Il y a beaucoup à sauver : L’Amazonie

Foret amazonienne en danger

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 242-247

 

En 1981 l’Amazonie, la plus grande forêt du Monde (6,7 millions de km²), devait faire face à la déforestation massive liée à la surexploitation des terres. 1/10 de la forêt originelle avait déjà disparu et certains prévoyaient une disparition totale de l’Amazonie si  rien n’était fait pour freiner cette exploitation. Pourtant, l’Amazonie était à la fois une formidable usine à capter le gaz carbonique et le plus vaste réservoir de biodiversité du Monde. En 1981, nous ne connaissions encore qu’une fraction de ses richesses et on estimait qu’elle abritait plus de 40 000 espèces végétales, dont la plupart non encore répertoriées (pour 300 000 espèces répertoriées dans le Monde). La diversité et l’abondance des arbres étaient dix fois plus importantes que dans les forêts de nos climats tempérés (100 à 200 espèces par hectare contre à peine 10). Cette formidable biodiversité constituait une source encore mal connue de biomolécules potentiellement bénéfiques pour notre santé et notre bien-être.

Pendant des milliers d’années des tribus indiennes ont cultivé la terre d’Amazonie, brûlant de petites parcelles de forêt afin que la cendre, riche en minéraux, fertilise le sol pour l’agriculture. N’hésitant pas à se déplacer lorsque les rendements diminuaient, ils laissaient la forêt reprendre ses droits. Ces droits, la forêt les a perdus rapidement après la seconde Guerre Mondiale car elle était devenue un obstacle à la croissance économique du Brésil. Les nouveaux immigrants, par leur nombre croissant, et grâce aux technologies modernes, étaient en train de détruire en quelques décennies des écosystèmes que les indiens avaient su préserver durant des milliers d’années.

De grands plans de développement accéléré du territoire furent mis en place au Brésil pour inciter les industries agroalimentaires et les grands éleveurs de bétail à s’installer en Amazonie. Ceux-ci purent acquérir à des coûts incroyablement bas d’immenses espaces forestiers qu’ils défrichèrent (le plus souvent par le feu) avant d’y implanter prairies et cultures intensives. Des puits de pétrole (Bolivie, Pérou), des mines de charbon (Colombie), de fer et de bauxite (Guyane, Venezuela, Brésil), des usines de production de papier commençaient à s’implanter au cœur de la jungle. Ces activités nécessitaient un réseau routier à la taille de l’immensité de la région et la construction de la Transamazonienne, qui devait s’étendre sur 4223 km entre le Pérou et l’Atlantique, avait commencé., créant une véritable cicatrice au milieu de la forêt. Aujourd’hui, cette route est le symbole du désastre écologique et économique. A part quelques sections, la route est aujourd’hui très peu utilisée, voire pas du tout, car elle est impraticable une bonne moitié de l’année, lors de la saison des pluies.

Cette industrialisation forcenée ne tenait pas compte de l’extrême fragilité des écosystèmes de la forêt tropicale amazonienne. Le défrichement avait pour conséquence directe l’érosion rapide d’un sol déjà particulièrement pauvre en substances nutritives. Il faut savoir que lorsqu’un hectare de forêt dense perd 1 à 2 kg de terre par an à cause de l’érosion, la même surface dénudée en zone tropicale en perd plus de 30 tonnes ! Des études avaient montré que seul 1% du sol tropical était assez fertile pour supporter, sans recours massif aux engrais, à une agriculture intensive.

Les conséquences de la destruction de la forêt allaient bien au-delà d’un simple déséquilibre des écosystèmes locaux. Ainsi, des populations d’insectes se sont mis à proliférer aux Etats-Unis parce les oiseaux qui étaient leurs prédateurs naturels avaient perdu leur zone de repos hivernal. Plus grave encore, certains scientifiques imaginaient à la fin des années 70 que la destruction de la forêt amazonienne, le poumon de la planète, l’un des plus importants piégeurs de gaz carbonique (10% de la réserve mondiale de carbone), pourrait modifier le climat mondial. Même les vents et les pluies pourraient être perturbés, puisque la moitié des pluies du bassin de l’Amazone sont dues à l’évaporation issue de la forêt elle-même. La régression de la forêt amazonienne était l’un des bouleversements anthropiques les plus désastreux jamais connus. Avec les arbres abattus, c’étaient des centaines d’espèces végétales et animales que nous faisions disparaitre à jamais. Ainsi, le lamantin, chassé pour sa viande, et la loutre des rivières, recherchée pour sa fourrure, étaient devenus des espèces en danger de disparition.

