Le coût du gaspillage

La gestion des déchets urbains

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Coûts cachés – pages 232-234

 

En 1981

En 1981 les Etats-Unis accumulaient chaque année plus de 130 millions de tonnes de déchets solides ménagers (non industriels). Nous étions alors pleinement dans la société de consommation, poussés par des publicités de plus en plus invasives à remplacer rapidement les objets que nous avions achetés, avant même qu’ils soient usés.

Les déchets ménagers, provenant à 70% des particuliers, étaient surtout constitués de restes de nourriture (40%)  et d’emballages (30%). En moyenne, 7% seulement des matériaux des ordures étaient recyclés, pour l’essentiel du papier. Le Danemark faisait figure de très bon élève de la classe, avec 60% de recyclage. Certains estimaient pourtant que le recyclage des déchets pourrait permettre de satisfaire aux besoins en électricité des Etats-Unis.

Les déchets étaient considérés comme la plus grande mine du monde mais le recyclage était jugé économiquement moins rentable que l’extraction minière (lire l’article “Des mines dans nos ordures”). On oubliait simplement d’introduire dans le calcul les coûts liés aux décharges, à la pollution des eaux et des sols, à la destruction des paysages par l’extraction minière. Le pire, c’est que les technologies permettant le recyclage des ordures existaient déjà. 25% seulement des boites en aluminium ou en fer blanc étaient recyclés, alors que des moyens adaptés étaient disponibles depuis des décennies.

 

En 2016

Aujourd’hui, les villes génèrent environ 1,3 milliard de tonnes de déchets solides par an et ce volume pourrait atteindre 2,2 milliards de tonnes en 2025 (données Banque Mondiale). La progression sera forte dans les pays à faible revenu dans lesquels l’urbanisation se poursuit à grande vitesse. Mécaniquement, les coûts de gestion de ces déchets solides vont augmenter dans la même période, passant de 205 milliards $ à environ 376 milliards $. Là aussi, ce sont les pays pauvres qui vont subir les plus fortes augmentations.

L’écart entre les pays les plus riches et les plus pauvres est considérable en ce qui concerne la production et la gestion des déchets urbains. Les pays de l’OCDE génèrent pratiquement la moitié des déchets urbains de la planète. Un habitant d’un pays défavorisé produit en moyenne 220 kg de déchets par an, dont seulement 43% sont collectés, alors qu’un habitant d’un pays riche va en produire 780 kg qui seront presque intégralement collectés (98%). Les plus grands producteurs de déchets solides urbains sont des petites nations insulaires comme Trinité-et-Tobago (14,40 kg / habitant / jour), Antigua-et-Barbuda (5,5 kg) et Saint-Kitts-et-Nevis (5,45 kg). .. Les habitants du Guyana (5,33 kg) et du Koweït (5,72 kg) sont aussi de gros producteurs de déchets. En ce qui concerne le Monde développé, ce sont les plus riches qui arrivent en tête, comme la Nouvelle-Zélande (3,68 kg), l’Irlande (3,58 kg), la Norvège (2,80 kg), la Suisse (2,61 kg) et les États-Unis (2,58 kg). C’est beaucoup plus que le Ghana (0,09 kg) et l’Uruguay (0,11 kg).

Même la composition des ordures est différente selon le niveau de revenu des pays. Pour les plus faible revenu les déchets organiques, notamment alimentaires, sont les plus importants (~64%), tandis que dans les pays riches le papier et les matières plastiques, en particulier des emballages, constituent la plus forte proportion (~42%).

La collecte et le traitement des déchets urbains a un coût non négligeable qui peut peser lourdement sur le budget des collectivités. Le coût de la collecte est estimé à 85-250 $ par tonne dans les pays les plus riches, tandis que le coût de traitement dépend du procédé : 40-100 $ pour la mise en décharge (10-30$ dans les pays défavorisés) ; 35-90 $ pour le compostage (le compost peut être revendu 0-100$); 70-200 $ pour l’incinération; 65-150 $ pour la méthanisation.

La gestion des déchets urbains doit être une priorité  pour les pays à faible revenu dans lesquels l’impact sur la santé publique et l’environnement ne peut que s’aggraver. Les populations à proximité des décharges sont les plus touchées car elles sont en contact avec certaines substances toxiques présentes (métaux lourds, composés chimiques) et avec les germes pathogènes qui y trouvent un milieu favorable pour proliférer. Les eaux et les sols sont durablement contaminés par ces toxiques lessivés par les eaux de pluies (percolation). Le manque d’accès à l’eau potable cause des ravages au niveau des populations locales et les enfants sont malheureusement les plus touchés. Même l’air est contaminé par le dégagement d’hydrogène sulfureux, de méthane, de dioxyde de carbone lors de la putréfaction des déchets organiques. Les décharges abritent aussi une population de mouches, moustiques et autres rats, tous vecteurs de pathologies graves comme le paludisme, la fièvre typhoïde ou la peste… Rappelons que, selon l’OMS, l’insalubrité de l’environnement provoque, chaque année, 12,6 millions de décès (2012).

Le taux de recyclage du papier, 54% en moyenne, a nettement progressé depuis le début des années 80. L’Amérique du Nord et l’Europe sont les bons élèves (62 %), suivis de la région Asie-Pacifique (51 %)… (lire l’article “Une simple feuille de papier” ).

Le recyclage des métaux a encore une marge de progression importante. Malheureusement, il est fort probable que, tant que le cours des matières premières sera inférieur au coût du recyclage, celui-ci ne progressera pas de manière significative. Pourtant, les enjeux portent plus loin que la pression sur les ressources… (lire l’article “Des mines dans nos ordures”).

 

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