Il y a beaucoup à sauver : Venise

Venise inondée en 1962

Venise inondée en 1966

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 273-274

 

En 1966, les hautes eaux (aqua alta) avaient couvert maisons, palais et églises de Venise de  près de deux mètres de boues et d’eaux de mer, causant des dégâts importants sur le patrimoine artistique de la cité des Doges. Ce phénomène peu fréquent mais très destructeur est causé lorsqu’un ensemble de conditions météorologiques, lunaires et marines sont réunies. Plus de quatre cent millions de francs furent nécessaires pour remettre en état les chefs-d’œuvre d’architecture.

Le creusement de la lagune pour permettre le passage des grands navires, notamment des pétroliers, a petit à petit privé la lagune des apports de sables que la mer amenait régulièrement et qui constituaient des barrières “naturelles”. Ces canaux maritimes étaient de véritables autoroutes pour les eaux de l’Adriatique qui ne faisaient qu’accélérer les flots destructeurs. La lagune perdrait un million de mètres cubes de sédiments par an.

Venise et sa lagune sont aussi menacées par l’invasion croissante des touristes qui arrivent à bord des monstres des mers (28 millions de touristes en 2015) et dégradent une architecture millénaire déjà rongée par les pluies acides causées par l’industrie et les raffineries de la cité voisine de Marghera.

Venise, dont l’économie était basée presque exclusivement sur le tourisme, se dépeuplait, d’autant plus que des dizaines de milliers de vénitiens avaient préféré s’installer en terre ferme après les terribles inondations de 1966. Les ressources en eau potable diminuaient gravement et pomper dans la nappe phréatique ne faisait qu’accélérer le processus d’enfoncement de la cité. Il fallait donc la faire venir de la ville d’Adige par un système d’aqueducs.

En 1981, différents projets avaient été proposés pour tenter de contrôler les hautes eaux, sans qu’aucun ne soit retenu : approfondissement de la lagune vénitienne, réduction des entrées de la ville, digues entre les îles et le cordon littoral, barrage flottant gonflés au moment opportun. Pourtant, le risque de voir disparaître la cité des Doges s’accroissait. Au cours de la décennie 2000-2010, la place Saint-Marc s’est retrouvée plus de 50 fois sous plus de 1,10 mètre d’eau, soit 10 fois plus souvent que pour la décennie 1930…

Aujourd’hui, si Venise n’est toujours pas sauvée des eaux, elle n’en est peut-être pas si loin. Le projet Mose (Moïse en italien – Modulo Sperimentale Elettromeccanico), dont on aura noté la référence biblique, a été initié en 2003 pour préserver la cité des Doges menacée de disparition par la hausse du niveau des mers. Pour cela, il est prévu d’installer 78 digues mobiles aux trois entrées de la Lagune (Lido, Malamocco, Chioggia) par lesquelles les eaux destructrices peuvent arriver. Ces barrières, composées de portes d’acier enfouies dans des caissons au fond de la Lagune, seront dressées pour séparer la lagune de l’Adriatique dès qu’une menace aura été détectée.

Digue pneumatique escamotable

Digue pneumatique escamotable

Ce projet pharaonique (encore une référence biblique) de digues mobiles censées sauver Venise et sa lagune, classés au patrimoine Mondial de l’UNESCO, fait aujourd’hui l’objet d’un énorme scandale de corruption mafieuse et politique (détournement d’argent public). Le projet, qui devait être opérationnel en 2014, a pris beaucoup de retard et son coût final est maintenant évalué à plus de 5,5 milliards d’euros, pour un coût initial de 1,8 milliard. Le coût annuel de maintenance devrait s’établir à 45 millions d’euros. C’est quand même cher payé pour un dispositif dont on n’est même pas certain de l’efficacité.

 

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