Des initiatives pour sauver la biodiversité

Des initiatives pour sauver la biodiversité

De nombreuses espèces animales ont disparu à cause de l’activité humaine, et ce phénomène tend à s’aggraver de manière catastrophique, mais il est aussi arrivé, certes moins souvent, que l’homme parvienne à préserver l’habitat d’une espèce, autrement condamnée à disparaître, ou à élever en captivité les derniers couples d’une espèce en voie d’extinction.

Créer des sanctuaires

Parc Naturel de Tsavo

Pour préserver la faune sauvage, on a créé des réserves naturelles un peu partout sur la planète. C’est ce qu’a fait  le gouvernement kenyan au début des années 60 pour protéger de l’extinction des espèces aussi emblématiques du continent africain que le rhinocéros noir. A la fin des années 70, Le grand Parc Naturel de Tsavo abritait près de trente mille éléphants sur 20 900 kilomètres carrés de brousse plate et de semi-désert. Malheureusement, des milliers d’entre eux mourraient à chaque épisode de sécheresse (environ tous les dix ans). Confinés sur un territoire exigu par des agriculteurs qui protégeaient leurs récoltes, ne pouvant plus suivre leur instinct qui les poussait à migrer vers des terres plus propices, ils n’avaient d’autre choix que de transformer le parc naturel en désert. Leur population a alors peu à peu diminué. Pour sauver ses grands animaux, et le produit du tourisme vert (deuxième source de revenus après l’agriculture) le Kenya a pris la décision d’en interdire la chasse. Cette mesure fut soutenue par l’interdiction, dans de nombreux pays, du commerce de trophées et autres objets en ivoire ou en fourrure.

Avec près de 11 000 individus en 2016, le Parc National du Tsavo abrite encore aujourd’hui la plus grande population d’éléphants du Kenya. Les grands pachydermes restent toujours menacés par le braconnage illégal. Pour se décharger de toute responsabilité,  certains ont adopté un raisonnement simpliste pour reprocher au Kenya de ne pas avoir réussi à concilier préservation de la biodiversité et intérêts socio-économiques. L’explosion démographique n’a fait qu’aggraver les choses, avec une population passant de 16 millions en 1980 à 46 millions aujourd’hui. La déforestation massive, l’assèchement des zones humides, la pollution des eaux et des sols, l’exploitation massive des ressources du pays a provoqué, comme partout ailleurs, la destruction de nombreux écosystèmes. On ne compte plus les espèces animales disparues ou en voie d’extinction : rhinocéros blanc (dont la corne réputée, sans aucun fondement, aphrodisiaque se vend contre une fortune au marché noir), rhinocéros noir, antilope bubale, zèbre de Grévy, éléphant d’Afrique, lion du Kenya… Le gouvernement kenyan ne baisse pas les bras et a créé le Kenya Wildlife Service dont la stratégie repose sur la démonstration de l’intérêt pour la population de protéger les ressources naturelles du pays (“If people benefit from wildlife and other natural resources, then they will take care of these resources”). Les les générations futures pourront peut-être, elles aussi, connaitre un monde avec des éléphants d’Afrique en liberté.

Le Parc National du Serengeti

Le Parc National du Serengeti (“Grand Espace” en langue Massaï), au Nord de la Tanzanie, est un sanctuaire de près de 14 763 kilomètres carrés abritant la plupart des animaux sauvages emblématiques de l’Afrique : gnous, zèbres, antilopes, girafes, buffles, autruches, éléphants, rhinocéros, hippopotames, phacochères, lions, guépards, panthères, hyènes tachetées, crocodiles, vautours… Certaines espèces figurant sur la liste rouge des espèces menacées de l’UICN y trouvent refuge. C’est le cas du rhinocéros noir, du léopard, de l’éléphant africain et du guépard. Le Parc du Serengeti est connu pour le fabuleux spectacle qu’il offre lors des migrations annuelles de millions d’herbivores (gnous, zèbres et gazelles de Thomson). La Tanzanie, indépendante depuis 1963, l’un des pays les plus pauvres du Monde, a réussi à conserver et à agrandir le Parc National du Serengeti et l’a inscrit au Patrimoine Mondial par l’UNESCO en 1981. De nombreuses menaces pèsent encore sur le parc, en particulier la pression anthropique sur les écosystèmes en forte augmentation due à une explosion démographique en Tanzanie (8 millions d’habitants en 1961, 50 millions de 2015, prévision de 100 millions à l’horizon 2035) : élevage, irrigation, déforestation, chasse, pêche, tourisme de masse…Les fragiles écosystèmes pourraient aussi être mis en danger si le Kenya autorisait le projet de déboisement de la forêt de Mau, véritable “château d’eau” et bassin de la rivière Mara qui irrigue le parc, était déboisée. Citons aussi les effets déjà visibles du dérèglement climatique : allongement de la saison sèche, pluies plus intense provoquant l’érosion des sols. La Tanzanie a fait le choix de baser son économie sur le tourisme vert au détriment du territoire du peuple Massaï qui s’est réduit comme peau de chagrin. Le développement des “réserves naturelles”, soutenu par la communauté internationale et certaines ONG, a été une aubaine monétaire pour le pays. Il ne faudrait pas que ce peuple emblématique de l’Afrique ne conserve sa culture ancestrale que pour contenter les riches touristes venus en safari.

