La mer poubelle

Expédition 7éme continent

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Accumulations – pages 343-348

 

L’océan est, depuis près de 3,5 milliards d’années, l’usine de retraitement des déchets organiques de la planète. Son écosystème s’est développé grâce aux débris organiques apportés naturellement par les fleuves. Ce formidable pouvoir de retraitement des déchets organique a été le point de départ d’un épouvantable malentendu de la part des hommes qui ont longtemps considéré l’océan comme une grande poubelle dans laquelle se déverse depuis des décennies pesticides, engrais, détergents, substances chimiques, métaux lourds, déchets industriels et urbains… Les océans sont si vastes, qu’on a longtemps cru qu’ils arriveraient toujours à diluer suffisamment n’importe quelle pollution pour la rendre inoffensive. Mais nous n’avions pas prévu les dérives consuméristes d’une civilisation qui risque d’épuiser en quelques décennies toutes les ressources de notre belle planète.

 

Littoral

La pollution côtière impacte la partie de l’océan dont l’écosystème est le plus riche, avec ses herbiers et ses récifs de coraux baignés de lumière solaire et qui procurent un habitat idéal à de nombreux poissons, crustacés, mollusques et échinodermes. Malheureusement, les côtes sont  les terres les plus peuplées et abritent de nombreuses industries. En 1981, 16 des 20 plus grandes zones urbaines du monde étaient situées sur les côtes ou le long des fleuves. Pour des raisons historiques aisément compréhensibles, l’Atlantique Nord, la Méditerranée, la manche, la Mer du Nord, la Mer Baltique étaient les plus polluées (“Méditerranée, Mare nostrum“). Ils étaient aussi alimentés par les fleuves les pollués de la civilisation occidentale : Pô, Rhône, Seine, Rhin, Elbe, Tamise, Delaware, Hudson, Saint-Laurent (“La renaissance de la Tamise“, “Il y a beaucoup à sauver : L’Hudson“). En 1981, on ne connaissait pas encore exactement les mécanismes de la dégradation des écosystèmes marins par cette pollution, mais on en soupçonnait déjà l’ampleur.

Aujourd’hui, une partie significative des engrais azotés utilisés dans les champs finissent dans les cours d’eau puis dans les estuaires, les deltas et les baies où ils provoquent souvent un développement massif d’algues qui vont accaparer l’oxygène au détriment de la faune et de la flore marine. On recense environ 400 de ces véritables zones mortes à travers le monde. les vingt pays qui bordent la méditerranée y déversent chaque année près de 50 millions de tonnes de déchets.

 

Déblais de dragage

L’érosion qui arrache des sédiments aux continents, est un phénomène naturel bénéfique pour les océans, malheureusement fortement amplifié par l’activité humaine. Les flots boueux portés par les fleuves asphyxient la vie côtière. On estime à 9,3 milliards de tonnes la quantité de sédiments apportés dans les océans du globe par les fleuves avant l’apparition de l’homme. A la fin des années 70, cette quantité atteignait 24 milliards de tonnes (“Fragile terre arable“). Les déblais de dragage, constitués de substances naturelles (sable, argile, rochers…) constituaient les plus gros tonnages de déchets d’origine anthropique rejetés en mer. Ils étaient généralement déposés n’importe où, notamment sur les récifs de coraux et sur les herbiers marins, asphyxiant ainsi toute vie marine.

Le dragage en milieu marin est une opération indispensable pour la construction d’infrastructures, telles que des ports, des digues ou des voies maritimes. Le chiffre d’affaires mondial de cette activité a été estimé à plus de 11 millions d’euros en 2014, soit une augmentation de plus de 100% depuis 2000. Parmi les principaux effets négatifs du dragage, on peut citer la mise en suspension des sédiments pouvant libérer des polluants toxiques (hydrocarbures aromatiques polycycliques, métaux lourds…) et la dégradation des habitats naturels tels que frayères, nourriceries, herbiers. L’ensemble de l’écosystème est alors impacté, en particulier les espèces au bas de l’échelle de nutrition.

