Il y a beaucoup à sauver : Les baleines

Baleine à bosse

Baleine à bosse

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 251-258

 

La chasse à la baleine a commencé au IXème siècle dans le Golfe de Gascogne où les Basques chassaient les baleines franches noires de l’Atlantique dans de minuscules embarcations et avec de simples harpons. Lorsque le nombre de baleines franches noires diminua, ils se tournèrent vers d’autres espèces comme la baleine franche du Groenland qu’ils chassèrent de plus en plus au large, jusqu’au Groenland. Au milieu du XVIIème siècle, la chasse à la baleine tenait une place importante dans l’économie britannique et au XIXème siècle ce fut au tour des américains de prendre le relais, mettant en place une véritable industrie baleinière.

Ce fut l’époque de Moby Dick. Les baleines étaient chassées pour leurs fanons (baleines de corsets) et pour leur huile (utilisée pour l’éclairage). Les cachalots étaient chassés pour leur huile, l’ambre gris (utilisé en parfumerie) et le spermaceti (le “blanc de baleine” utilisé pour les cosmétiques, les bougies, le tannage du cuir, comme lubrifiant…). A cette époque, cette activité était très lucrative et la capture d’une seule grosse baleine pouvait suffire à financer la saison d’un navire baleinier. Ce n’était plus le cas en 1981 et il fallait alors près de deux mille cétacés pour couvrir les frais d’un navire-usine.

Le pétrole, nettement moins onéreux, remplaça l’huile comme combustible d’éclairage et les corsets cessèrent d’être à la mode, ce qui provoqua un ralentissement de la chasse à la baleine. En 1864, l’invention du canon lance-harpon rendit la chasse à la baleine de nouveau rentable. Les baleines, qui n’avaient désormais plus aucune chance de s’en sortir, furent traquées dans toutes les mers du Monde. Même la rapide baleine à bosse ou la gigantesque baleine bleue (30 mètre, 150 tonnes), jusqu’alors épargnées, furent chassées sans retenue. Le massacre culmina dans les années 30 pendant lesquelles on tua jusqu’à 30 000 baleines bleues en une seule saison. C’était facile : Lorsqu’une baleine était blessée, ses congénères se précipitaient généralement pour lui venir en aide et il suffisait alors de commencer le carnage. Ce stratagème écœurant était encore plus efficace en choisissant un baleineau comme appât.

En 1981 les deux flottes principales de baleiniers, qui réalisaient à elles seules 90% des prises, appartenaient au Japon et à l’Union Soviétique. Même si la Commission Baleinière Internationale (créée en 1946) fixait depuis le début des années 60 des quotas annuels de captures, rien ne semblait pouvoir empêcher des navires braconniers comme le fameux “Sierra” (Japon) de contourner toutes les réglementations. Le chiffre d’affaires de l’industrie baleinière était estimé à 166 millions d’euros (en valeurs corrigées), réalisés essentiellement par la vente de l’ambre gris et du blanc de baleine. Cette chasse était devenue inutile et absurde puisqu’il existait des produits de substitution bien moins onéreux et bien plus respectueux de la biodiversité (lire article “Le jujubier et le cachalot”).

Si en 1981, la Commission Baleinière Internationale (CBI) n’avait réussi à protéger que les espèces de cétacés en grand péril (baleines franches, baleines bleues, baleines à bosse), c’est uniquement parce que leur nombre était descendu si bas qu’elles n’intéressaient plus les baleiniers japonais et russes. Certains pays, conscients de l’absurdité du massacre, comme l’Australie, les Etats-Unis, le Canada et le Mexique avaient interdit toute capture dans leurs zones d’intérêt économique (200 milles des côtes). En 1979 la CBI fit un grand pas pour la sauvegarde des baleines en réussissant à interdire les navires usines, mais il restait encore beaucoup à faire…