Le Serengeti n’est hélas pas le seul site naturel inscrit au Patrimoine mondial dont la préservation est menacée. Selon WWF, 114 sites sur 229 seraient concernés par des activités industrielles néfastes : exploration et exploitation pétrolière et gazière, extraction minière, exploitation forestière illégale, construction de grandes infrastructures routières, surpêche ou encore surexploitation des ressources en eau.

Ceux qui ont pu être sauvés de la disparition

Le retour de la loutre de mer

La loutre de mer est un petit mammifère marin plutôt maladroit sur la terre ferme mais extrêmement rapide dans l’eau. C’est un animal fort rusé qui se nourrit de petits crustacés et de coquillages dont il brise la carapace en les frappant avec une pierre plate, tout en faisant la planche sur le dos. Mais la loutre a un problème : sa fourrure soyeuse, la plus dense de tous les mammifères, attirait la convoitise des chasseurs depuis 1741, ce qui a failli entrainer la disparition de l’espèce. Elles furent chassées par dizaines de milliers, depuis l’île de Sakhaline jusqu’en en Californie en passant par l’Alaska et les îles Aléoutiennes. La chasse aux loutres de mer était devenue une activité extrêmement rentable pour les Russes qui n’hésitèrent pas à conquérir les îles Aléoutiennes, puis l’Alaska, dans le seul but d’étendre leurs territoires de chasse. L’hécatombe dura plus d’un siècle, si bien qu’en 1850, la loutre de mer canadienne était déjà considérée comme disparue sur le plan commercial. L’Alaska, presque entièrement vidé de ses populations de loutres de mer, perdit tout intérêt économique pour le gouvernement Russe qui n’hésita en 1867 à vendre cet immense territoire aux Etats-Unis. La chasse cessa d’être rentable et en 1911, on ne comptait que 1000 à 2000 individus, soit 1 % de la population initiale. Les Etats-Unis, l’Angleterre (Canada), la Russie et le Japon signèrent alors le “Traité international sur le phoque à fourrure” protégeant les loutres de mer dans la nouvelle Réserve Nationale d’Animaux Sauvages des îles Aléoutiennes. Pour accélérer la recolonisation de leur habitat naturel historique, de nombreuses tentatives de réintroduction des loutres de mer, plus ou moins couronnées de succès, ont été réalisées dans les années 1960-1970. Grâce à tous ces efforts, les loutres de mer ont recolonisé la quasi-totalité de leur ancienne zone de présence, mais avec une répartition beaucoup moins dense qu’au début du XIXème siècle. Elles sont inscrites sur la liste des espèces en danger de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Le responsable serait l’orque, obligé de mettre le petit mammifère à son menu à cause de la pénurie de phoques, pénurie sans doute due au déclin des bancs de poissons consécutif à la surpêche. Les loutres de mer sont aussi menacées par d’autres dangers, notamment la pollution des océans de plus en plus importante. La marée noire de 1965 au large de Great Sitkin (Alaska) décima une colonie de 600 individus en seulement quelques jours. Les loutres de mer recommencèrent à se multiplier et on en comptait plus de 85 000 en 2012. Ce n’est pas simplement un petit animal attendrissant à la fourrure soyeuse qui avait été ainsi sauvé, mais un maillon essentiel de l’écosystème marin côtier du Pacifique Nord.

