Hamilton, village solaire

Hamilton, village solaire

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 553-555

Hamilton Air Force base

Lorsque la base aérienne de Hamilton, à proximité de San Francisco (Comté de Marin en Californie), ferma en 1974, différents projets de reconversion du site furent proposés. Les habitants de la ville toute proche de Novato et les éleveurs de la région s’organisèrent pour s’opposer à l’aménagement d’un aéroport régional. L’alternative la plus populaire était la construction d’un centre commercial, ce qui n’était pas très original aux Etats-Unis. L’architecte californien Van der Ryn proposa cependant dans le Pacific Sun (mars 1979) le plan ambitieux d’un village solaire pouvant accueillir 2500 résidents sur un site de 507 hectares.

L’énergie solaire était censée assurer plus de 80% du chauffage et de la climatisation du village. Les rues étaient conçues pour des véhicules électriques de transport en commun et les bicyclettes. Les voitures  particulières à moteur thermique devaient être parquées à l’extérieur du village. Seulement 15% du terrain serait pavé, contre 35% en moyenne. Les transports seraient d’autant plus réduits qu’au moins la moitié des habitants travailleraient dans le village, en particulier dans le domaine de la technologie solaire. 40 hectares devaient accueillir des fermes biologiques et des jardins communautaires qui procureraient de la nourriture fraiche et bon marché aux habitants. Il était ausi question de serres solaires, d’aquaponie, d’économie circulaire. La méthanisation des déchets devait permettre de produire à la fois de l’électricité et de la chaleur (cogénération). Il ne devait pas y avoir de maisons individuelles mais des blocs d’habitation qui occuperaient moins de surface, consommeraient moins d’énergie pour le chauffage et la climatisation (-40%) et nécessiteraient moins de matériaux de construction.  La consommation globale de combustible devait être réduite de 50 à 80%, par rapport à la moyenne nationale.

Le rédacteur en chef du journal “Pacific Sun”, Steve Mc Namara, organisa l’association des “Amis du Village Solaire” qui compta deux mille membres en huit semaines. Le Ministère de l’Energie accorda une subvention pour le plan de Van der Ryn et l’Etat de Californie désigna les agences chargées de sa mise en exécution. En 1980, l’Almanach Cousteau de l’Environnement était très optimiste sur ce futur “Village Solaire”.

 

Qu’est devenu le projet “Village Solaire” ?

Le projet un peu utopiste de “Village  Solaire” a été rapidement abandonné et l’ancienne base aérienne d’Hamilton, après avoir été laissée à l’abandon pendant de nombreuses années, est devenue un nouveau quartier avec des bâtiments résidentiels, commerciaux et administratifs. Une partie du site a été classée “district historique” en 1998. C’était sans doute une bonne idée mais elle arrivait trop tôt.

Topaz solar farm

La Californie, depuis des décennies à l’avant-garde du combat écologique aux États-Unis,  concentre aujourd’hui 42,5 % de la production photovoltaïque du pays et l’énergie solaire y fournit 16,3 % de l’électricité. C’est d’ailleurs en Californie que se trouve la plus puissante centrale solaire du monde (2015), la “Ferme solaire Topaz” d’une puissance de 550 MW (l’équivalent d’un réacteur nucléaire). Elle a été construite en plein désert du Mojave par “First Solar”, l’un des leaders mondiaux des panneaux solaires, sur une surface de 25 kilomètres carrés (un quart de Paris).  Ses neuf millions panneaux solaires génèrent suffisamment d’électricité pour alimenter environ 160 000 foyers et permettraient d’économiser près de 370 000 tonnes de dioxyde de carbone par an, soit l’équivalent de 73 000 voitures en circulation. Topaz solar farm surpasse la déjà impressionnante centrale solaire d’Ivanpah, elle aussi dans le désert du Mojave, qui  délivre depuis 2014 une puissance électrique de 392 MW.

Dans le cadre de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La Californie s’est engagée à produire 50% de son électricité à partir d’énergies renouvelables d’ici 2030. En mai 2018, la Californie est devenue le premier État américain à exiger des panneaux solaires sur tous ses nouveaux bâtiments résidentiels. Les nouvelles normes de construction qui entreraient en vigueur dès 2020 devraient permettre une réduction significative  des émissions de gaz à effet de serre, équivalente au retrait de 115 000 voitures à carburants fossiles. Le projet de “Village Solaire” est en passe de se transformer en “projet d’Etat Solaire”. Pas mal au pays de Donald Trump….

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