Karen Silkwood

Karen Silkwood

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le travail, les loisirs – page 567-569

Karen silkwood

Karen Silkwood est la plus célèbre martyre de la lutte antinucléaire.

En 1974, Karen Silkwood, jeune femme de 33 ans, était technicienne dans un laboratoire de l’usine Kerr-McGee de Cimarron (Oklahoma) spécialisée dans la fabrication de barres de plutonium pour les réacteurs nucléaires. Syndicaliste à l’O.C.A.W. (Chemical and Atomic Workers Union), elle avait noté un certain laisser-aller dans le respect des règles de sécurité qui s’expliquait par une forte augmentation de la production. Son syndicat porta une réclamation pour dénoncer ces “anomalies”, accusant l’entreprise de falsification d’informations. Une plainte fut portée à l’Atomic  Energy Commission (future Nuclear Regulatory Agency). C’est seulement à cette période qu’un responsable du syndicat apprit aux salariés de l’usine de Cimarron que le plutonium pouvait causer le cancer, vérité cachée jusqu’alors par la Direction.

En septembre 1974, Karen fut victime d’une contamination par des matériaux radioactifs qui nécessita plusieurs séances fastidieuses de décontamination. Des contrôles mirent ensuite en évidence que son appartement était lui aussi contaminé et qu’il fallait détruire une partie des biens qui s’y trouvaient. La jeune femme prit rendez-vous le 13 novembre 1974 avec des journalistes du New-York time pour leur fournir les preuves concernant les falsifications de preuves de la Kerr-McGee pour cacher les anomalies de sécurité. Elle fut victime d’un étrange accident de voiture le soir même. Les enquêteurs ne purent retrouver ni son carnet de notes, ni le dossier qu’elle avait pourtant emportés. Sa mort fut rapidement classée comme accidentelle.

Au procès civil de 1979, le jury donna gain de cause à Karen Silkwood, admit qu’elle avait été accidentellement contaminée et accorda à ses héritiers (3 enfants) 10,5 millions de dollars. C’était la première fois qu’un tribunal américain jugea une compagnie nucléaire responsable de la contamination radioactive d’une personne à l’extérieur de l’usine. Ce jugement fit jurisprudence et entraina la suppression de l’amendement « Prince-Anderson » à l’Atomic Energy Act de 1959 qui limitait les dédommagements que devaient payer les firmes du nucléaire ou l’Etat aux accidents graves. Bien entendu, l’industriel Kerr-McGee fit appel du jugement et après une rude bataille juridique les héritiers de Karen Silkwood obtinrent en 1986 un dédommagement de 1,3 million de dollars.

L’histoire de Karen Silkwood a suscité un vaste mouvement de protestation auprès de la population et une enquête fédérale sur la sécurité et la sûreté de l’usine Kerr-McGee était devenue inévitable. Cette enquête aurait démontré que l’usine avait “égaré” 20 à 30 kilogrammes de plutonium. Kerr-McGee a stoppé son aactivité nucléaire en 1975. Le site de l’usine de Cimarron n’a été déclaré décontaminé et déclassé qu’en 1994.

“Silkwood”, avec Meryl Streep, Cher

En 1983, le film “Silkwood” réalisé par Mike Nichols (“Qui a peur de Virginia Woolf ?”, “Le lauréat”), avec la sublime Meryl Streep dans le rôle principal, contribua )à faire connaître au grand public l’histoire de cette jeune femme décédée au moment où elle allait apporter à la presse les preuves des dysfonctionnements coupables de l’industrie du nucléaire.

Tout ce que dénonçait Karen Silkwood n’était en fait que la partie émergée de l’iceberg Kerr-McGee. Le groupe pétrolier américain Anadarko s’en est rendu compte lorsqu’il a dû accepter de payer 5,15 milliards de dollars de dommages et intérêts pour réparer (en partie) les dommages causés pendant 25 ans par sa filiale achetée en 2006. 4,4 milliards concernaient la décontamination de dizaines de sites pollués que Kerr-McGee avait tenté de dissimuler à travers une réorganisation frauduleuse. La nation amérindienne Navajo a payé un lourd tribut à l’avidité de l’industriel qui n’a pas hésité à abandonner d’importantes quantités de déchets radioactifs sur leurs terres (lire article “L’uranium des Navajos“).

Karen Silkwood était une “lanceuse d’alerte”, une Cassandre qui nous prévient des catastrophes à venir mais que personne n’écoute. Tout était sous contrôle dans le monde fantastique de l’industrie du nucléaire… Ou presque. Le 28 mars 1979, un incident mineur au sein du réacteur N°2 de la tristement célèbre centrale nucléaire de Three Mile Island (Pennsylvanie) provoqua, après une série de pannes et d’erreurs humaines, la fusion de la moitié de l’uranium et la libération de quantités importantes de radioactivité dans l’atmosphère et dans la rivière Susquehanna River (lire article “Le coût caché d’un accident nucléaire” ).

 

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