Elisabeth, New Jersey, la chimie américaine

Incendie du dépôt de CCC à Elisabeth - NJ

Incendie du dépôt de CCC à Elisabeth – NJ

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 81-82

Elisabeth est une petite ville américaine du New Jersey connue pour sa forte densité d’industrie chimique. Le 22 avril 1980, un dépôt de 24 000 barils remplis de déchets chimiques toxiques de la Chemical Control Corporation, société déjà poursuivie pour déversement sauvage de déchets toxiques, explosa. Les habitants de New York et de New Jersey, la région la plus densément peuplée des USA, eurent de la chance; les autorités de l’Etat venaient de faire évacuer 10 000 barils contenant les substances les plus dangereuses, dont de la nitroglycérine, du cyanure, du PCB et même un gaz neurotoxique.

Le New Jersey produisait chaque année 5,5 millions de tonnes de déchets toxiques et les Etats-Unis 35 millions. Selon l’Agence Américaine de protection de l’Environnement (EPA), seulement 10% de ces déchets étaient correctement traités et près de deux mille dépôts étaient considérés comme des dangers immédiats.

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

L’accident d’Elisabeth poussa les gouvernements américain et européen à durcir la réglementation concernant les déchets toxiques dont le coût d’élimination a alors considérablement augmenté, entraînant le développement de divers trafics à destination de l’Afrique. En effet certains industriels des pays du Nord, désirant réduire les coûts d’élimination de leurs déchets, n’ont rien trouvé de mieux que d’évacuer le problème dans des pays du Tiers-Monde. L’idée a tellement plu que la prolifération des déchets toxiques en Afrique est devenue une préoccupation politique et sanitaire majeure.

Certaines catastrophes comme celle du navire “Probo Koala” ont alerté l’opinion publique internationale. En août 2006, ce bateau poubelle a déversé environ 528 m3 de produits toxiques dans la ville d’Abidjan, provoquant 17 morts, 43 492 cas d’empoisonnement confirmés (Institut d’hygiène publique de Côte d’Ivoire -INHP) et la démission du gouvernement ivoirien (ce qui est beaucoup moins grave). Ce n’était pas un cas isolé et l’Afrique était devenue la poubelle de l’industrie occidentale : fûts radioactifs en Somalie, déchets plastiques dans le désert égyptien, conteneurs de déchets toxiques au Nigeria, déchets radioactifs au Bénin …

Ce trafic a été rendu possible par la fragilité du tissu économique des États africains les plus pauvres, la corruption des classes dirigeantes et la connivence hypocrite des pays occidentaux. La destruction de l’environnement est ainsi devenue un fonds de commerce, au détriment de la santé des populations locales. Selon l’association “Robin des Bois”, le traitement des déchets serait de six à quinze fois moins élevé en Afrique qu’en Europe. Logique lorsqu’il suffit de tout déverser impunément dans la nature, sans traitement de neutralisation ni stockage.

Pourtant, la législation internationale existe, comme la Convention de Bâle sur le “contrôle des mouvements transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination” (1992), amendée en 1995 afin de mettre un terme définitif aux exportations de déchets dangereux dans les pays ne disposant pas d’installations adéquates. Malheureusement, en l’absence d’une parfaite traçabilité des déchets trafiqués, il est difficile d’appliquer le principe de leur rapatriement vers les pays pollueurs.

Dans l’espace européen, l’écotaxe prélevée sur la vente de tous les appareils électroniques neufs devrait pourtant permettre de financer leur recyclage en vertu du principe pollueur-payeur. Cette taxe, qui représente tout de même 4 milliards d’euros par an, ne finance que le recyclage d’un tiers des déchets électroniques. La plus grande partie des déchets électroniques est transférée en Afrique où ils sont dépouillés des métaux précieux, avant d’être incinérés en émettant diverses substances hautement toxiques, notamment des dioxines et des métaux lourds qui contaminent l’air, l’eau et le sol.

Comments are closed