En 1982, un moratoire sur la chasse commerciale fut enfin adopté et entra en vigueur en 1986. Le moratoire a permis sauver certaines espèces, comme les baleines à bosse dont une majorité des populations (9 sur 14) a été retirée de la liste de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) des espèces en danger d’extinction. Cependant, la baleine bleue d’Atlantique, le rorqual commun et le rorqual boréal sont toujours considérés en danger (selon  (UICN). La population de baleines bleues aurait diminué de 70 à 90 % sur les trois dernières générations. La chasse traditionnelle reste autorisée par la Commission, notamment, lorsqu’elle sert de moyen de subsistance aux populations (comme les Inuits). La chasse scientifique est elle aussi autorisée, ce qui a créé une brèche dans laquelle des baleiniers peu scrupuleux se sont précipités à s’engouffrer. Depuis sa mise en place, le Japon contourne le moratoire en émettant des permis de “recherche scientifique” à des organisations japonaises, les autorisant à tuer chaque année plus de 1 000 baleines dans l’océan Austral, notamment des espèces menacées de disparition comme la baleine à bosse ou le rorqual commun. On estime à près de 16 000 le nombre de baleines massacrées par les baleiniers japonais dans un but “scientifique”. Depuis quelques décennies, d’autres dangers menacent les cétacés, en particulier la prolifération des virus et des algues et la diminution de nourriture dans des eaux devenues trop chaudes à cause du dérèglement climatique.

Très récemment (septembre 2016), une motion du Congrès mondial de la nature de l’UICN a été votée à la quasi-unanimité (95%) pour condamner le massacre des baleines par le Japon sous couvert de recherches scientifiques. La Cour internationale de justice a par ailleurs déclaré que la chasse à la baleine du Japon n’était pas réalisée “à des fins scientifiques”. Cette victoire pour la nature a été rendue possible par l’action du Fonds international pour la protection des animaux (IFAW) et d’une coalition d’ONG.

L’exemple des baleines montre que le pire n’est pas inévitable et que nous avons encore un avenir devant nous, à condition de nous réveiller à temps et de nous battre pour défendre notre planète.

Sea Shepherd

Sea Shepherd

Certains ont décidé de consacré leur existence à la sauvegarde des baleines. C’est le cas du célèbre Paul Watson, capitaine du Sea Shepherd (Berger des Mers). En juillet 1979, Watson n’hésita pas, au péril de sa vie, à lancer le Sea Shepherd contre le baleinier pirate “Sierra” au large de Leixoes (Portugal), réussissant à endommager son canon à harpon puis à l’éventrer. L’organisation Greenpeace avait opté pour une tactique différente, mais tout aussi téméraire, qui consistait à s’interposer, à bord de petits zodiacs, entre le canon harpon et les baleines. Le navire amiral de Greenpeace s’appelait le Rainbow Warrior (Combattant Arc-en-ciel), celui-la même qui fut saboté en Nouvelle-Zélande en 1985 par les services secrets français.

Pourquoi tant de compassion pour des baleines ?

  • Les cétacés sont tout simplement des animaux fascinants
  • Les cachalots, qui ne sont pourtant pas des poissons, peuvent rester 90 minutes en plongée et descendre à des profondeurs de plus de 1200 mètres.
  • Les cétacés n’arrêtent pas de communiquer entre eux par des sons qui pourraient s’apparenter à des voix. Il y en a même qui chantent, comme les baleines à bosse qui peuvent se réunir en groupe pour chanter pendant des heures.
  • Les baleines sont extrêmement sociables et les femelles font preuve d’un instinct maternel à toute épreuve, n’abandonnant jamais leur baleineau, allant jusqu’à se sacrifier lorsque ce dernier est capturé ou blessé.
  • Robert Hunter décrivait dans son livre Le Combattant de l’Arc-en-Ciel : Histoire du mouvement Greepeace : “La baleine ralentit encore et s’arrêta doucement à une distance d’à peine deux mètres…Nous nous regardâmes, peut-être à peine pendant quelques secondes, mais je cessai de trembler… C’est que je n’étais plus en face de quelque chose, mais de quelqu’un.”

 

 

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