 

Pétrole

pélican englué dans une marée noire

L’océan est capable de neutraliser les nombreuses émissions naturelles de pétrole provenant des gisements sous-marins estimées tout de même chaque année à six cent mille tonnes (deux fois l’Amoco Cadiz). La pollution anthropique par le pétrole était, à la fin des années 70, au moins dix fois supérieure aux écoulements spontanés, ce qui change complètement l’équation. En 1975, on estimait qu’environ 16 millions de tonnes de pétrole étaient déversées chaque année dans l’océan, dont un tiers était dû aux navires pétroliers (opérations de dégazage et de nettoyage des cuves), le reste provenant des industries et des villes situées sur la terre ferme. Ce volume ne cessait d’augmenter, conséquence directe de la dépendance au pétrole de la civilisation occidentale. Même si la plupart des hydrocarbures sont susceptibles d’être dégradés par oxydation chimique ou digérés par les microorganismes, certains s’accumulent dans les eaux océaniques, voire dans les organismes marins. Les eaux mondiales contenaient environ 360 millions de tonne de pétrole, mais on ignorait encore les conséquences exactes des hydrocarbures sur la faune marine (lire article “Marées noires“)

Aujourd’hui, le dégazage et le déballastage sauvages représenteraient à eux seuls chaque année, selon le WWF, près de 4,6 millions de tonnes de produits pétroliers, soit à peu près autant qu’en 1975. Le fait que le cinquième de la production pétrolière provienne de gisements offshore a un impact non négligeable sur la pollution marine, notamment en cas d’accidents pouvant se révéler catastrophiques pour l’écosystème. L’un de ces accidents les plus récents est celui de la plateforme pétrolière offshore “Deepwater Horizon” qui explosa le 20 avril 2010 dans le golfe du Mexique et y déversa sans interruption jusqu’au 19 septembre près de 835 000 tonnes de pétrole.

 

Substances chimiques

Un nombre de plus en plus important de substances chimiques est produit chaque année et la plupart finissent tôt ou tard dans l’océan (“Les déchets chimiques“). Les produits chimiques jugés particulièrement dangereux ont été, dans le meilleur des cas, interdits par les nations industrialisées, mais peu ont été retirés de la circulation. En 1981, le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane, interdit ua cours des années 70 dans les pays développés) continuait d’être utilisé pour lutter contre les insectes dans différentes régions tropicales. A la fin des années 70, des spécialistes estimaient que les deux tiers des 1,5 million de tonnes de DDT produites avant 1970 pourraient être encore incorporées aux sédiments du fond des océans. Dans les années 70, près de 100 000 tonnes de PCB (polychlorobiphényles) étaient produits annuellement par les Etats-Unis, le Japon et l’Europe. Ces composés fortement toxiques pour la faune océanique se retrouvaient alors en très fortes concentrations dans le plancton des côtes nord-américaines, d’Europe du Nord et de Méditerranée rhodanienne. On retrouvait même des traces de DDT et de PCB dans la graisse des pingouins de l’Antarctique. Les exemples de substances chimiques affectant la vie marine sont innombrables (pesticides, détergents, solvants…). Par un phénomène de bioaccumulation, les concentrations de composés toxiques peuvent être jusqu’à des dizaines de millions de fois plus élevées dans les organismes des grands prédateurs (oiseaux, requins, mammifères marins) que dans les organismes des premiers niveaux de la chaîne trophique (plancton). Certains pays s’en sont tout de même alarmés. En 1972, 33 pays ont signé la Convention de Londres limitant sévèrement les déversements de substances chimiques dans les cours d’eau à partir de 1975. Un acte similaire a été signé par 14 pays riverains pour préserver la Méditerranée (“Méditerranée, Mare nostrum“). Le trust Péchiney-Ugine-Kuhlmann avait par exemple été condamné pour avoir, en 1976, empoisonné le Rhône à la suite d’un déversement “accidentel” de 20 tonnes d’acroléine. Conséquence : 367 tonnes de poissons morts ont été ramassés sur 90 kilomètres.

