Environnement dans l’Antiquité

Environnement dans l’Antiquité

Esclave romain récoltant des olives

Esclave romain récoltant des olives (mosaïque romaine, 150 ap.JC. Musée du Bardo,Tunis)

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 166 et 169 182-183 188

 

L’homme n’a pas attendu bien longtemps pour commencer à saccager l’environnement…

 

Agriculture romaine

Entre le Ier et le IIème siècle av JC, les fermiers les plus riches de le région de Rome achetèrent de plus en plus de terre et créèrent des latifundia (grandes propriétés terriennes), exploitant de plus en plus d’esclaves pour augmenter leurs bénéfices. Les petits fermiers ne purent résister à cette concurrence et allèrent grossir les rangs des pauvres de la cité. Les riches fermiers, par avidité, décidèrent de ne plus respecter les périodes de jachère, épuisant les riches terres romaines. Rome exporta alors sa politique agricole irresponsable dans les différentes régions conquises par ses armées impériales. Les conséquences sont encore visibles aujourd’hui : les terres autour de Rome sont particulièrement pauvres et les anciens greniers à blé d’Afrique du Nord, cyrénaïque et tripolitaine (Libye), sont devenus des déserts.

Toute ressemblance avec les politiques agricoles actuelles serait purement fortuite… Je mettrais toutefois un bémol dans l’interprétation des auteurs de l’Almanach Cousteau en 1981 quand aux causes anthropiques de la désertification de la Libye. Il n’y a pas aujourd’hui de consensus scientifique pour expliquer la désertification du Sahara, en particulier sur la rapidité du phénomène (quelques centaines ou quelques milliers d’années ?). L’histoire nous a donné beaucoup d’exemples de la mauvaise gestion par l’homme des ressources naturelles (Haïti, Pâques,Mer d’Aral…) et il n’y a pas de raison de penser que ce n’était pas déjà le cas dans l’Antiquité. La différence c’est qu’aujourd’hui, grâce aux progrès technologiques, notre capacité de nuisance est infiniment plus élevée.

 

Statue de Tibre (musée du Louvre)

Statue de Tibre (musée du Louvre)

Dompter le Tibre ?

L’épisode suivant a été narré par l’historien Tacite (~55-119) : En l’an 15 av JC, le Tibre sortit de son lit en inonda les bas quartiers de Rome, causant de nombreuses victimes. Les hydrauliciens proposèrent de construire des canaux pour dévier le cours des affluents mais cela aurait ruiné les terres les plus fertiles d’Italie (notamment en Toscane). L’idée d’un barrage en amont aurait provoqué l’inondation d’autres terres romaines. Le Sénat de Rome prit alors la (sage) décision de ne rien faire, pour contenter les cités d’Italie et pour ne pas bouleverser ce que les Dieux avaient mis en place. Ils firent sans doute bien. Il n’y a qu’à voir ce qui est advenu du Nil depuis qu’on y a construit le barrage d’Assouan pour comprendre que les politiciens romains étaient peut-être bien plus avisés que nos politiciens modernes. Le Tibre connait 4 à 6 crues importantes par siècle, mais rares sont celles particulièrement dévastatrices (-15, 167, 540). C’est après les inondations de 1870 qu’il fut décidé de construire de hauts murs sur les berges du Tibre à Rome pour réduire l’impact des crues. Aujourd’hui, les débats politiques à propos du Tibre concernent moins les inondations que l’assainissement du fleuve qui est devenu véritablement la poubelle de Rome. Les Dieux romains doivent être furax…

 

L’ex Croissant fertile

Tablette gravée de caractères cunéiformes. (Assyrie. 865-860 av. JC)

Tablette gravée de caractères cunéiformes. (Assyrie. 865-860 av. JC)

Remontons encore le cours de l’histoire, jusqu’à ses origines, en Mésopotamie, du grec Mesos (Milieu) et Potamos (Fleuve), cette région qui entoure le Tigre et l’Euphrate (en gros, l’Iraq et le nord-est de la Syrie), décrite comme le berceau de l’histoire (l’écriture cunéiforme y a été inventée vers 3300 av. JC). Au VIIIe millénaire avant notre ère, les premières communautés de bergers s’installèrent dans cette plaine alluviale autrefois fertile, véritable don du Tigre et de l’Euphrate (tout comme l’Égypte était un don du Nil). Ils y prospérèrent et fondèrent les premières civilisations, basées sur l’agriculture et l’élevage (VII-IVe millénaire avant notre ère).

Les crues du Tigre et de l’Euphrate, très irrégulières, rendirent indispensable la construction de canaux pour amener l’eau des fleuves dans les champs et évacuer le trop-plein de la crue de printemps vers des réservoirs qui assuraient l’irrigation en périodes de sécheresse. Les mésopotamiens se mirent à abattre de plus en plus d’arbres pour se chauffer et pour créer des pâturages et des terres agricoles. Le sol commença à s’éroder et à s’appauvrir dangereusement et les canaux d’irrigation s’envasèrent à tel point qu’il fallait construire des parois toujours plus hautes. La production agricole diminua et le pays n’eut plus les ressources pour lutter contre les invasions successives des pays voisins qui continuèrent à détruire l’environnement. Aujourd’hui, après de nombreux efforts, l’homme a réussi à vaincre la nature pour engendrer un désert là où s’étendait autrefois le “Croissant fertile”. A moins que ce ne fût pas son intention… et dans ce cas c’était parfaitement stupide de sa part.

