La guerre des étoiles

La guerre des étoiles

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les chiens de la guerre – pages 452-453

 

112 satellites militaires ont été lancés en 1978 (URSS : 91, USA : 20, Chine :1). Au total, 1 601 satellites militaires avaient été lancés depuis le début de l’ère spatiale, soit près de trois fois plus que de satellites civils (navigation, météorologie, communication…). Près de 2 450 satellites militaires auraient été mis en orbite à ce jour. C’est en 1978 que les soviétiques ont lancé leur premier (et dernier à priori) satellite “chasseur-destructeur”, censé capable d’intercepter des satellites ennemis dans l’espace. A cette époque, en pleine Guerre Froide, Soviétiques et Américains expérimentaient de nouvelles armes basées sur des faisceaux à très haute énergie, comme certains lasers ou rayons X. S’ils y parvenaient, les distorsions de capacités militaires seraient telles que plus aucun pays ne serait capable de se défendre, en particulier si ces armes étaient positionnées sur des satellites en orbite. Le traité “SALT I” sur le désarmement interdisait la fabrication de ces armes, mais pas les recherches fondamentales relatives à ces technologies. A la fin des années 70, en pleine Guerre Froide, l’équilibre du monde était basé sur la neutralisation mutuelle des deux blocs, supposés être capables de s’anéantir mutuellement en cas de conflit majeur (Destruction Mutuelle Assurée). Ce concept de dissuasion était basé sur la capacité de deux superpuissances pour le moins excitées à détruire l’humanité toute entière  Le premier pays qui posséderait des  satellites capables de le protéger contre toute attaque de missiles balistiques serait déclaré vainqueur d’office.

Depuis 1977, la “Guerre des Étoiles” a bien eu lieu, mais seulement au cinéma (Star Wars de Georges Lucas). Cependant, les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement avaient raison de s’inquiéter. Le 23 mars 1983, le Président américain Ronald Reagan, ancien acteur de Westerns hollywoodiens, annonçait le programme de développement militaire baptisé “Initiative de défense stratégique (IDS)” ou “Guerre des Étoiles”. Après avoir résilié unilatéralement les accords SALT I, les États-Unis avaient décidé de développer un “bouclier spatial” capable de détruire rapidement les missiles balistiques ennemis.

Heureusement pour la sécurité du monde, le projet du Cowboy n’aboutira pas. La Société américaine de physique avait conclu en 1987 que le développement d’un tel bouclier global antimissile n’était pas réalisable avec la technologie de l’époque et qu’il aurait fallu au moins dix années de recherches rien que pour en déterminer la faisabilité. Le projet IDS aura néanmoins eu pour conséquence d’entraîner l’URSS dans une course aux armements dont le coût en dégradera durablement l’équilibre économique. Mikhaïl Gorbatchev prendra en 1985 la sage décision d’arrêter cette course effrénée aux armements qui ruinait inutilement son pays. L’initiative de défense stratégique, officiellement abandonnée par les Etats-Unis en 1993 (B. Clinton), aura au moins servi à accélérer la fin de la Guerre Froide. Ce programme de recherche aura tout de même coûté en cinq ans aux contribuables américains la bagatelle de 12 milliards de dollars. 30 000 scientifiques auraient travaillé dans les laboratoires militaires sur le programme “Star Wars”.

Le Président George W. Bush a eu lui aussi l’ambition de construire un système de bouclier antimissile placé sur orbite, comme il l’a lui même annoncé dans un discours le 1er mai 2001. Il n’eut pas à attendre beaucoup de temps pour trouver un prétexte suffisant. Suite aux attentats du 11 septembre 2001 par Al-Qaïda, les États-Unis annonçaient, en décembre, leur retrait du traité AMB de 1972. Il fallait que les Etats-Unis puissent se protéger d’attaques de missiles longues portées tirés par des pays comme l’Irak, l’Iran ou la Corée du Nord, nouveaux ennemis attitrés depuis le démantèlement de l’URSS. La décision de relancer le programme de “Guerre des Étoiles” fut annoncée en décembre 2002. Pour l’instant, il n’y a pas encore de satellites en orbite capables d’intercepter des missiles balistiques tirés contre les Etats-Unis. Ce n’est pas faute d’avoir essayé… Les Etats-Unis ont néanmoins réussi à construire un bouclier de 44 missiles intercepteurs antibalistiques (Ground-Based Interceptor) déployés dans des silos en Alaska et en Californie. Le bouclier de protection de l’Europe de l’Ouest devrait être finalisé en 2018.

Le risque majeur serait que les citoyens américains ou russes élisent un Président fantasque…

 

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