Il y a beaucoup à sauver : Le séquoia

Washington, séquoia d'environ 2850 ans

Washington, séquoia d’environ 2850 ans

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 274-275

 

Le séquoia géant (Sequoiadendron giganteum), espèce de conifère endémique de l’Ouest des Etats-Unis poussant à une altitude de 900 à 2400 mètres, est apparu voilà près de 160 millions d’années. Jusqu’aux années 1850, ces arbres monumentaux couvraient près de 800 000 hectares. Ensuite, à l’époque de la ruée vers l’or, les pionniers  se sont lancés dans une opération frénétique de déforestation pour construire les villes de Californie. En 1925, un tiers des séquoias avaient disparu, dont certains avaient pourtant survécus plusieurs siècles avant de faire la rencontre de l’homme blanc.

Le 30 juin 1864, en pleine guerre de Sécession, le président Abraham Lincoln signait le premier acte de l’histoire garantissant la sauvegarde d’un patrimoine naturel, le Yosemite Grant Act, qui classait définitivement la vallée et les grands séquoias. Le parc de Yosemite n’abrite que trois bosquets de séquoias géants (Mariposa, Tuolumne, Merced) protégés par l’État américain depuis 150 ans. Pour sauver ces arbres majestueux emblématiques des États-Unis, d’autres parcs furent créés, comme le Parc National des Séquoias en 1968. Sa superficie a été augmentée en 1978 pour atteindre 88 000 hectares, dont un tiers de forêt primaire. A la fin des années 70, les séquoias du parc étaient menacés par la pollution des pluies acides de Los Angeles. Une partie de la forêt de séquoias continuait à être exploitée pour son bois et près de 4 040 hectares étaient déboisés chaque année, souvent par des coupes claires sans véritable programme de régénération.

Aujourd’hui, les forêts de séquoia ne couvrent plus qu’une superficie d’environ 14 400 hectares, sur une zone étroite d’environ 300 km de long sur le flanc ouest de la Sierra Nevada en Californie. La plupart de ces forêts se trouvent dans le parc national de Sequoia, le parc national de Kings Canyon et le Monument national Giant Sequoia (National park Service). Les parcs de Kings Canyon et de Sequoia font partie de la réserve de biosphère de Sequoia et Kings Canyon qui a été reconnue en 1976 par l’UNESCO. Les séquoias y sont protégés comme de véritables monuments historiques et reçoivent chaque année la visite de milliers de visiteurs venant admirer des géants illustres comme le “General Sherman”, le plus gros arbre du monde, “Washington”, “General Grant”, “President” ou “Lincoln”.

L’une des images les plus connues de séquoia géant est celle où l’on voit un tunnel creusé dans un tronc, assez large pour être traversé en automobile. L’arbre-tunnel de Wawona (photo) a été creusé 1881… cette intervention fut la cause de son décès en  1969, à l’âge de 2100 ans. Heureusement, la leçon fut retenue et il fut décidé de ne plus creuser de tunnel dans un arbre. Le plus incompréhensible dans cette histoire c’est que quelqu’un puisse avoir eu l’idée saugrenue de creuser un tunnel dans un arbre en pensant qu’il survivrait.

L'arbre-tunnel de Wawona

L’arbre-tunnel de Wawona

Il arrive parfois que certaines actions réalisées dans l’objectif de préserver la nature aient pour conséquence un effet contraire. Ainsi, la politique de lutte contre les incendies suivie durant la première moitié du XXème siècle a dégradé les forêts de séquoias. Il faut savoir que ces arbres exigent des conditions très particulières pour se reproduire, ce qui explique que les populations restent cantonnées à leur niche écologique caractérisée, entre autre, par le passage régulier du feu. Les séquoias ont la propriété d’être parfaitement adaptés aux incendies (écorce épaisse et résistante, feuillage porté haut). Ils en ont même besoin pour se reproduire. En effet, leurs cônes ne s’ouvrent que lors de grosses chaleurs provoquées par les incendies qui leur offrent aussi un avantage compétitif en éliminant les espèces concurrentes. Depuis une quarantaine d’années des feux sont allumés volontairement dans les parcs pour favoriser la régénération des sous-bois et favoriser le développement des forêts de séquoias. Nous ne comprenons pas toujours l’extrême complexité de l’équilibre fragile des écosystèmes; pourtant nous n’hésitons jamais à perturber cet équilibre.

 

 

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