Il y a beaucoup à sauver : Le Lac Baïkallac-baikal

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 275-278

 

Le Lac Baïkal, avec 23 milliards de mètres cubes, contient 20% des réserves d’eaux douces non gelées de la planète (lire article “les plus grands lacs”). Du fait de sa localisation géographique, au cœur de la Sibérie orientale, il n’a vraiment été étudié qu’à partir de la dernière moitié de XIXème siècle. En 1981 les zones les plus profondes (1621 mètres), là où la lumière ne pénètre jamais, restaient à découvrir. Le Baïkal aussi le lac le plus vieux du Monde, avec un âge estimé à 25 millions d’années (les Grands Lacs américains se sont formés il y a “seulement” 10 000 ans).

Comme tous les lacs anciens, le Lac Baïkal renferme une flore et une faune importante dont la plupart des espèces sont endémiques : 80 à 90 % des quelques 3500 espèces présentes sont uniques au Baïkal. A la fin des années 70, quelque 60 000 Nerpas (Phoca sibirica), la seule espèce de phoque d’eau douce du monde, vivaient sur les rives du lac (depuis près de 100 000 ans), se nourrissant presque exclusivement de coméphores baïkals (Comephorus baicalensis), un poisson rendu translucide par une très forte teneur en graisses (35 %). Ce poisson vivipare, appelé aussi oilfish ou  golomianka, est  adapté aux grandes profondeurs du lac et constitue l’organisme vivant le plus important du lac (biomasse estimée d’environ 100 000 à 150 000 tonnes). C’est une espèce de petite taille (15-20 cm) qui ne vit pas en banc, ce qui rend sa pêche économiquement inintéressante. Il est donc indispensable de préserver la population de phoques d’eau douce pour empêcher la prolifération du coméphore au détriment des  autres espèces lacustres endémiques au lac Baïkal. Le Nerpa n’est actuellement pas une espèce menacée et sa population était estimée à 200 000 spécimens en 2002. Il faut Cependant rester vigilant car le phoque d’eau douce n’est pas à l’abri d’une catastrophe écologique, comme la pollution du lac par des dioxines qui a provoqué il y a quelques années une grave épidémie qui a considérablement réduit sa population. “Quand le Nerpa est menacé, c’est tout le Baïkal qui est menacé !”

Nerpas

Nerpas

Un autre poisson singulier, l’omoul (Coregonus autumnalis migratorius), vit dans le lac baïkal. Cette truite de Sibérie pouvant peser jusqu’à 5 kg, pêchée depuis des siècles, est devenue le plat de base des riverains. Pendant la seconde guerre mondiale et les années qui suivirent  les pêcheurs ont été autorisés à utiliser des filets à petites mailles, ce qui n’a pas manqué de provoquer une véritable hécatombe dans la population d’omouls. Heureusement, les scientifiques parvinrent à démontrer aux autorités qu’une telle exploitation du Baïkal était désastreuse et la nature pu reprendre ses droits.

Le lac Baïkal abrite aussi d’autres espèces surprenantes comme l’esturgeon pouvant peser jusqu’à 120 kg, le chabot de Sibérie dont la mâle monte la garde près des œufs pour les protéger des prédateurs ou l’épichura du Baïkal, ces minuscules écrevisses (1,5 mm) qui, en absorbant microalgues et bactéries, participent au nettoyage du lac

A la fin des années 50 les Soviétiques décidèrent, dans le cadre du plan de développement de la Sibérie, de construire une usine géante de cellulose au bord du la Baïkal. Les travaux commencèrent en 1959 pour se terminer en 1966. Devant l’insistance des scientifiques et de l’opinion publique du Monde entier, les ingénieurs consentirent à renforcer le système de filtration des eaux usées. Le système de filtration fonctionnait apparemment parfaitement bien. Le Lac Baïkal fut le catalyseur de l’émergence d’une prise de conscience écologiste en URSS.

Le lac Baïkal est aujourd’hui en danger. Tout d’abord il est de plus en plus contaminé par une algue, la spirogyre, qui prolifère à cause des rejets d’eaux d’égouts. Une grande partie des rives sont recouvertes de ces algues qui empêchent Lubomirskia baicalensis, une éponge endémique, de filtrer l’eau du lac. Le Lac Baïkal doit aussi faire face à une baisse inquiétante du niveau de ses eaux, actuellement 5 centimètres au-dessous du niveau de 456 mètres considéré comme critique. La centrale hydroélectrique d’Irkoutsk (la grande ville proche du lac) ne serait pas étrangère à cette situation car elle puise de plus en plus d’eau du lac pour produire une énergie hydroélectrique particulièrement bon marché.

Le Baïkal est un lac à part. C’est à la fois le plus vieux et le plus profond lac de la planète, la plus grande réserve d’eau douce et le territoire d’une biodiversité exceptionnelle. Son ancienneté et son isolement ont produit une des faunes d’eau douce les plus riches et originales de la planète; une faune qui représente une valeur exceptionnelle pour la science de l’évolution, ce qui lui vaut le surnom de “Galápagos de la Russie” C’est pour toutes ces raisons que l’UNESCO a classé le Lac Baïkal au Patrimoine Mondial en 1996. Il convient de rester vigilent, car malgré cette inscription, l’équilibre fragile du Lac Baïkal reste menacé par la pollution.

 

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