Au‐delà des pollutions accidentelles comme les marées noires, ou des pollutions bien visibles par les déchets solides, il existe une menace plus insidieuse qui résulte de l’exposition répétée des écosystèmes marins à de faibles doses de polluants chimiques se trouvant à l’état de traces, de quelques microgrammes (10-6 g) à quelques picogrammes (10-12 g) par litre. Leur toxicité sur la faune et la flore aquatiques peut être aigüe ou ne se révéler que par bioaccumulation sur le long terme. Les substances chimiques les plus néfastes sont celles qui ne sont que très difficilement, voire pas du tout, dégradées par le milieu marin, prolongeant très longtemps leurs effets délétères. Parmi les substances chimiques particulièrement nocives pour les écosystèmes marins, on peut citer des perturbateurs endocriniens comme les organostanniques (les TBT ou tributylétains, antifoolings très utilisés dans les années 70, ont été interdits dans les années 80) ou les phtalates.

 

Métaux lourds

En 1981, on ne connaissait pas bien non plus l’effet des métaux lourds (mercure, plomb, zinc, chrome, cadmium, cuivre…) qui s’accumulaient dans les océans, la plupart sous formes organiques particulièrement toxiques (tétraéhyl ou tétraméthyl-plomb, méthyl-mercure…). Environ 40 000 tonnes de plomb entraient chaque année dans la mer. La moitié provenait des gaz d’échappement des véhicules à essence dont le plomb était porté par les vents et retombait avec les pluies. L’autre moitié était charriée vers la mer par les fleuves. Environ 5 000 tonnes de mercure, provenant en grande partie de déchets industriels, arrivaient aussi chaque année dans les mers du globe. Le plomb et le mercure ont la fâcheuse tendance à s’accumuler dans les organismes vivants, en particulier dans le tissu adipeux. Ils peuvent donc se retrouver en concentrations pathogènes dans les poissons situés au sommet de la pyramide alimentaire (bioaccumulation). Consommer ces poissons peut s’avérer suicidaire, comme ce fut le cas pour les habitants de la baie de Minamata au Japon dans les années 50 et 60, gravement intoxiqués par des taux de mercure dans les poissons contaminés 500 000 fois supérieurs à ceux des eaux de la baie  (lire article “Les chats de Minamata”).

Aujourd’hui, la situation ne s’est pas améliorée. Selon une enquête du magazine “60 millions de consommateurs” parue en mai 2016, la totalité des 15 boites de thon analysées étaient contaminées par des métaux lourds (mercure, cadmiun et arsenic). Ce n’est pas forcément très grave pour la santé des consommateurs, mis à part ceux qui décident de faire une cure de thon. C’est par contre très inquiétant pour la santé des écosystèmes marins car la présence de métaux lourds à des concentrations non négligeables dans l’ensemble des thons de la planète indique clairement que tous les océans sont contaminés.  Les grands poissons carnivores, situés au sommet de la chaîne alimentaire marine, n’ont fait qu’accumuler tout au long de leur existence les métaux lourds contenus dans leurs proies.

Pollution des océans

Déchets urbains

Dans les années 70, le déversement d’égouts urbains était devenu problématique à cause de l’explosion démographique mondiale. Ces déchets, composés en partie d’excréments humains, peuvent être porteurs de microorganismes pathogènes pour l’homme (bactéries, virus). Ces agents pathogènes s’accumulent dans les mollusques, notamment les huitres et les moules que nous consommons, pouvant provoquer de graves intoxications, comme l’hépatite virale. Dans certains pays du Sud, l’immersion de déchets solides au fond des océans provoque la formation d’une couche de boues qui étouffe toute vie marine sur de grandes étendues. En 1975, près de 15 milliards de litres de déchets urbains ont été déversés quotidiennement le long des côtes des Etats-Unis. Une loi votée par le Congrès américain a décrété l’interdiction des déversements d’égouts dans les eaux américaines à partir de 1982. A la même époque, la plupart des grandes villes européennes riveraines de la Méditerranée ne possédaient même pas de stations d’épuration…

