Il y a beaucoup à sauver : La couche d’ozone

Il y a beaucoup à sauver : La couche d’ozone

Trou de la couche d'ozone

Résorption du trou de la couche d’ozone

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Il y a beaucoup à sauver – pages 258-259

 

La résorption progressive du fameux trou de la couche d’ozone est l’un des rares succès dans le cadre des grandes négociations internationales pour la préservation de l’environnement. Dans notre bilan 1981-2016, c’est la première fois que nous pouvons véritablement parler de résolution de l’un des nombreux problèmes environnementaux cités par l’Almanach Cousteau de l’Environnement en 1981.

En 1974, le grand public apprenait que les déodorants en aérosols et les réfrigérateurs étaient particulièrement dangereux pour la couche d’ozone de la stratosphère, plus dangereux encore que les avions supersoniques.

Ils apprenaient en même temps qu’il y avait une couche d’ozone entre 20 et 40 km d’altitude. L’oxygène moléculaire est une molécule stable à deux atomes d’oxygène. L’ozone est une molécule instable formée de trois atomes qui ne demande qu’à libérer son atome d’oxygène excédentaire. L’ozone constitue autour de la planète une couche protectrice qui absorbe une grande partie du rayonnement solaire et en particulier les rayons ultraviolets UVB, les plus dangereux pour les êtres vivants. Ces rayonnements ont la propriété de générer des radicaux libres qui peuvent altérer l’ADN des cellules, accroitre les risques de cancer, affaiblir le système immunitaire…

Si les essais nucléaires atmosphériques, réalisés essentiellement sur la période 1951-1962, ont détruit la couche d’ozone dans une proportion non négligeable, ce sont les chlorofluorocarbones (CFC) et les halons qui furent tenus pour principaux responsables de la destruction de ce filtre anti-UV essentiel à la vie sur terre. Les CFC, plus connus sous le nom commercial “Fréons” (Du Pont de Nemours), étaient utilisés comme gaz propulseur dans les aérosols  ou comme gaz réfrigérant dans les réfrigérateurs et les conditionneurs d’air. Les halons étaient utilisés principalement dans les extincteurs. Ces gaz peu réactifs grimpaient, en quelques décennies, jusque dans la troposphère où ils pouvaient stagner pendant des années avant d’être dissociés par des rayons ultraviolets. Cette destruction entraînait la libération de chlore dont chaque atome pouvait détruire des dizaines de milliers de molécules d’ozone, dans un processus de réaction en chaîne.

Bien entendu, les industriels qui fabriquaient les CFC ont commencé par nier l’évidence scientifique. En 1978, les fabricants canadiens d’aérosols furent les premiers à bannir les CFC. Ils furent rapidement suivis par les allemands, les suédois et les américains. Il faut dire que les industriels ont rapidement mis sur le marché de nouveaux produits pour remplacer les CFC, ce qui a permis de préserver leurs profits. Certains pays restaient septiques sur la dangerosité des CFC et refusaient de prendre des mesures immédiates. Pourtant il fallait faire vite. ..

En 1981, on estimait que la couche d’ozone pouvait être détruite en quelques décennies, ce qui sonnerait le glas de nombreuses espèces vivantes.

Le fameux trou dans la couche d’ozone fut découvert en 1985, ce qui permit de convaincre les plus sceptiques et de mettre les responsables politiques devant leurs responsabilités. Ce trou de la couche d’ozone est observé après l’hiver polaire (septembre-décembre au-dessus de l’Antarctique et mars-juin au-dessus de l’Arctique), lorsque les conditions sont favorables à la destruction de l’ozone par le chlore (forte luminosité et très basses températures).

En 1987, 196 pays ont signé le Protocole de Montréal, le premier traité environnemental international, qui prévoyait l’interdiction progressive des gaz chlorés (CFC) et bromés (halons) dès 1996 dans les pays développés. Les pays sous-développés ont attendu 2010 pour interdire l’utilisation de la plupart des gaz destructeurs d’ozone.

Les résultats ne se firent pas attendre. Dès la fin des années 90, le trou de la couche d’ozone s’est stabilisé, puis a commencé à se résorber à partir de 2000. L’amélioration s’est lentement poursuivie d’année en année et la concentration atmosphérique en CFC et halons a baissé de 10% à 15% par rapport au pic de la fin des années 1990. Les experts estiment aujourd’hui que la couche d’ozone sera complètement guérie avant 2065 (1)… sauf si les industriels profitent de ce délai pour inventer d’autres produits chimiques susceptibles de détruire à nouveau la couche d’ozone.

Les CFC ont été remplacés par des produits de substitution, les HFC (hydrofluorocarbures), bien moins nocifs pour la couche d’ozone, mais puissants gaz à effet de serre. Il ne faudrait pas tomber de Charybde en Scylla et il convient désormais d’être beaucoup plus vigilants sur l’impact environnemental des produits chimiques.

 

En récompense de leurs travaux, Paul Crutzen, Frank Rowland, Mario Molina et Paul Crutzen se virent attribuer le prix Nobel de chimie 1995 pour leurs travaux ayant permis d’élucider les mécanismes de destruction de la couche d’ozone.

(1) The 2006 Assessment of the Scientific Assessment Panel, publié par l’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).

 

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