Le Concorde : cherchez l’erreur

Le Concorde : cherchez l’erreur

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Outils propres et impropres – pages 386-387

 

Le Concorde était le premier avion commercial supersonique. Propulsé par des moteurs à postcombustion, c’était l’avion le plus rapide du marché et sa vitesse maximale était de 2 200 km/h (Mach 2,04). Le Concorde traversait l’Atlantique en moins de quatre heures, soit deux fois moins de temps qu’un avion de ligne classique. Le record de traversée Londres-New York reste détenu par un Concorde en 1989 : 2H 59min 40s. L’avion supersonique permettait de jongler avec les fuseaux horaires ; ses 100 passagers pouvaient célébrer le Nouvel An à Paris, puis au dessus de l’Atlantique, et une troisième fois à New-York. Les clients du Concorde étaient essentiellement des hommes d’affaires ou des hauts fonctionnaires à l’emploi du temps très rigoureux et avec une certaine aisance financière. Le prix du billet était plus élevé que celui des lignes conventionnelles de première classe ; les derniers billets se vendaient plus de 8000 euros.

Le Concorde valait-il les milliards de francs dépensés par la France et la Grande Bretagne pour sa conception et sa construction ? En janvier 1980, date de l’arrêt définitif de sa production, seulement 16 exemplaires commerciaux avaient été construits, dont 14 exploités par seulement deux compagnies aériennes, Air France et British Airway. Le Concorde n’était pas tout à fait rentable pour les liaisons Europe-Etats-Unis et les autres lignes étaient totalement déficitaires. Il n’y avait pas assez de passagers pour rentabiliser les voyages dont le coût était prohibitif. Le rayon d’action du Concorde était relativement faible (environ 6 200 km), ce qui nécessitait des escales coûteuses. Il était surtout extrêmement gourmand en carburant (1 700 litres de kérosène aux 100 km), ce qui tombait très mal en pleine crise du pétrole. C’était aussi un avion extrêmement bruyant (119 décibels au décollage, soit l’équivalent d’un coup de tonnerre), ce qui valu au Concorde d’être interdit dans certains aéroports américains. Enfin, son impact sur l’environnement était très élevé, en particulier du fait de la destruction de la couche d’ozone en haute atmosphère (mais ce paramètre n’était pas une priorité dans les années 70).

Le Concorde était peut-être une vitrine technologique de luxe, mais c’était surtout un monstre totalement inadapté à son époque qui était conservé pour des raisons de fierté nationale. Les vols commerciaux du Concorde ont commencé en 1976 (Paris-Rio et Londres-Bahreïm) et se sont terminés en 2003. Le tragique accident du vol 4590 d’Air France assurant le vol Roissy-New-York qui s’écrasa le 25 Juillet 2000 sur un hôtel de Gonesse (Val d’Oise) juste après le décollage, entraîna la mort de 113 personnes et ne fit qu’accentuer un déclin annoncé (même si ce fut le seul accident impliquant un Concorde). Le Concorde, fleuron de l’aéronautique civile franco-britannique, fut un cuisant échec commercial. Concorde n’a jamais été capable d’attirer assez de passagers pour rentabiliser les vols dont les coûts d’exploitation s’avéraient exorbitants.

Aux Etats-Unis, les projets d’avions supersoniques  North American, Lockheed L-2000 et Boeing 2707 (273 passagers à mach 3 sur 7 400 km) avaient été tour à tour abandonnés dans les années 60-70 pour des raisons de rentabilité, de complexité technique et de préservation de l’environnement (pollution sonore lors du passage du mur du son). Le Tupolev 144, le seul avion civil supersonique avec Concorde à avoir atteint la phase de production industrielle, n’a connu que des ennuis. Ersatz du Concorde, il pouvait transporter une centaine de passager à Mach 2, à une altitude de 20 km, sur une distance de 6 200 km. Au total, seulement 16 appareils auront été construits entre 1975 et 1985. De 1975 à 1978, année de l’arrêt de son exploitation commerciale, il n’y eut en tout que 102 vols réguliers de Tupolev 144, dont 47 pour du fret.

