L’éducation relative à l’environnement

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 63-64

En 1981, l’éducation écologique selon le modèle décrit par Jean-Jacques Rousseau dans l’Émile était dépassée et on commençait à associer sorties éducatives (leçons de choses) et exploration par les enfants des problèmes d’environnement, de biodiversité menacée, de pénurie des ressources, de surconsommation, de faim dans le monde… Cet enseignement global devait permettre de réduire les menaces que notre civilisation fait peser sur l’espèce humaine et sur la planète.

En 1972, les délégués de la Conférence des Nations Unis sur l’Environnement dressèrent un inventaire de la crise environnementale et décidèrent que la solution résidait principalement dans l’éducation. L’ONU lança en 1974 un Programme International d’Éducation Écologique. Le docteur américain William Stapp, en tant que directeur de ce nouveau programme, fut chargé d’introduire l’éducation écologique dans les programmes scolaires. Il interrogea des spécialistes et rencontra des éducateurs dans une vingtaine de pays, avant de réunir soixante-cinq spécialistes à Belgrade (Yougoslavie) pour rédiger la « Charte de Belgrade » par laquelle les pays devaient s’engager sur le développement des nations dans le respect des écosystèmes. Soixante-dix nations signèrent la charte dont les objectifs prioritaires étaient :

  1. Pour chaque nation, préciser, selon sa culture et à son propre usage, la signification de concepts de base tels que la “qualité de la vie” et le “bonheur humain”, dans le contexte de l’environnement global, en s’attachant aussi à préciser et à apprécier ces notions telles qu’elles s’expriment dans les autres cultures, hors des frontières nationales.
  2. Déterminer les mesures qui garantiront la préservation et l’amélioration du potentiel de l’humanité et qui développeront le bien-être social et individuel en harmonie avec l’environnement biophysique et avec l’environnement créé par l’humain.

Déjà à cette époque les pays développés et les pays en voie de développement étaient souvent en désaccord, ces derniers craignant que des règles trop sévères de respect de l’environnement puissent nuire à leur économie. Pour eux il ne s’agissait pas de s’opposer au progrès mais de l’orienter vers la satisfaction maximale des besoins des générations présentes et futures.

 

Qu’avons-nous fait au cours des 35 dernières années ?

Objectifs de développement durable

On pensait que des doses répétées de conscience écologique aurait permis d’empêcher le bouleversement irrémédiable des équilibres fragiles de la planète. L’éducation écologique au niveau mondial n’était pas considérée comme anecdotique mais comme fondamentale pour notre survie même.

Depuis la fin des années 70, les congrès internationaux sur l’éducation relative à l’environnement se sont succédé :

  • 1987 : Le Congrès International de Moscou définit la « Stratégie internationale d’action en matière d’éducation et de formation relatives à l’environnement pour les années 1990 ».
  • 1987 : La Commission des Nations Unies sur l’environnement et le développement lance le concept de « développement durable »
  • 1992 : Conférence internationale de Rio sur l’environnement et le développement dont un chapitre est consacré à l’éducation.
  • 2002 : Le Sommet mondial du développement durable décide, avec l’Unesco, que la période 2005-2014 sera la décennie de l’éducation relative au développement durable

En France, la Charte de l’environnement, adossée à la Constitution en 2005, indique, dans son article 8 que “L’éducation et la formation à l’environnement doivent contribuer à l’exercice des droits et des devoirs prévus dans la présente charte”.

La COP 21 a été l’occasion pour le Gouvernement français de lancer tout un ensemble d’initiatives pour mieux prendre en compte l’éducation à l’environnement et au développement durable dans le cadre des programmes scolaires : développement des “coins nature” ;  généralisation des projets ayant trait au développement durable ;  généralisation des “éco-délégués” ; organisation de simulations de négociations sur le changement climatique ; appel à projets “des clefs pour l’éducation au développement durable”. Reste à pérenniser cet ambitieux programme, ce qui ne sera pas chose facile tant les politiques aiment modifier continuellement les programmes scolaires.

L’éducation relative à l’environnement s’est donc peu à peu transformée en éducation pour le développement durable. Cette évolution est critiquée par certains écologistes. Si le développement durable se préoccupe de répondre aux besoins des populations d’aujourd’hui sans compromettre les ressources nécessaires aux générations suivantes, il ne faudrait pas non plus oublier les pays du Sud et parler plutôt de développement durable et équitable. On pourra aussi discuter du développement comme seule finalité de l’humanité et de la subordination de l’environnement au développement économique : il n’y est question que de non dépassement de la capacité offerte par la planète pour répondre aux besoins des sociétés actuelles et futures, sans que la pertinence de ces besoins soit remise en cause.

 

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