L’architecture : du nautile à la “musique figée”

L’architecture : du nautile à la “musique figée”

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – L’habitat – pages 529-531

 bâdguir (Iran)

Le nautile est un modèle d’habitat. En plus d’être beau, il est très solide capable de flotter, constitué de matériaux tirés du milieu local, avec une dimension évolutive pour rester toujours adaptée à son hôte…

Les humains ont eux aussi commencé par bâtir des habitats à partir de matériaux qu’ils trouvaient à proximité (pierre, bois, terre, végétation…). Ces habitats étaient adaptés aux conditions climatiques. Des murs épais protégeaient du froid dans les régions montagneuses et du chaud dans les zones désertiques, tandis que des murs poreux laissaient circuler l’air dans les zones tropicales humides. L’orientation des maisons permettaient soit de capter la chaleur du soleil, soit au contraire de s’en préserver.

A partir du XXème,  les technologies du béton et de la climatisation ont rompus les liens logiques entre habitat et environnement. On a commencé à construire les mêmes immeubles à Oslo et à Lisbonne, sans tenir compte des spécificités climatiques. L’intérieur des bâtiments pouvait être coupé de l’extérieur et il suffisait de chauffer ou refroidir à la demande, avec des équipements avides en énergie. Dans les années 70, cette énergie était tirée principalement de combustibles fossiles comme le charbon et le pétrole. Il a fallu attendre la crise pétrolière de 1973 pour que les architectes commencent à revoir leur copie et à construire des bâtiments en harmonie avec leur environnement climatique, moins gourmands en énergie. Les habitations, en plus d’être des gouffres énergétiques, étaient aussi des centres de consommation d’eau potable et de production d’eaux usées et de déchets de toutes sortes.

L’urbanisation galopante des années 70, sous la poussée de la démographie, aboutissait à un étalement monstrueux de tissus urbains où s’interconnectaient des réseaux tentaculaires de transports, d’électricité, d’eau potable, d’égouts, de téléphonie…  A Paris on parlait de sarcellisation des banlieues ; Tokyo souffrait de surpeuplement ; les bidonvilles s’agglutinaient à la périphérie des grandes villes du Tiers-Monde.

Des “utopistes” imaginaient des villes axées sur la préservation de l’environnement et du bien-être des habitants. Certains parlaient de fragmenter les mégalopoles en cellules de dimension humaine, plus facile à gérer, capables de générer une partie de leur énergie et de leur nourriture. Il s’agissait ni plus ni moins de revenir à la structure des villes d’avant la Révolution Industrielle, qui n’étaient rien d’autre que des agrégats de villages avec leurs jardins potagers, leurs élevage de bétail, leurs petites boutiques. Cette organisation naturelle était aussi celle des grandes cités antiques comme Sumer, Babylone, Athènes ou Rome. En 1740, la plus grande ville du monde, Londres (725 000 habitants), était une juxtaposition de villages avec leurs propres activités commerciales et industrielles.

Johann Wolfgang von Goethe avait qualifié l’architecture de musique figée (ou pétrifiée). Des décennies de modernisation urbaine ont fini par raser des monuments et quartiers anciens d’une valeur inestimable, les “concertos et symphonies” des générations antérieure, qui marquent les villes de leur empreinte, à l’image de la mesure d’une partition qui détermine le climat d’une composition musicale. Des associations se sont alors formées pour sauvegarder et restaurer la vieille musique, pour produire un nouvelle ” musique figée”.

Pourquoi ne pas construire sur l’expérience acquise au cours de milliers d’années ? Bien avant l’invention des climatiseurs électriques, les architectes savaient construire des demeures capables de conserver la fraîcheur. C’est le cas du bâdguir (capteur de vent),  traditionnellement utilisé dans les zones désertiques de l’Iran. Ces grandes tourelles ouvertes sur les toits  permettaient de capter la plus petite brise pour créer une dépression dans les conduits suffisante pour aspirer la chaleur du sol et la remplacer par de l’air frais. Plus proche de nous, le puits provençal, appelé également puits canadien, permet d’alimenter une habitation en air frais en été (et chaud en hiver) par le biais d’un conduit enterré dans le sol. Les demeures traditionnelles créoles de l’île de la Réunion sont conçues pour s’adapter au climat tropical. Elles sont édifiées sur des soubassements, et bénéficient de grandes galeries couvertes, les varangues (vérandas), qui permettent à l’air de facilement circuler dans les pièces et différents étages des bâtisses en cas de fortes chaleurs.

Aujourd’hui, la végétalisation des toits et surfaces extérieures des bâtiments semble se démocratiser, du moins dans les grandes villes. C’est un procédé éminemment écologique qui permet d’atténuer la pénétration des rayons du soleil dans une habitation. Les végétaux cultivés sont idéalement de plantes grasses, très résistantes aux fortes chaleurs et au manque de pluie. C’est le même  principe que les plantes grimpantes sur les façades, comme la vigne vierge et le lierre, qui permettent de baisser la température à l’intérieur des habitations de plusieurs degrés.

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