Des turbines dans le Gulf Stream

Des turbines dans le Gulf Stream

Turbine hydrolienne

Turbine hydrolienne

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – page 57
 

Dans le courant des années 70 la société californienne Aerovironment Inc. (Pasadena, CA) imagina d’installer d’énormes turbines dans le Gulf Stream pour produire de l’électricité. Selon cette société, 250 turbines de 171 mètres de diamètre, immergées à 40 km des côtes de la Floride, à l’endroit où le courant est le plus fort (4 nœuds), pouvaient produire autant d’électricité que 10 tranches nucléaires, soit 10 000 MW. Le prix de revient du KW aurait été inférieur à celui d’une centrale nucléaire.

Cette centrale, si elle avait été construite, aurait ralenti la vitesse d’écoulement d’au moins 1%. Les auteurs de l’Almanach Cousteau de l’Environnement alertaient en 1981 sur les catastrophes écologiques qui se seraient produites si d’autres turbines de ce type devaient être installées le long du Gulf Stream. Le fragile écosystème risquait d’être profondément perturbé et le ralentissement de ce courant particulier aurait pu provoquer un refroidissement des côtes d’Europe de l’Ouest. Imaginez l’Angleterre avec le climat du Labrador situé à la même latitude… Ce projet n’a, heureusement, pas abouti.

 

Qu’avons-nous fait durant ces 35 dernières années ?

L’idée de turbine hydrolienne géante n’a pas été abandonnée. Un prototype installé sur le Gulf Stream est actuellement testé par des chercheurs de la Florida Atlantic University qui ont estimé que quelques milliers de turbines immergées dans l’océan pourraient produire l’équivalent de dix tranches nucléaires. Le prototype in situ permettra de réaliser des études d’impact environnemental. Outre les inconvénients déjà évoqués, les turbines doivent être régulièrement traitées par un antifouling toxique pour éviter le développement d’algues.

La France a aussi son programme hydrolien. Début 2016, EDF installe au large de Ploubazlanec (Côtes d’Armor) son site expérimental composé de deux hydroliennes de 16 m de diamètre et qui devra fournir 1 MW d’électricité (projet “Paimpol-Bréhat”). Ces turbines formeront la première ferme d’hydroliennes raccordées au réseau national de distribution d’électricité. L’étape suivante sera le projet pilote “Normandie Hydro” basé sur l’installation, à l’horizon 2018, de sept hydroliennes dans le Raz Blanchard, et qui permettra de valider le modèle économique des fermes hydroliennes commerciales.

EDF estime que le potentiel d’énergie hydrolienne exploitable en Europe est d’environ 12,5 GW, soit l’équivalent de 14 réacteurs nucléaires de 900 MW. Un tel potentiel va sans doute être exploité, en particulier lorsque les cours du pétrole vont se mettre à grimper. Il faut espérer que l’impact environnemental sera l’un des critères clés dans le choix des emplacements des futures fermes hydroliennes. Encore un exemple montrant qu’il faut tenir compte de toutes les dimensions, y compris environnementales, avant de juger de la pertinence d’une innovation technologique.

 

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