La Baie de Biscayne

Adam Zyglisthe - Poissons contaminés

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Accumulations – pages 348-349

En 1969, Walter Kandrashoff, pêcheur professionnel, s’était alarmé du nombre croissant de poissons malades dans la Baie de Biscayne (Floride). Certains étaient couverts d’excroissances, de tumeurs ou de taches rouges, d’autres avaient les nageoires et la queue en lambeaux… Les biologistes de l’Université de Miami n’ayant pas daigné s’y intéresser, Kandrashoff décida d’étudier lui-même les maladies qui frappaient les poissons de la baie. Les taches rouges étaient dues à des hémorragies, les nageoires en lambeaux étaient gangrénées, les tumeurs étaient dues à des produits chimiques… Il décida alors d’alerter la presse locale, la Chambre de Commerce, le Syndicat d’Initiative, en apportant à chaque fois des preuves concrètes sous forme de poissons malades pêchés dans la baie… Sans succès. Il fut traité d’alarmiste irresponsable. Il ne trouva à cette époque qu’un allié pour mener son combat, une jeune interne en Médecine.

En 1973, l’Université de Miami décida enfin d’étudier la santé des poissons de la Baie de Biscayne. Le Ministère des Ressources Naturelles mena une enquête et découvrit que le phénomène ne se limitait pas à Biscayne. Les pêcheurs attrapaient de nombreux poissons affligés de tumeurs tout au long des côtes de Floride et du Golfe du Mexique.

En 1974, Kandrashoff constate que des poissons de certaines espèces présentent un développement anormal, ce qui lui fait penser à l’effet de substances chimiques toxiques, plutôt qu’à des contaminations bactériennes. Une étude de l’Université de Miami montra que les symptômes présentés par les poissons de la Baie de Biscayne correspondaient à plus de quarante maladies différentes, dont deux formes de choléra. La fréquence de malades frisait les 100% chez les poissons benthiques (vivant près des fonds). On trouva dans les tissus des poissons, des doses anormalement élevées de métaux lourds (zinc, cuivre, plomb, mercure) de pesticides et d’hydrocarbures. On découvrit aussi, dans les boues de la rivière Miami, les plus hautes doses de PCB jamais relevées aux Etats-Unis. Ce fleuve était en réalité un bouillon infâme dont les eaux contaminaient continuellement la Baie de Biscayne. Les efforts de Kandrashoff, combinés aux travaux de deux législateurs d’Etat de Miami, ont fini par conduire à la création en 1974 et 1975 de deux réserves naturelles aquatiques à Biscayne, connues sous le nom de “Biscayne Bay Aquatic Preserve”.

Aujourd’hui, grâce aux efforts du Ministère de la Protection de l’environnement de la Floride et de bénévoles, la baie est devenue un habitat naturel convenable pour la vie marine. Les efforts portent sur la mise en place de systèmes d’alerte en cas de menace potentielle sur la baie, comme le dragage illégal et la destruction de la mangrove, et sur la restauration des herbiers marins tels les herbiers marins de Johnson, espèces menacées trouvée uniquement dans le sud-est de la Floride. L’Université de Miami collabore activement avec ces deux réserves marines.

Grâce à son acharnement, un simple pêcheur a forcé la communauté scientifique à s’intéresser au problème de pollution de la Baie de Biscayne.

C’est une belle victoire.

Biscayne Bay Aquatic Preserve

Biscayne Bay Aquatic Preserve

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