Baby-Boom (XB-1)

Suite au pitoyable échec commercial du Concorde et du Tupolev 144, les constructeurs aéronautiques n’ont pas complètement abandonné l’idée de construire des avions pouvant transporter une clientèle très fortunée à une vitesse supersonique. Ces avions devraient être plus petits et transporter moins de passagers que leur illustre prédécesseur. Le projet le plus avancé est celui de l’américain Aerion Corporation (associé à Airbus) qui développe un avion supersonique civil capable de transporter 12 passagers de Paris à Washington en trois heures. La vitesse maximale de l’AS2 sera d’environ 1 850 km/h (Mach 1,5) et le prix annoncé sera de 105 millions d’euros. Le premier vol commercial n’est pas prévu avant 2025. Il faut citer aussi le futur S-512 (Spike Aerospace) qui pourra, selon son constructeur, transporter 12 à 18 passagers à une vitesse de croisière de Mach 1,6 (prototype prévu en 2020). Un autre constructeur, Supersonic Aerospace (associé à Lockheed Martin),  déclare avoir résolu avec son QSST-X (Quiet SuperSonic Technology X-plane). le problème du bang supersonique, l’un des principaux freins à l’exploitation des avions supersoniques civils. Encore plus futuriste, l’avion-fusée HyperStar de la firme HyperMach Aerospace devrait transporter ses 36 passagers à 27 km d’altitude à une vitesse de Mach 5, sans bang supersonique. Cette prouesse serait rendue possible grâce à l’utilisation d’une “technologie électromagnétique de réduction de traînée” (ce n’est encore qu’une théorie).

Le constructeur Airbus Group a conçu le projet d’un avion-fusée, le ZEHST (zero emission high speed transport), qui pourrait transporter de 60 à 100 passagers de Paris à New York en à peine 1 h 30 min. Ses turboréacteurs propulsés aux biocarburants à base d’algues, ses moteurs-fusée alimentés aux ergols liquides et ses statoréacteurs fonctionnant avec un mélange hydrogène-oxygène seront censés lui permettre d’atteindre la vitesse de 4 800 km/h (Mach 4), tout en n’émettant pas de CO2. Cet avion de science-fiction sera censé grimper jusqu’à 32 km d’altitude (stratosphère), soit plus haut que le Concorde (18 km) et qu’un avion de ligne normal (10 km). La sortie de cet avion “vert” est annoncée pour 2050.

Avion-fusée ZEHST

Le Concorde, avion de ligne supersonique, pourrait renaître de ses cendres, avec le supersonique XB-1, surnommé “Baby Boom”, qui devrait devenir,s’il voit le jour, l’avion de ligne le plus rapide de tous les temps, avec une vitesse de 2 335 km/heure (Mach 2.2). Le premier vol de cette création de la start-up américaine Boom Super Sonic est prévu d’ici 2023.  Un aller-retour Paris-New-York ne demanderait que 3 heures et demie, pour un prix de 4 500 euros. C’est beaucoup mais c’est moins cher qu’avec le Concorde. Le Baby Boom devrait être beaucoup plus léger que le Concorde, car massivement fabriqué en composites de fibre de carbone. Il sera donc moins gourmand en carburant. Il transportera seulement 45 à 55 passagers, ce qui peut s’avérer un choix judicieux puisque son prédécesseur n’arrivait pas à remplir ses 100 sièges. Le bruit produit par le bang supersonique sera atténué, ce qui est important lorsqu’on sait que l’agence fédérale de l’aviation (FAA) interdit le passage du mur du son au-dessus du territoire américain. Personne ne peut prédire si leBaby Boom aura ou non plus de succès que le Concorde, mais Richard Branson, fondateur de Virgin, en aurait déjà réservé 10 exemplaires à 185 millions d’euros l’unité…

L’avion civil supersonique est destiné à rester dans un marché de niche, celui des jets pour hyper-riches, les compagnies aériennes du monde entier continuant à remplacer leurs flottes par de nouveaux avions toujours plus économes en carburant (l’énergie représente le deuxième poste de dépenses pour les transporteurs aériens), comme le Boeing 787 Dreamliner (matériaux composites). Aujourd’hui, le fleuron européen des avions de ligne, l’Airbus A380 ne vole qu’à 1 019 miles/h, mais peut transporter jusqu’à 525 passagers sur une distance de 15 400 km, en consommant environ 2 000 litres de kérosène aux 100 km.

 

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