour voir comment ça fait…

“…le Japon était déjà vaincu et les bombes n’étaient absolument pas nécessaires.” Dwight D. Eisenhower, Commandant suprême des forces alliées en Europe et futur président des Etats-Unis (1945).

 

 

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