Le retour du bison de prairie

Avant 1870, près de 60 millions de bisons sillonnaient les grandes plaines d’Amérique du Nord et se déplaçaient en énormes troupeaux (certains observateurs de l’époque ont raconté en avoir vu défiler pendant plus d’une journée). Pendant des millénaires, les tribus indiennes des plaines ont tiré leur nourriture, leurs vêtements, leurs abris et leurs outils de ces gros bovidés sauvages. Ils considéraient le bison comme un animal sacré et ne prélevaient des troupeaux que ce qui leur était nécessaire. Grâce à cette gestion durable des ressources naturelles, cet écosystème aurait pu continuer pendant encore des siècles. Malheureusement, l’homme blanc qui ne partageait pas ce respect de la nature réussit l’exploit d’anéantir en à peine 20 ans, de 1870 à 1890, pratiquement tous les troupeaux de bisons. Son but, peu glorieux, était d’abord d’affamer le peuple indien. A lui seul, le célèbre “Buffalo-Bill” (William Cody) extermina 4280 bisons en une seule saison, pour le bénéfice du Kansas Pacific Railroad. En 1884, il restait moins de 500 bisons sauvages dont la plupart furent placés en 1894 sous la protection du Parc National de Yellowstone, ce qui n’empêcha pas le massacre de continuer. Heureusement, un groupe d’écologistes, soutenus par le Président Theodore Roosevelt, fonda en 1905 l’American Bison Society pour créer des réserves naturelles pouvant accueillir des bisons sauvages. Les troupeaux se développèrent rapidement et on comptait près de 10 000 animaux à la fin des années 1970 et plus de 500 000 en 2016. C’est le premier cas américain de réintroduction réussie d’une espèce de mammifères à l’état sauvage. La population de bisons dans les parcs naturels est devenue trop importante il faut en abattre chaque année plusieurs centaines afin de réguler leur population. Pourtant les Indiens demandent depuis des années à ce que les bisons en surplus dans les parcs leur soient donnés pour les réimplanter sur leurs réserves, ce qui ne serait, après tout, qu’une infime compensation des dommages subis.

Le retour du cygne trompette

Le cygne trompette, l’un des plus grands oiseaux aquatiques, doit son nom à son cri qui évoque le son d’une trompette. Oiseau commun d’Amérique du Nord au temps des pionniers, le cygne trompette eut la malchance d’être très apprécié pour sa viande et pour son plumage destiné au marché européen. Il fut massivement chassé à partir du milieu du XIXème siècle. En 1900, l’espèce était déclarée en voie d’extinction imminente. Malgré la loi de 1918 sur les migrateurs interdisant tout commerce d’oiseaux sauvages et la protection des parcs nationaux, les braconniers continuaient à les exterminer, si bien qu’en 1935, on ne recensait que 73 survivants sur l’ensemble du territoire Nord-Américain, concentrés à Yellowstone et dans la réserve marécageuse de Red Rock Lakes (Montana). En 1958, le site de Red Rock Lakes comptait 310 cygnes trompette et la société Aubusson mis en place un programme de déplacement d’oiseaux vers d’autres réserves. En 1981, cette initiative avait déjà permis de peupler six refuges et on comptait plus de 6000 cygnes trompette en Amérique du Nord. En 2016, ils seraient plus de 26000. Le saturnisme aviaire, causé par un empoisonnement au plomb (plombs tirés pendant des décennies pour la chasse) est depuis quelques années la principale cause connue de décès des cygnes. Depuis 1987, le plomb est interdit dans les cartouches pour la chasse en zones humides.

Le retour de l’oryx d’Arabie

L’oryx d’Arabie, grande antilope originaire du Moyen-Orient et de la Péninsule arabique, est parfaitement adapté aux climats torrides du désert, pouvant survivre plusieurs jours sans eau et supporter des températures de 60°C. Mais l’oryx ne pouvait rien contre la bêtise humaine. Il était traqué par les chasseurs parce que c’était l’animal le plus rapide de la région et que, selon une croyance idiote, celui qui en tuait un faisait preuve de virilité et pouvait s’approprier sa force et sa résistance à la course. L’animal était déjà menacé d’extinction au début du XVIIIème siècle, excepté un petit troupeau sauvage que le Chah d’Iran se réservait pour ses chasses royales. Ce troupeau réussit à survivre pendant deux cent ans. Après la Seconde Guerre Mondiale les oryx furent rapidement exterminés. En 1962, le World Wild Fund (WWF) lança “l’Opération Oryx” destiné à sauver l’espèce grâce à l’élevage d’animaux en captivité. On réussit tant bien que mal à réunir un groupe de neuf animaux qui furent élevés dans le zoo de Phoenix (Arizona). La population d’oryx d’Arabie en captivité se développa, ce qui permit de créer des troupeaux dans des réserves d’animaux sauvages comme celle de San Diego (Californie). En 1972, il n’y avait plus aucun oryx à l’état sauvage et c’est grâce aux animaux captifs, issus en particulier des zoos américains, que des réintroductions furent initiées dans des sites protégés à Oman (1982), en Arabie saoudite (1990 et 1995), en Israël (1997), aux Émirats arabes unis (2007) et en Jordanie (2009). La population d’oryx d’Arabie dans le Monde s’élevait en 2011 à plus de 7000 animaux, dont seulement un millier à l’état sauvage. Grâce au succès du programme de réintroductions, l’oryx d’Arabie est la première espèce à être passée du statut UICN “éteinte à l’état sauvage” à “menacée” (1986) puis simplement “vulnérable” (2011). 

