L’autonomie énergétique

L’autonomie énergétique

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – page 54

 

La construction d’édifices autonomes d’un point de vue énergétique, c’est-à-dire pouvant produire leur propre électricité, est un concept qui a été délaissé dans les années 50 et 60, à cause de la modicité du prix de l’électricité. Au début des années 70 la part d’électricité produite par les industries elles-mêmes n’était que de 5% aux USA. L’autonomie énergétique restait plus répandue en Europe, notamment en France avec plus de 25% d’électricité produite par les industries.

Suite à la crise pétrolière de 1973, l’autonomie énergétique est redevenue à la mode. La société Dow Chemical, qui produisait 80% de sa propre consommation énergétique au début des années 80, déclara que l’industrie américaine pourrait produire dès 1985 la moitié de l’énergie dont elle aurait besoin.

En 1981, le principe d’autonomie énergétique était basé sur la récupération dans des cogénérateurs de la chaleur perdue au cours des différents process industriels. La chaleur servait à produire de la vapeur pour faire tourner des turbines génératrices d’électricité ou pour vaporiser un fluide pouvant faire tourner un turbo-générateur. A cette époque, Fiat proposa aux particuliers un cogénérateur domestique fonctionnant grâce à un moteur de Fiat 500 et pouvant produire de l’électricité et de la chaleur à un prix compétitif, avec un rendement global exceptionnel de près de 90%.

Vous vous en doutez, les grandes compagnies d’électricité telles que EDF ou la Consolidated Edison Company (CEC) ont tout fait pour stopper l’expansion de l’autonomie énergétique, arguant de considérations environnementales (pollution par les moteurs diesel) et économiques (dépendance vis-à-vis du pétrole). Ils oubliaient d’envisager l’idée que la technologie des cogénérateurs allait forcément évoluer, en particulier grâce à l’utilisation de combustibles comme le méthane.

 

Qu’avons-nous fait depuis 1981 pour notre autonomie énergétique ?

Chaudière à micro-cogénération

35 ans après la sortie de l’Almanach Cousteau de l’Environnement, nous ne pouvons que constater la perte incroyable de temps que nous aurions dû mettre à profit pour développer de nouvelles technologies de cogénération. En France, aujourd’hui, seul 4 % de la production d’électricité globale est issue de la cogénération, soit moins qu’en Allemagne (9 %) et beaucoup moins qu’aux Pays-Bas (43%).

 

La technologie de la micro-cogénération adaptée à l’habitat résidentiel (souvenez-vous de Fiat) a beaucoup progressé. Elle est basée sur une chaudière électrogène à gaz à condensation qui intègre un moteur Stirling produisant de l’électricité à partir des gaz issus de la combustion. Ce procédé fonctionne mais sa diffusion se heurte, une fois encore, à la politique énergétique d’EDF qui maintient des prix artificiellement suffisamment bas pour rendre toute alternative difficilement compétitive. Selon la commission d’enquête du sénat du 18 juillet 2012, la facture d’électricité des ménages français pourrait grimper de 50% d’ici 2020, pour financer le programme de maintenance et de démantèlement du parc nucléaire. Ce serait là un minimum car il ne serait pas absurde de demander à EDF le remboursement d’une partie des efforts colossaux de R&D financés par l’État français depuis des décennies. Je ne parle même pas du stockage sur plusieurs siècles des déchets radio-actifs accumulés. La Cour des Comptes a réalisé en 2012 une étude très complète sur le coût réel de la filière électronucléaire française.

Imaginez un instant si la technologie de cogénération avait pu bénéficier ne serait-ce que d’une petit part des soutiens publics gigantesques qui accompagnent depuis le début le développement du nucléaire en France…

 

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