Aujourd’hui, on pourrait s’imaginer que toutes les grandes villes du monde traitent correctement leurs eaux usées pour éviter de polluer les cours d’eau et les océans… Et bien non, il reste des progrès à faire. Ce n’est pas forcément une question d’argent. La très riche Dubaï, ville de 2 millions d’habitants connue pour ses gratte-ciels et son luxe exubérant, n’a pas de traitement des eaux usées avec le tout à l’égout. Les excréments de ses habitants sont collectés et transportés vers la seule usine de retraitement de l’émirat, par une file ininterrompue de camions dont certains préfèrent  déverser directement  leur précieuse cargaison dans la mer pour éviter une attente trop coûteuse. Autre exemple,  près de 100 tonnes de déchets se déversent chaque jour dans la baie de Guanabara au Brésil. Si le monde entier a commencé à s’en émouvoir, c’est uniquement parce que les épreuves de voile et de planche à voile des Jeux Olympiques de Rio 2016 s’y sont déroulées. Ce genre de situation se répète dans la plupart des pays du Sud, faute de moyens pour construire des stations d’épuration et les entretenir. Ainsi en Amérique du Sud, 98% des eaux usées domestiques finissent dans la mer sans traitement.

 

Déchets nucléaires

La mer sert aussi de poubelle pour les déchets nucléaires à faible niveau de radioactivité. Entre 1946 et 1970, les Etats-Unis avaient par exemple déversé au fond des océans des fûts contenant des équipements de laboratoire contaminés et qui s’étaient rapidement mis à fuir et à polluer le milieu aquatique. De son côté, la Grande-Bretagne jetait dans l’Atlantique des dizaines de milliers de tonnes de déchets faiblement radioactifs dans des containers qui n’ont pas non plus résisté à la corrosion de l’eau de mer. En 1981, les scientifiques s’inquiétaient de l’engouement pour l’énergie nucléaire qui allait susciter une accumulation de déchets radioactifs dont une partie finirait tôt ou tard au fond des océans (lire article “Les déchets nucléaires : Comment s’en débarrasser ?“).

Aujourd’hui, il n’est plus question de se débarrasser de ses déchets radioactifs en les balançant dans la mer (du moins légalement). L’immersion simple, c’est-à-dire le simple dépôt sur les fonds marins, sans enfouissement, a longtemps été considérée comme sûre, grâce à l’effet cumulé de l’isolement et de la dilution par le milieu marin. Le problème c’est que les organismes marins ont tendance à fixer et à concentrer des doses initialement négligeables, ce qui annule l’effet de dilution des océans. Il a fallu attendre la Conférence des Nations Unies sur le droit de la mer de 1958 pour voir apparaître les premiers textes réglementant l’immersion de déchets radioactifs, et ce n’est qu’en 1993 que les parties signataires de la Convention de Londres (1972) ont enfin décidé d’interdire définitivement cette pratique, après un moratoire adopté en 1983. Entre 1946 et 1983, on estime que 14 pays ” nucléarisés” ont procédé à des immersions de déchets radioactifs dans au moins 80 sites, sans compter les dépôts non divulgués de l’ex-Union Soviétique. L’activité totale de ces déchets immergés était estimée à 85 000 térabecquerels (dossier Andra 2012 : Les déchets immergés). Le risque que les fûts finissent par libérer leurs déchets radioactifs devient de plus en plus important. Cette menace n’a pas empêché d’abandonner en 1995 le “programme coordonné de recherches et de surveillance du milieu lié à l’immersion des déchets radioactifs” (CRESP), mis en place en 1980.

Les usines de retraitement de La Hague et de Sellafield continuent de rejeter régulièrement dans les eaux des quantités importantes de substances radioactives, en totale contradiction avec la Convention de Londres et la Convention OSPAR. Un rapport réalisé en 2001 pour le compte du Parlement Européen estimait ces rejets équivalents chaque année à un accident nucléaire à grande échelle.

