L’avenir des manipulations génétiques

Le 25 avril 1953, Watson et Crick décrivent pour la première fois la structure de la molécule d'ADN

Le 25 avril 1953, Watson et Crick décrivent pour la première fois la structure de la molécule d’ADN

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 36-37

En 1981 on parlait déjà beaucoup de manipulations génétiques et il était question de traiter les anomalies héréditaires et les cancers. On s’inquiétait aussi des risques liés à la modification du patrimoine génétique de virus, bactéries, plantes et animaux.

Les virus savent modifier le code génétique de leurs cellules hôtes pour les obliger à produire des virus à la place des protéines et autres biomolécules nécessaires à leur survie. Dès 1972, Paul Berg, un scientifique de Stanford, avait prévu d’utiliser un virus comme véhicule pour injecter de la matière génétique dans des cellules d’Escherichia coli intestinales. Devant les risques éthiques que ce procédé pouvait entrainer, il renonça à son projet. En 1975 des scientifiques européens et américains décidèrent, lors du Congrès d’Asilomar (Californie), d’un protocole strict d’encadrement des manipulations génétiques. La principale précaution était de ne choisir que des cellules hôtes ne pouvant survivre hors d’un laboratoire.

La Science ne peut être arrêtée, surtout lorsqu’il est question d’enjeux économiques colossaux, et malgré les risques encourus. Il y a 35 ans, il était question de rectifier les erreurs de programmation génétique responsables de la trisomie ou de l’hémophilie. Il était aussi envisagé de transformer des bactéries pour qu’elles se mettent à fabriquer pour nous certaines molécules d’intérêt et c’est ce qui a été rapidement fait pour produire de l’interféron, protéines du système immunitaire utilisées dans le traitement de certaines infections virales. On parlait aussi de bactéries dévoreuses de pétrole pour lutter contre les marées noires, de protéines d’origine bactérienne pour l’alimentation animale, de plantes génétiquement modifiées résistantes au mildiou…

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 pour éviter le pire ?

Depuis la première identification de l’ADN en 1869 par le biochimiste suisse F. Miescher, jusqu’à l’obtention d’organismes pluricellulaires transgéniques au début des années 80, la biologie moléculaire a révolutionné notre vision du Vivant. Aujourd’hui, en 2016, elle est devenue un outil presque banal dans les laboratoires de biologie. Les prévisions de 1981 se sont révélées, pour la plupart d’entre elles, en deçà de la réalité et le séquençage du génome humain a été terminé dès 2003.

Cependant tout n’est pas si idyllique qu’il ne pourrait paraitre. Les manipulations génétiques sur l’animal posent de sérieux problèmes d’éthique et la culture des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) est une pierre d’achoppement entre écologistes et agriculture productiviste. Les OGM actuellement sur le marché n’ont pas démontré leur potentiel et présentent des risques réels pour l’environnement, la santé et l’économie. La plupart n’ont d’autre intérêt que de soutenir les ventes de phytosanitaires destinés à une agriculture productiviste.

De son côté la thérapie génique, séduisante d’un point de vue intellectuel, a suscité beaucoup d’espoirs, mais les succès restent rares. Réparer le patrimoine génétique d’un organisme vivant aussi complexe que l’être humain n’est pas si simple que certains ont voulu le laisser croire pour obtenir les dons nécessaires au financement de la recherche. Il est tout à fait contraire à l’éthique scientifique de faire miroiter des succès imminents de la thérapie génique, alors que depuis une vingtaine d’années cette discipline ne fait qu’accumuler les échecs. La recherche médicale ne doit pas être guidée par l’empathie suscitée par des émissions de télévision (Téléthon) mais doit se faire dans l’intérêt du plus grand nombre.

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