En 1977, les sept pays qui se partagent l’Amazonie se sont engagés à coopérer pour la préservation de l’environnement. En 1979, le Brésil annonçait un projet d’exploitation de 50 millions d’hectares destinés au bois de construction. Cette décision répondait à une logique économique court-termiste. Le Brésil avait besoin de devises et les multinationales les lui offraient, en échange de la dévastation de son capital naturel…

(Lire aussi l’article « Manaus et l’enfer vert d’Amazonie »  à propose de la déforestation en Amazonie)

 

Le chef Raoni

Le chef Raoni

L’Amazonie perd aujourd’hui chaque année environ 4250 km2 de surfaces boisées. Sur cette base, on prévoit la disparition totale de l’Amazonie vers les années 2150. Selon un rapport de l’ONG WWF paru en juin 2016 (Living Amazon Report 2016) la dégradation de l’état de la forêt amazonienne s’est accélèré depuis ces dernières années, poussée par la recherche de profits et les pressions économiques. Ainsi, pas moins de 5 831 km² de forêt ont disparu entre 2014 et 2015. Ce désastre écologique est d’autant plus difficile à endiguer que 60 % de la déforestation se déroule sur des terrains privés ou occupés illégalement.

Aujourd’hui, les principales causes de cette déforestation sont l’élevage du bétail, l’agriculture intensive du soja et de la canne à sucre, l’exploitation forestière, la construction de barrages hydrauliques et l’extraction aurifère.

L’extraction aurifère est basée sur des techniques d’exploitation hydrauliques associées à l’utilisation de mercure pour amalgamer le précieux métal. Une partie de ce mercure termine dans les rivières, en particulier dans les exploitations artisanales qui libèrent dans les cours d’eau environ 1,32 kg de mercure pour chaque kilogramme d’or extrait. Le mercure est, comme chacun sait un métal extrêmement toxique, surtout lorsqu’il se présente sous une forme organique (méthyl-mercure) assimilable par les organismes vivants. La concentration de ces composés très bioaccumulatifs augmente en remontant la chaine alimentaire, si bien que les prédateurs, dont les humains, ont les plus hauts taux de mercure dans leur système.

Avec l’Amazone et ses affluents, le potentiel hydroélectrique du Brésil est immense et les projets de barrages s’additionnent. Près de 250 barrages seraient en projet en Amazonie brésilienne. D’un point de vue économique, cette stratégie énergétique du Brésil est tout à fait logique et s’inscrit, à priori, dans une logique de développement durable. En 2015, 64 % de l’électricité produite dans le pays provenait de cette source gratuite et renouvelable. Pourtant, associations écologistes et tribus indiennes s’opposent fortement à certains projets de barrages mettant particulièrement en péril les populations indigènes et la biodiversité. Parfois, ils obtiennent gain de cause. L’autorité environnementale brésilienne vient d’abandonner (juin 2016)  la construction d’un méga-barrage sur le fleuve Tapajos qui aurait  submergé 729 km² de territoire (soit sept fois la superficie de Paris) et forcé les communautés locales Munduruku à quitter leurs lieux de vie (voir article de Reporterre.net). Mais la plupart du temps, c’est la décision politique de construction d’un barrage qui l’emporte. L’exemple le plus médiatique est celui du barrage de Belo Monte, troisième plus grand barrage hydraulique du monde, inauguré en mai 2016 malgré trente ans de luttes indigènes, menées notamment par le chef Raoni, avec le soutien de stars internationales (Sting, James Cameron, Arnold Schwarzenegger….)

En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement avait placé l’Amazonie en tête de ce qui devait être préservé. 35 ans après, nous ne pouvons que constater que les pays qui se partagent ce formidable patrimoine naturel ont privilégié leur développement économique, au détriment de la biodiversité, du climat et sans doute au détriment des générations futures.

 

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