Comme pour la Libye, la part anthropique de la désertification de la Mésopotamie est sans doute moindre que ne le laissait entendre l’Almanach Cousteau de l’Environnement. La période chaude et sèche vers 500 av. JC a accéléré les changements environnementaux causés par la civilisation (surpâturage et la déforestation), contribuant au déplacement du “centre de la civilisation humaine” vers des régions plus septentrionales.

 

Les forêts de la Grèce antique

Forêt en Grèce

Forêt clairsemée en Grèce

Si la Grèce, comme Rome ou la Mésopotamie ont pu, à leur apogée, jouer un rôle majeur dans le développement de la civilisation, c’est avant tout parce que l’agriculture y était florissante. La civilisation grecque classique s’est construite en détruisant la forêt de la péninsule, non seulement pour la production du bois de construction et de chauffage, mais aussi pour créer des pâturages pour les chèvres (sans parler des forêts entières rasées par les envahisseurs Perses et Romains). La forêt qui recouvrait plus de la moitié de la Grèce, n’en représente plus aujourd’hui qu’un dixième. Sans arbres, le sol s’est rapidement érodé pour devenir inculte, entre le 3ème et le 5ème siècle avant Jésus-Christ, et le paysage grec est devenu celui que nous connaissant aujourd’hui. La culture massive de l’olivier, un arbre n’ayant pas de racines de surface, ne fit qu’accélérer l’érosion des sols. Les cités hellénistes, devenues fortement dépendantes des importations, perdirent peu à peu de leur prestige.

En région méditerranéenne une forêt détruite est remplacée naturellement par une garrigue légère qui, si elle est détruite à son tour, laisse la place à un sol rocailleux. Les pâturages ont souvent été réservés à l’élevage de chèvres qui ont la particularité de ne laisser aucune chance aux jeunes plants de repousser. Comme si cela ne suffisait pas, les forêts méditerranéennes sont ravagées périodiquement par des incendies estivaux.

 

Le cèdre du Liban

Cèdres du Liban (en voie de disparition)

Cèdres du Liban (en voie de disparition)

Les phéniciens ne se sont pas installés sur les côtes du Liban vers 2500 av. J.C. par hasard. Ils avaient été séduits par l’étroite plaine fertile surplombée par des montagnes couvertes de cèdres. Les phéniciens exploitèrent leurs forêts sans retenue, pour construire leur prestigieuse flotte et pour l’exportation massive de bois vers l’Égypte et la Mésopotamie. La prospérité du pays entraina une augmentation importante de la population à nourrir. Des forêts furent remplacées par des pâturages et il fallut vendre de plus en plus d’arbres pour importer des denrées alimentaires. Les Phéniciens purent s’approvisionner en nourriture en colonisant d’autres pays grâce à leur marine qui domina la Méditerranée entre 1000 et 500 av. J.C. Ils perdirent cependant leur suprématie maritime au profit des cités grecques, et en 332 av. J.C., lorsque Alexandre le Grand conquit le Liban, les forêts de cèdres avaient déjà pratiquement disparu. Un texte romain datant de l’an 33 av. J.C. s’inquiétait de la disparition très rapide de ces forêts et au 2ème siècle l’empereur Romain Hadrien Auguste décréta une loi interdisant l’abattage des cèdres du Liban.

En 1981 il ne restait sur les collines libanaises que quelques bosquets de cèdres au milieu d’une garrigue clairsemée.

Aujourd’hui, la forêt, essentiellement composée de chênes et de pins, ne recouvre qu’environ 13% du territoire libanais en voie de désertification. Elle a beaucoup souffert durant la guerre (1975-1990) et est périodiquement ravagée par des incendies estivaux, la plupart criminels. Si le réchauffement climatique n’arrange pas les choses, il ne faut pas s’y méprendre, c’est bien l’homme qui devra être tenu pour responsable de la disparition des cèdres, pas la fatalité. Et heureusement que le cèdre est considéré comme un arbre sacré dans les 3 religions du Livre, sinon je n‘ose imaginer le sort qu’il aurait eu !

 

Assèchement de la vallée de l’Indus

Civilisation de l'Indus (vestiges)

Civilisation de l’Indus (vestiges)

Qui se souvient que la vallée de l’Indus, dans le Pakistan actuel, a abrité une grande civilisation (dite “harappéenne”) vers l’an 2600 av. J.C., redécouverte seulement en 1920. Comme la Mésopotamie, l’Égypte, la Grèce ou Rome, la vallée de l’Indus fut autrefois verdoyante. Des chercheurs ont émis l’hypothèse qu’elle disparut 700 ans  plus tard à cause d’un bouleversement climatique dû à la poussière soulevée des sols érodés à cause de la déforestation. Cette poussière aurait créé une brume permanente, suffisante pour bloquer les rayons du soleil, modifier l’amplitude des variations de température et la périodicité des pluies, rendant le climat plus frais et plus sec. La production agricole fut suffisamment dégradée pour ne plus pouvoir nourrir la population locale.

Il existe d’autres hypothèses pour expliquer l’effondrement de cette grande civilisation : une catastrophe tectonique suffisamment forte pour détourner le cours de certains fleuves, des invasions venues du Nord de l’Inde actuelle… De nombreux vestiges des colonies harappéennes ont été découverts dans  une vaste région désertique, loin de toute rivière. Une étude récente (Climate Change Led to Collapse of Ancient Indus Civilization, Study Finds) suggère qu’un affaiblissement de la dynamique fluviale dû à la diminution des pluies de mousson aurait conduit  à un asséchement des rivières et à un effondrement de la civilisation de l’Indus qui avait basé son agriculture sur les limons apportés par les crues. L’origine de ce bouleversement reste discuté.

 

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