Etats-Unis, pays des céréales

Moisson de blé - Agroindustrie

Moisson de blé – Agroindustrie

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 80-81

En 1981, les USA étaient le premier pays exportateur de céréales dans le monde (riz, soja, blé, maïs) avec 60% du grain vendu sur le marché international. Les pays ne disposant pas de vastes terres cultivables par des techniques agricoles mécanisées étaient devenus dépendants des céréales américaines, les producteur locaux ne pouvant être compétitifs.

Les USA devaient cette position ultra dominante à l’introduction en masse des machines agricoles qui ont permis d’augmenter les superficies cultivées. La superficie moyenne d’une exploitation agricole avait pratiquement doublé entre 1950 (86 ha) et 1980 (160 ha). Les exploitations les plus importantes pratiquaient la monoculture ou élevaient des animaux par milliers en batteries. Des machines ont été construites pour remplir des tâches manuelles comme la cueillette (tomates, prunes, raisins, laitues), au détriment de l’emploi et de la consommation d’énergie.

Cette productivité élevée permit à l’agriculture américaine de vendre son excédent de production dans les pays occidentaux. Certaines années de fortes productions, les invendus étaient écoulés sous forme d’aide alimentaire à faible coût dans les pays du Tiers-Monde, créant ainsi une distorsion de concurrence qui détruisit en partie l’agriculture locale. Ces pays devinrent rapidement dépendant des céréales américaines et durent en acheter au prix du marché, même lorsque les cours étaient plus élevés.

Les méthodes productivistes à outrance de l’agriculture américaine furent exportées dans le monde entier, avec tous les problèmes inhérents tels que l’érosion et l’appauvrissement des sols, l’utilisation de pesticides chimiques, les semences non réutilisables, les OGM, l’augmentation de la demande en eau et en carburant pétrolier…. Sans oublier que toutes ces céréales étaient essentiellement destinées à l’alimentation du bétail, d’où un rendement protéique particulièrement faible : On estimait qu’il fallait 16 kg de protéines céréalières pour produire 1 kg de viande.

 

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Aujourd’hui, les USA ne sont plus les maîtres incontestés du marché des céréales, même s’ils restent parmi les premiers producteurs et exportateurs.

Principaux exportateurs (données planetoscope.com) :

  • Maïs (32% OGM) : États-Unis (49%), Brésil (16%), Argentine (13%)
  • Riz : Chine, Inde, Egypte
  • Soja (70% OGM): Brésil, États-Unis, Argentine
  • Blé : États-Unis, Canada, Union européenne

Une grande partie des céréales restent cultivées non pas directement pour l’alimentation humaine, mais pour l’alimentation du bétail. C’est le cas du maïs (2/3) et du soja (90%). Plus grave encore est l’accaparement de terres fertiles pour la production de céréales destinées à la production d’agrocarburants.  l’industrie des agrocarburants absorbe 40 % du maïs produit aux Etats-Unis et les deux tiers des huiles végétales de l’UE.

Sous l’effet du réchauffement climatique entrainant un nombre croissant d’épisodes de sécheresse aux Etats-Unis et dans le Monde, et de la hausse inévitable des produits pétroliers, les prix des denrées alimentaires vont augmenter. C’est d’autant plus vrai pour les céréales dont la production selon le modèle productiviste américain nécessite d’énormes ressources en eau potable, en carburants et en pesticides. De plus, les politiques menées par les Etats-Unis et l’Europe pour favoriser l’industrie des agrocarburants contribuent à l’emballement de la demande mondiale en céréales.

Des crises alimentaires mondiales sont donc à redouter.

Les pays du Tiers-Monde ont en grande partie abandonné l’agriculture vivrière traditionnelle pour devenir dépendants des céréales américaines (et européennes). Ils n’auront plus les moyens de se les procurer et ils pourront de moins en moins compter sur les stocks d’organismes d’aide alimentaire qui seront significativement réduits, puisque dépendants directement des excédents de production. Il est donc urgent de changer de paradigme et d’aider les pays du Tiers-Monde à redevenir moins dépendants d’une agriculture industrielle qui les a rendus vulnérables et à revenir à des pratiques culturales plus humanistes, respectueuses de l’environnement, de la biodiversité et des équilibres socio-économiques.

 

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