Le retour de l’oie d’Hawaï

L’île hawaiienne d’Oahu (où se trouve Honolulu) comptait plus de 25 000 oies néné, une espèce endémique, lorsqu’en 1788 le capitaine Cook y débarqua pour la première fois. L’arrivée des baleiniers au XIXème siècle marqua le début du déclin de l’espèce. Il faut dire qu’il n’y avait rien de plus simple que de tuer ces oiseaux. Il suffisait de les ramasser lorsqu’ils se rassemblaient pendant la période de mue d’été dans les cratères des volcans éteints, alors qu’elles avaient perdu les plumes de leurs ailes et qu’elles ne pouvaient plus voler. C’était d’autant plus facile qu’elles ne craignaient pas l’homme qui n’était pas identifié comme prédateur naturel. Les chiens, chats, rats et mangoustes introduits par les colons européens dévorèrent leur part d’œufs et de poussins dans les nids construits à même le sol. En 1846, il ne restait plus qu’une douzaine d’oies néné à Hawaï dont la chasse ne fut pourtant interdite qu’en 1911. A partir de 1918, des élevages d’oies néné se développèrent à Hawaï, puis en 1950 en Angleterre. En 1955, pratiquement toutes les oies néné du monde vivaient en captivité. L’État de Hawaï lança alors un programme de réintroduction de l’espèce dans son milieu naturel et au milieu des années 1970, on en comptait déjà plus d’un millier vivant à l’état sauvage. L’oie néné est encore aujourd’hui une espèce considérée comme vulnérable par l’UICN.

 Le  retour de la vigogne

La vigogne est un petit camélidé vivant sur les hauts plateaux des Andes, à plus de 4000 mètres d’altitude, que les Incas, mis à part les nobles, n’avaient pas le droit de chasser. Les brins de leur laine étaient deux fois plus fins que ceux des meilleurs mérinos et il fallait 12 toisons entières pour réaliser un seul mètre de tissu. Dès leur arrivée, les espagnols se mirent rapidement à massacrer les vigognes pour en vendre les toisons. Abattre tout un troupeau de vigognes était chose aisée. Il suffisait de tuer le mâle dominant qui s’avançait généralement devant les intrus pour protéger les siens, puis d’exterminer le reste du troupeau qui revenait toujours sur les lieux du massacre. En 1900, il restait près d’un million de vigognes au Pérou et en Bolivie. Les techniques modernes de chasse (fusils à lunette, hélicoptères…) ne laissèrent aucune chance à l’animal, si bien qu’il n’en restait plus que 100 000 en 1950 et 10 000 à la fin des années 70. En 1969, le Pérou et la Bolivie signèrent un traité interdisant de tuer des vigognes, suivis peu après par le Chili et l’Argentine. En 1970, la vigogne fut inscrite sur la liste UICN des espèces rares et menacées. Des réserves naturelles, comme celle de Pampa Galéras, dans les monts Ayacucho au Pérou, furent créées pour préserver la vigogne dont la population se remit à croitre (environ 200 000 individus aujourd’hui). Un marché noir existe depuis des décennies pour la laine de vigogne vendue à des sommes très élevées, parfois à des maisons de haute couture telles que Dior. Il faut dire que la laine de vigogne est exceptionnellement rare et coûte 8 à 10 fois plus cher à produire que le cachemire ! Malgré tout, la croissance démographique de l’espèce s’est poursuivie et la population était estimée à 150 000 en 2008. La société italienne Loro Piana, filiale de LVMH, a créé deux réserves privées, au Pérou et  en Argentine, pour élever des vigognes en semi-liberté, allant même jusqu’à revendiquer d’avoir sauvé l’espèce andine. Il n’en demeure pas moins que c’est la demande qui crée le marché et l’engouement pour la laine de vigogne provoque une augmentation des prix qui attire certaines convoitises.

