La chasse aux gaspillage

La chasse aux gaspillage

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 534-535

La chasse aux gaspillage

En 1980, 7 ans après la première crise pétrolière, la chasse au gaspillage était devenue un sport national. Il était beaucoup question d’éteindre la lumière dans les pièces vides, de couper le chauffage dans les maisons inoccupées, de préférer une douche à un bain, de réparer les fuites d’eau… L’énergie et l’eau avait été longtemps considérés comme des biens facilement accessibles et quasiment inépuisables. Il a fallu réapprendre leur valeur, réapprendre à les utiliser avec parcimonie, sans gaspillage. Il a fallu apprendre à lire les étiquettes des appareils électriques et prendre en compte leur consommation comme critère de choix. Par exemple, il valait mieux choisir un réfrigérateur ou un congélateur à dégivrage manuel pour économiser suffisamment d’énergie en 5 ans pour rentabiliser l’appareil. On savait aussi que les congélateurs bahuts conservaient mieux le froid que les congélateurs à tiroir. A partir de 1992, l’étiquette énergie facilite le choix du consommateur européen (directive 92/75/CEE). L’efficacité énergétique d’un appareil électrique est évaluée en termes de classes d’efficacité énergétique notées de A+++ (rendement optimal) à D ou G.

Les auteurs de l’Almanach Cousteau préconisaient de privilégier les téléviseurs noir et blanc à petit écran, plus économes en énergie que les grands téléviseurs couleur. C’est évident, mais cette économie signifiait un renoncement difficile à accepter. Autres évidences assénées par les mêmes auteurs, il valait mieux éviter de laisser couler inutilement l’eau chaude en faisant la vaisselle, remplir le lave-vaisselle avant de l’utiliser, tendre le linge sur une corde plutôt que d’utiliser un sèche-linge…

Les ampoules électriques consommaient peu d’énergie individuellement, mais elles étaient nombreuses et fonctionnaient longtemps, ce qui en faisait un poste non négligeable de consommation. Il était préconisé d’acheter des lampes avec modulateur d’intensité. Les tubes fluorescents étaient avantageux pour éclairer les grandes pièces, dès lors qu’ils pouvaient remplacer des ampoules à incandescence d’au moins 100 watt, même si certains évoquaient de possibles effets néfastes pour la santé.  Les lampes fluo-compactes à base consommation énergétique ont fait leur apparition sur le marché au début des années 1980 et ont remplacé peu à peu les lampes à incandescence.

Même le choix des casseroles pouvait permettre d’économiser de l’énergie. Il était préférable d’utiliser des modèles à fond large. Les modèles à parois minces, en aluminium ou en cuivre, chauffaient plus rapidement que ceux à parois épaisses qui étaient à réserver aux cuissons longues. Une cocotte-minute était plus économe en énergie qu’une marmite ordinaire.

La plupart des chauffe-eau étaient réglés à 70°C, ce qui est largement trop élevé pour le corps humain et très dangereux pour les enfants. Abaisser la température de 10°C permettait de plus d’économiser beaucoup d’énergie. Les auteurs de l’Almanach préconisaient de bricoler une douche solaire d’été à partir d’un simple bac à eau peint en noir ; solution à la limite acceptable à la campagne, mais absurde dans un appartement en ville. Un arrêté du 30 novembre 2005 fixe la température de l’eau chaude entre 55°C et 60°C, afin de limiter les risques sanitaires liés à la prolifération microbienne.

Aujourd’hui, les économies d’énergie restent une priorité, non seulement pour des raisons de coût, mais aussi pour la préservation de l’environnement. Les habitations consomment de l’énergie électrique à la fois pour le chauffage, l’eau chaude et l’alimentation d’un nombre toujours plus grand d’appareils (éclairage, télévision, informatique, box Internet, climatisation…). Les conseils pour réaliser des économies sont à peu près les mêmes qu’en 1980 : installer un thermostat d’ambiance pour régler la température en fonction de ses besoins, ne pas chauffer à plus de 19° le jour et 16° la nuit (on estime qu’une réduction d’un degré permet de réaliser 7% d’économie), améliorer l’isolation, installer des prises électriques à interrupteur (pour éviter que les équipements électriques restent inutilement en veille), ne pas laisser les chargeurs électriques branchés inutilement… Certaines astuces permettent d’économiser en même temps eau et énergie : prendre des douches rapides plutôt que des bains, installer des mousseurs sur chaque robinet,  utiliser des cycles courts et/ou basse température pour le lave-linge et le lave-vaisselle (un cycle à 40°C consomme 3 fois moins d’énergie qu’à 90°C) …

Selon un rapport publié en 2015 par le Centre d’Information sur l’Eau, 89% des Français déclarent être attentifs à leur consommation d’eau. Une part importante des ressources d’eau potable est perdue à cause des fuites sur le réseau. En France, on estime cette perte à 20% en milieu urbain, 40% en milieu rural. Les budgets alloués à la remise en état du réseau français ne permettent de remplacer chaque année que 0,6% des canalisations; autant dire que le problème n’est pas prêt d’être résolu. Mais, la principale source de gaspillage de l’eau potable reste l’agriculture et l’élevage. 15 à 30% de l’eau d’irrigation est perdue directement par évaporation. Le changement climatique risque d’accentuer le phénomène d’évaporation et les cours d’eau pourraient voir leur débit diminuer de 20 à 30% d’ici une quarantaine d’années. Il faudra sans doute faire des choix de société plus sérieux que de se contenter de demander aux citoyens de ne pas laisser couler l’eau lorsqu’ils se brossent les dents. .

Il n’y a pas que l’énergie et l’eau potable que nous pouvons éviter de gaspiller. En France, près de 10 millions de tonnes d’aliments sont gaspillées, à la maison (65%), dans les magasins (23%), au restaurant, à la cantine (15%). C’est deux fois plus qu’en 1974. Gaspiller autant de nourriture alors même que le problème de la faim dans le monde n’a toujours pas été résolu devrait poser aux un problème de conscience aux pays les plus riches… Force est de constater que ce n’est pas vraiment le cas. Ce gaspillage, constaté à l’échelle mondiale, coûte très cher. Il représenterait en France entre 12 et 20 milliards d’euros et cette perte pourrait inciter politiques et entreprises de prendre enfin des mesures pour le réduire. La production des aliments gaspillés a nécessité en amont des ressources naturelles, dont de l’eau, consommé de l’énergie, généré des gaz à effet de serre… Le consommateur a lui aussi sa part de responsabilité à assumer dans le domaine du gaspillage alimentaire. Il accumule tout au long de l’année de petites pertes quotidiennes (mauvaise gestion des aliments au réfrigérateur, plats cuisinés en trop grosses quantités…) qui représentent en France de 20 à 30 kg de nourriture par personne et par an.

La loi contre le gaspillage alimentaire (2016) a pour objectif de diviser par deux ce gaspillage d’ici à 2025. Elle oblige les commerçants de donner leurs invendus alimentaires plutôt que de les détruire comme ils le faisaient habituellement. Le Programme National de Prévention des Déchets 2014-2020  a propoé de développer l’usage du sac à emporter (Doggy bag). Du côté des distributeurs, une campagne a été lancée depuis quelques années pour promouvoir les fruits et légumes délaissés pour des défauts esthétiques et les produits proches de leur date limite de consommation.

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