Du minerai au fond des mers

Du minerai au fond des mers

Pince du robot de l’Ifremer Victor 6000 à proximité d’un fumeur noir, sur un site hydrothermal – IFREMER 2007

Pince du robot de l’Ifremer Victor 6000 à proximité d’un fumeur noir, sur un site hydrothermal – IFREMER 2007

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 21-24

Vous connaissez les geysers d’eau chaude qui jaillissent du fond des océans ? Cette eau très chaude (jusqu’à 350 °C !) et hyper-salée contient d’énormes quantités de minéraux en solution : manganèse, fer, cobalt, argent… (25 000 fois plus de manganèse que dans l’eau de mer !). Depuis 200 millénaires ces sources chaudes auraient déposé à certains endroits au fond de l’océan des sédiments gorgés de minéraux sur une épaisseur de plus de 100 mètres.

Il y a aussi les nodules polymétalliques composés d’hydroxydes de fer, de manganèse, de nickel, de cobalt, de cuivre, qui s’entassent sur le plancher de certains océans. Les nodules constituèrent pendant longtemps une pomme de discorde des conférences internationales sur le droit de la mer. L’exploitation de ces richesses posait de graves problèmes écologiques puisque l’extraction minière des hauts fonds marins risquait d’entraîner pendant des années une turbidité due au rejet de boues perturbant la photosynthèse et asphyxiant la plupart des êtres vivants.

En 1981 la question se posait de savoir à qui appartenait ces ressources minérales qu’il était question alors d’exploiter. L’idée n’était pas nouvelle puisque Jules Verne écrivait déjà en 1869 dans ”Vingt mille lieues sous les mers“ : “Il existe au fond des mers des mines de zinc, de fer, d’argent, d’or, dont l’exploitation serait très certainement praticable.”

 

 Qu’avons-nous faisons depuis 1981 pour éviter le pire ?

35 ans après, la durée des réserves des gisements terrestres de certains minerais s’avère préoccupante. Selon Planetoscope.com, elle est estimée à 57 ans pour le fer, 33 ans pour le nickel, et 24 ans pour le cuivre. La solution à cette pénurie annoncée se trouve peut-être au fond des océans où se trouvent différents types de filons : (a) les minéralisations hydrothermales (sulfures polymétalliques de cuivre, or, argent, antimoine, germanium, sélénium…); (b) les nodules polymétalliques (nickel, cobalt, cuivre, platine, titane, terres rares) ; (c) les encroûtements de manganèse (idem). Il est donc logique que les compagnies minières puissent s’intéresser à l’exploitation de cette manne du fond des océans. Plus de 1,8 million de km² de fond océanique ont déjà fait l’objet de dépôts de permis d’exploration.

Lorsque la pénurie en certains métaux sera devenue une réalité il sera sans doute impossible d’empêcher les compagnies minières de prendre le risque de détruire irrémédiablement des écosystèmes vieux de millions d’années. Certains appelleront ça le ”Principe de Réalité“ mais je parlerais plutôt de crime vis-à-vis des générations futures.

 

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