La brume arctique

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 187-188

Brume arctique

Brume arctique

 

Dans les années 50 des aviateurs qui survolaient la zone ont rapporté l’existence, à chaque printemps, d’une épaisse brume recouvrant l’Arctique. On était pourtant à plus de 6 000 kilomètres des villes polluées d’Europe et d’Amérique du Nord. A la fin des années 70 les scientifiques s’interrogeaient encore sur l’origine anthropique de cette brume. On connaissait déjà le cas des violentes tempêtes de sable du Sahara dont la poussière soulevée à 6 000 mètres d’altitude, pouvait redescendre en Floride ou au Mexique éloignés de 10 000 kilomètres. Les répercussions écologiques de la brume arctique restaient inconnues et certains chercheurs émettaient l’hypothèse que ce phénomène puisse entrainer un réchauffement du climat.

Aujourd’hui, le réchauffement climatique est deux fois plus élevé dans la région arctique que dans le reste du globe. Il a été prouvé que la brume sèche, ce smog brunâtre qui recouvre l’Arctique en hiver et au printemps, est due principalement aux polluants d’origine anthropique massivement émis par les régions tempérées. L’Arctique, qui a longtemps été l’un des endroits les plus propres de la planète, est pollué par un aérosol constitué d’un mélange complexe d’acides (sulfuriques et nitriques), de composés organiques toxiques (herbicides, pesticides, dioxines, PCB…) et de métaux lourds (plomb…). Les niveaux de pollution dans l’Arctique en hiver seraient généralement 10 fois supérieurs à ceux enregistrés au-dessus des zones non industrielles de l’Amérique du Nord. La modélisation de la dispersion atmosphérique a permis de démontrer que cette pollution provient essentiellement des pays d’Europe de l’Est et, dans une moindre mesure, de l’Europe de l’Ouest.

Les effets de la brume sèche sur l’environnement de la zone Arctique restent peu connus. Tout juste a-t-on confirmé que ces aérosols absorbent une fraction de l’énergie en provenance du soleil, contribuant à un réchauffement climatique qui accélère la fonte des glaces. Il y a alors d’avantage d’eaux libres qui absorbent le rayonnement solaire, ce qui contribue à accélérer l’augmentation de température et ainsi de suite. Ce déséquilibre du système glace-océan-atmosphère joue un rôle important dans le réchauffement global du climat (UNESCO).

Il semblerait que la brume sèche qui ne cessait de s’amplifier depuis les années 50, se soit stabilisée. La concentration en plomb aurait chuté de moitié depuis 1980, suite à l’élimination du plomb dans l’essence en Europe. Quoi, qu’il en soit, le réchauffement de l’Arctique continue de s’autoalimenter et il est fort probable qu’avant la fin du siècle la banquise ne soit plus un obstacle au transport maritime.

La brune sèche arctique est le parfait exemple de la mondialisation des échanges en matière de pollution. On sait aujourd’hui qu’il n’y aura pas de paradis préservé et que la préservation de la planète doit être envisagée de façon systémique. Les scientifiques avaient donné l’alerte depuis plus de 35 ans sur le réchauffement climatique et sur l’importance de l’Arctique dans la régulation du climat. Il est peut-être déjà trop tard pour se réveiller…

 

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