Il y a beaucoup à sauver : La Méditerranée

Pollution en Méditerranée

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 262-264

 

En 1981, la Méditerranée était polluée par des milliers de tonnes de produits chimiques, industriels, agricoles et domestiques, sans compter les eaux des égouts de quelques 120 grandes villes côtières. Les zones côtières étaient les plus touchées et des maladies endémiques telles que l’hépatite virale, la dysenterie, la typhoïde ou le choléra sévissaient au Sud de la Méditerranée. La population de poissons diminuait de façon alarmante, les lagunes et les estuaires étaient infestés d’algues, les herbiers de zostères et de posidonies rétrécissaient à cause de la bétonisation du littoral… La Méditerranée se transformait en poubelle géante.

Face à cette dégradation de leur patrimoine commun, tous les pays du littoral se sont réunis en 1975 à Barcelone pour élaborer un Plan de Protection de la Méditerranée, avec l’aide du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).  Le “Plan d’Action pour la Méditerranée” prévoyait de mettre en place les outils nécessaires pour l’étude de la pollution et de poser les bases d’un développement durable (“Plan Bleu“).

En 1978, trois traités ont été ratifiés et mis en application. Le premier visait à limiter, voire à interdire le rejet dans la mer de toute substance nocive pour l’homme ou les écosystèmes marins. Le deuxième établissait un protocole d’entraide des pays signataires pour la gestion des accidents graves de type marée noire ou naufrage de navires chargés de déchets toxiques. Enfin, le troisième concernait la pollution venue des terres, en particulier celle charriée par l’Elbe, le Rhône, le Tibre, le Pô, l’Adige, le Nil et leurs affluents. Le coût d’application de ces protocoles qui devaient sauver la Méditerranée était estimé à plus de 50 milliards de francs sur une période de 10 à 20 ans (environ 29 milliards d’euros, en tenant compte d  l’inflation).

Aujourd’hui, le développement économique de la Méditerranée, la mer la plus polluée du Monde qui abrite entre 4% et 18 % des espèces marines connues, menace des écosystèmes marins déjà bien dégradés depuis des décennies. L’exploration pétrolière et gazière offshore en Méditerranée connait une progression sans précédent. Entre 2010 et 2020, la production de pétrole pourrait progresser de 60 %, tandis que celle de gaz pourrait même être multipliée par cinq. Dans la même période, le trafic maritime pourrait doubler, le nombre de touristes internationaux augmenterait de 60%, des milliers de kilomètres supplémentaires de littoral vont être bétonnés et l’exploitation minière des fonds marins  va accélérer la disparition de la biodiversité. La pêche, déjà fortement impactée par l’activité humaine – 90 % des stocks de poissons sont surexploités – devrait encore régresser. (Données du projet Medtrends de WWF).

L’UE s’est fixé pour objectif un retour au “bon état écologique” des eaux marines européennes au plus tard en 2020. Il suffit de revenir un paragraphe en arrière pour comprendre que les bonnes résolutions ne sont pas suffisantes et qu’il faut changer de stratégie si on veut vraiment sauver “Mare Nostrum”. Et il semble que nous n’en prenions pas le chemin, si l’on en juge par la décision récente du Gouvernement français de renouveler à l’usine Altéo de Gardanne (Bouches-du-Rhônes) son autorisation de rejeter en mer, au large de Marseille et Cassis, dans le parc national des Calanques, des milliers de tonnes de “boues rouges” qui contiennent de l’alumine, du fer et de l’arsenic. L’économie a des raisons que la nature ignore…

Lire aussi l’article “Méditerranée, Mare nostrum”

 

 

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