 

Déchets solides

A la fin des années 70, les déchets solides posaient surtout un problème esthétique et servaient de révélateur à la pollution par les substances chimiques. Ces ordures provenaient essentiellement d’emballages en matières plastiques, en bois, en verre ou en métal, jetés à la mer par les navires marchands, les bateaux de pêche, les navires de croisière et les touristes sur les plages : bouteilles, boîtes de conserve vide, sacs en plastique… Les déchets flottant à la surface des océans pouvaient s’avérer dangereux pour les poissons, les tortues, les mammifères, et les oiseaux marins qui pouvaient les confondre avec de la nourriture (les tortues marines en particulier peuvent confondre des sacs plastiques flottant entre deux eaux avec des méduses dont elles raffolent).

La production mondiale du plastique n’a cessé d’augmenter et est passée de 15 millions de tonnes en 1964 à 311 millions en 2014 (Fondation Ellen MacArthur 2016). Selon un récent rapport du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), les plastiques, notamment les sacs, sont les déchets solides les plus répandus dans les océans de la planète, pouvant représenter plus de 80% dans certaines mers régionales. Selon une étude parue dans la revue PLos ONE en 2014, plus de 269 000 tonnes de particules de plastiques flottent sur les océans de la planète et ce volume pourrait doubler d’ici 2050. Ils ont l’inconvénient de se décomposer très lentement, flottant entre deux eaux et pouvant être consommées par les organismes marins. Le phénomène n’a fait qu’empirer avec l’utilisation de plus en plus fréquente de microbilles de plastique dans des produits de consommation courante tels que les dentifrices ou les nettoyants pour le visage, trop petits pour être retenus par les filtres des stations d’épuration des eaux usées. Une enquête sur les fulmars de la mer du Nord a révélé que 95 pour cent de ces oiseaux contiennent du plastique dans leur estomac. Les déchets plastiques peuvent former de gigantesques nappes de déchets flottant à la surface des océans, dont la plus célèbre, connue sous le nom de “Trash Vortex”, entre Hawaï et le Pacifique Nord, est grande comme le Texas (le “Septième Continent”). Quatre autres nappes massives de déchets plastiques a été découvertes, un second dans le Pacifique, deux dans l’Atlantique et un autre dans l’Océan Indien.

Les déchets plastiques, surtout les microparticules (moins de 5 mm), sont non seulement nocifs pour les écosystèmes marins, mais ils nous coûtent très cher. Selon une étude du PNUE (juin 2014), le coût des dégâts de cette pollution marine, principalement sur le tourisme et la pêche, pourrait être estimé à plus de 13 milliards de dollars par an. Heureusement, des pays comme la France agissent pour la réduction des déchets plastiques, notamment en interdisant l’utilisation des sacs plastiques à partir de 2016. Pour l’instant, l’océan est suffisamment résilient pour régénérer son écosystème en une cinquantaine d’années, mais il ne faudrait pas trop tarder à cesser de le polluer.

7° continent (Sciences et Avenir)

7° continent (Sciences et Avenir)

Armes chimiques

La mer a longtemps servi de dépotoir pour les armes “démodées”. Après le Seconde Guerre Mondiale, plus de 30000 bombes, des milliers de bonbonnes de gaz de combat et des quantités considérables de munitions, pour la plupart d’origine allemande, ont été immergés à l’intérieur de conteneurs dans le sud de la Mer Baltique à une profondeur d’à peine 90 mètres. Cela représenterait quelques 13 000 tonnes de substances toxiques, quantité largement suffisante pour anéantir toute vie dans cette mer fermée. Dès 1969, certains de ces conteneurs corrodés se sont retrouvés près des rivages danois et y ont laissé échapper leur dangereux contenu, notamment des bombes à l’ypérite (gaz moutarde). Il a fallu sacrifier des centaines de tonnes de poissons par crainte d’une contamination. D’autres débris mortels de munitions chimiques se sont retrouvés sur le littoral gallois en 1976, après avoir été abandonnés par les Britanniques entre 1945 et 1956. De leur côté, les Etats-Unis ont immergé des armes chimiques obsolètes entre 1967 et 1970, à quelques centaines de milles des côtes, dans de vieux navires envoyés par le fond. Plus de 200 tonnes de gaz sarin avaient été évacuées par cette méthode en 1967, 175 tonnes en 1968 et 60 tonnes en 1970, à 250 milles des côtes de la Floride. Le largage des armes obsolètes en mer n’a été interdit qu’en 1972 (Convention de Londres) et les militaires ont eu le temps de se débarrasser par cette voie d’environ un million de tonnes d’armes chimiques qui n’ont pas tardé à fuir.

