Il y a beaucoup à sauver : Le Serengeti

Gnous et zèbres du Serengeti

Gnous et zèbres du Serengeti

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 267-268

 

Le Parc National du Serengeti, au Nord de la Tanzanie, est un sanctuaire de près de 14 763 kilomètres carrés abritant la plupart des animaux sauvages emblématiques de l’Afrique : gnous, zèbres, antilopes, girafes, buffles, autruches, éléphants, rhinocéros, hippopotames, phacochères, lions, guépards, panthères, hyènes, crocodiles, vautours…

Le Serengeti abrite un écosystème remarquable, avec notamment le plus grand nombre au monde d’ongulés (2 millions de gnous, 0,9 million de gazelles de Thomson, 0,3 million de zèbres…) et de grands prédateurs (~ 4 000 lions, 1 000 léopards, 3 500 hyènes tachetées 225 guépards…). Certaines espèces figurant sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN y trouvent refuge. C’est le cas du rhinocéros noir, du léopard, de l’éléphant africain et du guépard. Le Parc du Serengeti est connu pour le fabuleux spectacle qu’il offre lors des migrations annuelles de millions d’herbivores (gnous, zèbres et gazelles de Thomson). (plus d’infos sur le site de l’UNESCO)

La région du Lac victoria où s’étend le Serengeti a été l’une des dernières d’Afrique à avoir été découverte, en l’occurrence par les célèbres explorateurs Livingstone, Burton et Stanley dans la seconde moitié du XIXème siècle. Si les Massaïs n’avaient pas occupé le Serengeti (“Grand Espace” en langue Massaï), c’était principalement à cause de la mouche tsé tsé qui y sévissait et pouvait affecter leur bétail (les animaux sauvages étaient immunisés). Les éleveurs occidentaux qui colonisèrent la région (placée sous protectorat allemand en 1891) ne prirent pas autant de précaution. Vers la fin du XIXème siècle une épidémie de peste bovine fut importée avec du bétail asiatique et extermina près de 95% des troupeaux de l’Est de l’Afrique, ce qui entraina une terrible famine qui toucha surtout les populations indigènes. Ce sont les anglais, nouveaux propriétaires de la région après la seconde Guerre Mondiale, qui créèrent la première réserve d’animaux sur 135 kilomètres carrés.

La Tanzanie, indépendante depuis 1963, l’un des pays les plus pauvres du Monde, a réussi à conserver et à agrandir le parc national du Serengeti, malgré une très forte pression démographique. La vaccination du bétail contre la mouche tsé tsé et la peste bovine a permis aux éleveurs Massaï de revenir aux abords du parc. En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement demandait à ce que la communauté Internationale apporte son aide à la Tanzanie pour continuer à préserver la formidable faune africaine.

Parc du Serengeti

Parc du Serengeti

Malgré son inscription au Patrimoine Mondial par l’UNESCO en 1981,  de nombreuses menaces pèsent encore sur le parc du Serengeti :

  • Projet de construction d’une route nationale goudronnée au Nord du parc qui couperait la voie de migration des herbivores, notamment celle des gnous et des zèbres. En 2014, la Cour de Justice de l’Afrique de l’Est a déclaré illégal ce projet.
  • L’évaluation de l’impact sur l’environnement de l’extension de l’aéroport de Mugumu pour l’accueil de vols internationaux sera soumise au Centre du patrimoine mondial .
  • Pression anthropique sur les écosystèmes en forte augmentation due à une explosion démographique en Tanzanie (8 millions d’habitants en 1961, 50 millions de 2015, prévision de 100 millions à l’horizon 2035) : élevage, irrigation, déforestation, chasse, pêche… Malgré l’interdiction, un nombre de plus en plus important d’éleveurs amènent leur bétail au pâturage à l’intérieur du parc, ce qui pourrait rapidement porter atteinte à l’équilibre fragile des écosystèmes.
  • Dégradation de la forêt de Mau, véritable “château d’eau” du Kenya, dernier grand ensemble africain de forêts vierges de montagne et bassin de la rivière Mara qui irrigue le parc. Le gouvernement kényan pourrait autoriser le déboisement de 17 000 hectares de cette forêt, ce qui pourrai avoir des conséquences catastrophiques sur les écosystèmes du Serengeti.
  • Effets visibles du dérèglement climatique, allongement de la saison sèche, pluies plus intense provoquant l’érosion des sols.
  • Pression touristique en nette augmentation.
  • Activité illégale de braconnage. L’intensification de la lutte contre ce fléau, notamment le recrutement et la formation de nombreux gardes forestiers, s’est avérée relativement efficace. Malgré cela, une trentaine d’éléphants ont été abattus par des braconniers au cours des deux dernières années.

La Tanzanie a fait le choix de baser son économie sur le tourisme vert au détriment du territoire du peuple Massaï qui s’est réduit comme peau de chagrin. Le développement des “réserves naturelles”, soutenu par la communauté internationale et certaines grandes ONG, a été une aubaine monétaire pour le pays. Il ne faudrait pas que ce peuple emblématique de l’Afrique ne conserve sa culture ancestrale que pour contenter les riches touristes venus en safari.

Le Serengeti n’est hélas pas le seul site naturel inscrit au Patrimoine mondial dont la préservation est menacée. Selon WWF, 114 sites sur 229 seraient concernés par des activités industrielles néfastes : exploration et exploitation pétrolière et gazière, extraction minière, exploitation forestière illégale, construction de grandes infrastructures, surpêche ou encore surexploitation des ressources en eau. (“Protégeons les hommes en protégeant la nature”).

 

Comments are closed