Himalaya et Bangladesh

Himalaya et Bangladesh

Himalaya et Bangladesh

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 177-180

 

Voilà encore un exemple montrant que nous habitons tous la même petite planète dont les équilibres fragiles répondent à des lois complexes, chaotiques, qui font qu’un bouleversement quelque part peut provoquer une catastrophe à des milliers de kilomètres. La solidarité entre les peuples  est la seule option de l’humanité pour sa propre survie.

Entre 1970 et 1980 la population du Népal a plus que doublé et 75% des arbres ont été abattus. La déforestation a provoqué une perte importante des terres arables, en particulier sur les pentes abruptes, et les rendements agricoles n’ont cessé de diminuer. Les alluvions entrainées par les pluies faisaient monter le niveau des cours d’eau, provoquant des inondations qui aggravaient encore la situation.

Le plus dramatique c’est que ce sont les experts de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de la Banque Mondiale qui avaient conseillé d’abattre plus de 14 000 hectares de forêts népalaises, nationalisées depuis 1957, pour les transformer en pâturages pour les moutons. Les routes construites par les Etats-Unis et la Chine permirent d’accélérer le déboisement et entrainèrent inondations et éboulements qui détruisirent encore un peu plus de terres cultivables.

La déforestation a aussi causé d’importants dégâts écologiques dans les régions himalayennes de l’Inde et du Pakistan, qui avaient sans doute les mêmes conseillers que le Népal.

Les principaux fleuves d’Asie, prenant leur source dans l’Himalaya, entrainent l’excédent de limon jusqu’à leur embouchure. Le Bangladesh, à l’embouchure du Brahmapoutre et du Gange est ainsi devenu particulièrement vulnérable aux inondations, comme celle de 1974 qui submergea les deux tiers de son territoire, entrainant un épisode de famine et la menace d’une épidémie remettant en question l’existence même du pays.

Aujourd’hui, l’attention est plutôt focalisée sur le réchauffement climatique qui pourrait entrainer une augmentation de la fonte des glaces himalayennes et la montée des eaux des océans qui seraient catastrophique pour un pays comme le Bangladesh dont les deux tiers du territoire sont à moins de cinq mètres au-dessus du niveau de la mer (un tiers du territoire est inondé à chaque mousson). Près de la moitié des terres pourraient être inondées si le niveau de la mer augmentait ne fût-ce que d’un mètre.

A l’échelle de l’immense bassin Gange-Brahmapoutre-Meghna il n’a pas été possible de trouver une corrélation significative entre la déforestation dans les montagnes de l’Himalaya et les inondations des plaines du Bangladesh. L’impact anthropique semble en effet ne pas peser bien lourd face aux processus naturels. Il ne semble pas y avoir de preuve statistique d’une corrélation entre que la fréquence ou le volume des inondations au Bangladesh et la déforestation sur les hauteurs de l’Himalaya au cours des 126 dernières années…C’est la FAO qui l’affirme, la même organisation qui avait préconisé d’abattre les arbres dans les années 70…

Quoi qu’il en soit, le gouvernement népalais a décidé de protéger les forêts du pays. Il en a cédé la gestion aux communautés locales, a lancé des programmes de reboisement et créé des parcs nationaux et des réserves.La leçon a cette fois peut-être été retenue.

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