Le canal Jonglei

Excavatrice “Sarah” - Canal de Jonglei - Sud du Soudan

Excavatrice “Sarah” – Canal de Jonglei – Sud du Soudan

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 48-50

En 1978 commençait au Soudan la construction d’un vaste projet hydraulique sur le Nil Blanc, celui qui prend sa source dans le Lac Victoria et s’unit au Nil Bleu à Khartoum. Le Nil Blanc irriguait une vaste région marécageuse, le Sudd, où vivaient plus d’un million d’indigènes et près de 800 000 têtes de bétail. Le canal Jonglei, d’une longueur de 438 km (largueur 65 à 100 m), devait détourner du Sud un quart des eaux pour les diriger au Nord, afin d’irriguer des centaines de milliers d’hectares de terres agricoles au Nord Soudan et au Sud de l’Égypte. Le canal aurait permis de réduire de plusieurs jours le transport fluvial entre Sud animiste et Nord Soudan musulman, participant ainsi à un effort d’union nationale.

Les écologistes de l’époque se sont vivement opposés à ce projet, craignant un désastre aussi grand que celui généré par le barrage d’Assouan. Selon les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement, le canal Jonglei allait bouleverser la vie de 65 000 personnes et les pratiques ancestrales de transhumance du bétail. Les tribus d’éleveurs étaient condamnées à abandonner l’élevage pour rejoindre les bidonvilles de Khartoum et de Juba. La perte de débit du Nil Blanc allait entrainer une diminution de la quantité d’alluvions fertiles laissés à chaque crue et causer la perte de la richesse biologique des marais de Bahr al Gazal (lions, guépards, panthères, oiseaux, antilopes, crocodiles …) condamnés à se transformer en désert. Le seul avantage aurait été de combattre dans la région les moustiques responsables de la malaria.

 

Qu’avons-nous fait de ces 35 dernières années ?

Ce fut le plus grand chantier d’Afrique et il se poursuivit pendant six ans. Ironie de l’histoire, c’est une guerre qui a sauvé les marais du Sudd. En 1984, après que 260 km de canal eurent été construits, la région sombra dans les conflits entre Nord et Sud (2ème guerre soudanaise) et le projet fût abandonné.

Priver le Sud Soudan (animiste) de la manne apportée par les crues du Nil Blanc au bénéfice des régions du Nord (mulsulman) n’était pas un projet très équitable. Au cours de la saison des pluies la surface des marais de Sudd passe de 8 000 à 80 000 km carrés. Les marais constituent un important écosystème qui dépend entièrement du mouvement annuel du Nil Blanc, essentiel à la survie des plantes et animaux des marais ainsi qu’au style de vie nomade des peuples locaux, Nuer, Dinka et Shilluk. De plus, le canal Jonglei aurait eu des conséquences graves sur le climat de la région, la régénération de ses nappes phréatiques et la qualité de l’eau.

Maintenant que les conflits ont (presque) cessé, et que la République du Soudan du Sud a été créée (juillet 2011), il est à nouveau question de reprendre les travaux de construction du canal Jonglei. Même si le Sudd a été ajouté en 2006 à la liste Ramsar des Zones Humides d’Importance Internationale, le projet n’est peut-être pas enterré définitivement.

 

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