Il y a beaucoup à sauver : L’Antarctique

Fonte des glaces polaires

Fonte des glaces polaires

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 247-251

 

En 1981 l’Antarctique était l’un des derniers endroits sauvages de notre planète. Il est probable que ce soit les Maoris de Nouvelle-Zélande qui découvrirent les premiers l’Antarctique, du moins si l’on en croit leurs légendes. L’Américain John Davis fut le premier à y poser le pied (1821) et il fallut attendre 1911 pour que l’explorateur Norvégien Ronald Amundsen atteigne enfin le Pôle Sud. A la fin des années 70, comme depuis le début du XXème siècle, les baleiniers venaient régulièrement dans les eaux de l’Antarctique pour y capturer des baleines bleues et des rorquals communs dont des milliers d’individus ont été massacrés dans les années 20 et 30.

Ce continent plus grand que l’Europe (13 millions de km2) s’entourait en hiver de 31 millions de km2 de banquise. Particulièrement inhospitalier pour l’homme, il était recouvert à 95% d’une calotte de glace, d’une épaisseur moyenne de  2 km (4 km à certains endroits), l’inlandsis. Avec un volume d’environ 30 millions de kilomètres cubes, la glace de l’Antarctique représente près de 90% de toute la glace de la planète. Si elle devait fondre, le niveau des mers pourrait s’élever de  près de 60 mètres ! Cette hypothèse risque de devenir réalité si on en croit une étude internationale parue dans Nature Geoscience qui révèle que la fonte des glaces en Antarctique est dix fois plus rapide pendant l’été qu’il y a 600 ans. Cette fonte se serait accélérée il y a une cinquantaine d’années.

L’écosystème de l’Antarctique  est sans doute le plus vulnérable et le plus important de la planète. Vulnérable parce qu’un nombre limité d’espèces s’y reproduisent et que chacune d’elle a par conséquence une importance capitale. Ainsi, le krill, ces petits crustacés vivant en colonies gigantesques, élément clé du fragile système écologique marin, est aujourd’hui en danger (voir l’article “Le krill”).

L’Antarctique joue aussi un rôle fondamental dans les équilibres climatique, en particulier par l’effet albédo (pouvoir réfléchissant) qui a tendance à augmenter la température. Les courants océaniques profonds qui partent de l’Antarctique remontent en surface au niveau des Tropiques leurs eaux froides riches en éléments nutritifs. On comprend pourquoi la disparition des glaces Australes aurait des conséquences désastreuses sur l’environnement.

Depuis des décennies la richesse du sous-sol austral en pétrole, gaz, charbon et minerais intéresse beaucoup de monde. Le potentiel économique est, il est vrai, particulièrement alléchant. Des gisements d’uranium, manganèse, molybdène, fer, titane, cuivre, or, argent, nickel, chrome, cobalt, zinc ,plomb ont déjà été découverts. Les réserves potentielles en charbon sont estimées à 500 milliards de tonnes. Pour ce qui est du pétrole et du gaz, on en estime les réserves à pas moins de 200 milliards de barils équivalent pétrole. L’exploitation de ces ressources naturelles ne pourrait  se faire sans accident, étant donnée la formidable force des éléments en Antarctique (vents de plus de 300 km/h, températures pouvant descendre à -80°C (température de -88°C enregistrée en 1960), icebergs monstrueux de plusieurs km2, tempêtes effroyables) et une marée noire dans cette région serait particulièrement catastrophique.

En 1961 le Traité sur l’Antarctique décida des modalités de partage entre 12 nations signataires pour l’exploration scientifique commune du continent austral (Afrique du Sud, Argentine, Australie, Belgique, Chili, Etats-Unis, France, Japon, Nouvelle-Zélande, Norvège, Royaume-Unis, Union Soviétique). Cependant, rien dans ce traité ne répondait à la question de savoir qui exploiterait les ressources naturelles du 6ème continent et qui en serait propriétaire. En 1981, les Etats-Unis, partisans du libéralisme le plus dur, demandaient que l’on permette aux grandes compagnies privées d’exploiter librement les richesses disponibles. A l’opposé, les défenseurs de l’environnement, comme l’Australie, optaient pour la création d’une réserve écologique mondiale placée sous le contrôle des Nations Unies.

Le traité sur l’Antarctique a ensuite été complété par différentes conventions, comme celle de 1972 qui vise la protection des phoques et celle de 1980 qui organise la protection de la faune et de la flore marine. Le Protocole de Madrid, relatif à la protection de l’environnement en Antarctique, signé le 4 octobre 1991, est entré en vigueur le 14 janvier 1998. Ce texte important (48 pays signataires) déclare l’Antarctique “terre de sciences, réserve naturelle, élément du Patrimoine de l’Humanité, interdite à toute activité minéralogique”, ceci pour une durée de 50 ans,  c’est-à-dire jusqu’en 2048. Le Protocole de Madrid porte sur l’évaluation d’impact sur l’environnement, la conservation de la faune et de la flore de l’Antarctique, l’élimination et la gestion des déchets, la prévention de la pollution marine, la protection et la gestion des zones, la responsabilité découlant de situations critiques pour l’environnement.

Tourisme de masse en Antarctique

Tourisme de masse en Antarctique

Si l’Antarctique est encore préservé pour une trentaine d’années de l’avidité des compagnies pétrolières et minières, le danger peut venir d’une autre forme d’économie : le tourisme de masse. Le nombre de touristes en Antarctique est estimé à 40 000 par an, soit 8 fois plus qu’en 1990 (selon l’Association internationale des tour-opérateurs antarctiques). Or, l’écosystème de l’Antarctique est particulièrement vulnérable à l’invasion d’espèces étrangères (microorganismes, plantes, insectes, animaux) qui peuvent être apportées par l’activité humaine. La réglementation de l’activité touristique a été oubliée dans le Traité sur l’Antarctique. Deux textes contraignants ont bien été votés par le comité consultatif, mais non encore ratifiés par la majorité des pays signataires. Le premier impose aux opérateurs touristiques de couvrir les frais des opérations de sauvetage (2004) et le second interdit aux bateaux transportant plus de 500 passagers de les débarquer (2009).

Le code polaire, recueil de règles obligatoires pour les navires exploités dans les eaux polaires, a été finalement adopté par l’Organisation Maritime Internationale en novembre 2014. Il s’agit du premier texte régulant tous les aspects de la navigation dans les latitudes extrêmes de l’Arctique et de l’Antarctique.

Mauvaise nouvelle : Il semble que la Chine et la Russie se préparent déjà à être opérationnels dans la zone Antarctique dès l’expiration en 2048 du moratoire sur l’exploitation commerciale des ressources naturelles de l’Antarctique. En cas de pénurie grave avant cette échéance, il n’est pas sûr que les défenseurs de l’environnement puissent trouver les arguments efficaces pour préserver ce patrimoine mondial.

A quoi ressemblerait la terre si toutes les glaces du globe fondaient ?  : Voir la vidéo.

 

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