Il est difficile d’estimer les quantités d’armes reposant au fond des mers, d’autant plus que de nombreux sites d’immersion restent classés secret-défense. Ces dépôts d’armes déversées ou perdues au fond des mers au cours du XX° siècle ont été soumis à l’attaque incessante de la corrosion et font peser sur les écosystèmes une lourde menace. On estime généralement à 80 ans la durée nécessaire pour que la corrosion finisse par libérer les substances toxiques contenues dans les armes chimiques. Il suffit de faire le calcul pour commencer à vraiment s’inquiéter. Toutes les mers d’Europe sont concernées : Manche, Mer du Nord, Baltique, Atlantique Nord, Méditerranée.

 

Vaisseaux fantômes

A la fin des années 70, l’équivalent d’un million de tonnes de navires disparaissaient chaque année au fond des océans, soit l’équivalent de la flotte des cent pays les plus pauvres. Certains de ces navires ont sombré en emportant une cargaison dangereuse. C’est le cas des sous-marins nucléaires Thresher (1963, Atlantique) et Scorpion (1968, Açores), et sans doute aussi de six sous-marins nucléaires soviétiques entre 1968 et 1979 (Atlantique, Pacifique, Méditerranée). La coque de ces sous-marins a été détruite sous l’effet de la pression des grandes profondeurs et la radioactivité qui émane de leurs réacteurs nucléaires, voire de leurs missiles, reste difficile à évaluer.

Après 1981, des sous-marins soviétiques puis russes ont continué de couler au fond des océans. En avril 1989, ce fut le cas du K-278 Komsomolets en mer de Norvège et en avril 2003, le K-159 sombra en mer de Barents.

 

“Chaque jour, 8 millions de tonnes de déchets finissent dans l’océan. Quatre-vingts pour cent de la pollution qui touche nos mers est d’origine terrestre et issue de l’activité humaine, avec des répercussions terribles sur la biodiversité et l’ensemble de notre environnement.” (Gilles Asenjo, Président de Surfrider Foundation Europe)

Tous ces déchets rejetés à la mer (métaux, pétrole, terres arables) auraient mérités d’être valorisés, ce qui aurait permis d’économiser de précieuses ressources. Dans les années 70, la pollution était déjà considérée comme un manque à gagner pour la pêche et l’aquaculture. Pourtant, nous avons continué à déverser des milliers de tonnes de substances dangereuses dans les océans et, par le phénomène de bioaccumulation, ces substances se sont concentrées tout au long de la chaîne alimentaire dont nous occupons, il ne faut pas l’oublier, le sommet.

Heureusement, de nombreux gouvernement ont pris conscience de la dégradation de la qualité du milieu marin et ont lancé, aussi bien au niveau national qu’international, des plans  d’actions  visant à préserver durablement les écosystèmes par la réduction de la pollution. En Europe, ceci s’est traduit par la promulgation des textes  réglementaires ambitieux tels que la Directive‐cadre sur l’Eau (2000/60/CE) et la Directive‐cadre Stratégie pour le milieu marin (2008/56/CE). L’une des principales difficultés de la lutte pour la préservation des océans est d’ordre juridique, puisque la pollution ne reste pas localisée à proximité des côtes du pays d’origine, mais se propage au gré des courants marins et aériens sur l’ensemble du globe. Une action  globale  est  par conséquent indispensable, comme celle menée par la Convention OSPAR, qui est depuis 1972 l’instrument légal de la coopération internationale pour la protection de l’environnement marin de l’Atlantique du Nord‐Est, s’appuyant sur des programmes de surveillance continue.

Déchets plastiques = Danger pour les écosystèmes

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