Le retour de l’alligator du Mississippi

Il y a un peu plus d’un siècle, les alligators du Mississippi étaient présents en grand nombre dans chaque rivière, chaque bayou, chaque marais du Sud-Est des Etats-Unis. Ils avaient la malchance d’être recouverts d’une peau dont le cuir était devenu à la mode, ce qui a provoqué leur massacre. Au moins 10 millions d’alligators ont été tués entre 1800 et 1940 pour finir en bottes, ceinturons et selles de cheval. En 1960, plus de 90% des alligators américains avaient disparu. La Floride n’a interdit la chasse à l’alligator qu’en 1961, suivie de la Louisiane, puis de l’ensemble des États américains. Le braconnage continuait cependant à rapporter des fortunes (1 million de dollars rien qu’à Miami en 1965, pour près de 50 000 peaux vendues clandestinement). En Louisiane, les lois sur le braconnage se durcirent sérieusement, ce qui permit de repeupler peu à peu les marais, si bien qu’en 1976, la population d’alligators y était remontée à près de 200 000 individus. L’espèce n’était plus en voie d’extinction et on estimait leur nombre sur l’ensemble du pays à 800 000 à la fin des années 1970. Il y a aujourd’hui plus d’un million d’alligators du Mississippi aux Etats-Unis et chaque année des milliers de plaintes sont enregistrées de la part d’habitants qui se plaignent d’avoir un spécimen dans leur jardin ou leur piscine.

Le retour de la grue blanche d’Amérique

La plupart des zones humides dans lesquelles vit la grue blanche d’Amérique ont pratiquement disparu et l’espèce n’a pas su s’adapter au changement. A l’arrivée des européens, il n’y avait plus qu’environ 1500 spécimens, concentrés sur un petit territoire compris entre le golfe du Mexique et la Saskatchewan au Canada. Entre 1870 et 1900, les colons asséchèrent les marais pour les besoins de l’agriculture et de l’élevage et pour construire des villes et des routes. Cette destruction de leur habitat naturel provoqua l’extermination de 90% des grues restantes. Déjà en 1900, l’espèce était considérée en voie d’extinction et un spécimen empaillé du Smithsonian Institute portait même l’inscription “presque éteint” aux côtés d’un grand pingouin et de neuf pigeons migrateurs américains. Des réserves naturelles furent créées pour sauver les oies survivantes d’abord en 1937 (Réserve Nationale de l’Arkansas), puis en 1959 au Canada (Réserve de Wood Buffalo). Grâce à réseau de vigilance efficace, la population de grues blanches augmenta pour atteindre 109 individus en 1979. En 2015 il n’y avait encore que 161 grues en captivité et 462 en liberté. Si la chasse excessive, la dégradation de l’habitat et les perturbations humaines ont causé le déclin de l’espèce, les principales causes de décès chez ces oiseaux sont aujourd’hui la collision avec les lignes électriques haute-tension, la diversité génétique limitée et la dégradation de l’habitat. La grue blanche d’Amérique est inscrite sur la liste rouge UICN des espèces en danger. Des efforts intensifs de réintroduction d’oiseau captifs dans leur milieu naturel (humains déguisés en grues blanches, petits avions blancs utilisés comme oiseaux “parents” pour guider les juvéniles lors de leur premier voyage vers leur aire d’hivernage) ont connu un succès mitigé.

Le retour du condor de Californie

Il pouvait aussi arriver de ne pas trouver d’espace propice pour la réintroduction d’une espèce préservée en captivité dans les zoos. C’était le cas du condor de Californie, espèces endémiques du Nord de los Angeles dont il ne restait plus que trente spécimens à la fin des années 1970. Victimes du développement urbain et de la pollution qui détruisaient leur habitat montagneux, ces grands rapaces ne se reproduisaient plus à l’état sauvage. La plupart de ces oiseaux charognards mourraient intoxiqués par le plomb dans les carcasses du bétail abattu par les fermiers locaux. En 1985, on ne comptait plus que 9 spécimens en Californie à l’état sauvage et il fut décidé de tous les capturer pour tenter de sauver l’espèce. A partir de 1992, les premiers condors élevés en captivité furent réintroduits dans leur habitat naturel dans les montagnes de Californie et au dessus des grands canyons de l’Arizona. Pour éviter de reproduire les erreurs du passé, le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger, a signé une loi en 2007 qui interdit l’usage de munitions au plomb par les chasseurs dans les zones où vivent les condors de Californie. Ce fut relativement efficace, puisqu’en 2012 il y avait en Californie environ 400 condors, dont près de 226 à l’état sauvage. Malgré tout, le condor de Californie reste inscrit sue la liste rouge de l’UICN des espèces en danger critique.

Pour éviter que ne se reproduise le cas du condor de Californie, certaines zones écologiques furent choisies sous les hospices de l’UNESCO comme types d’écosystèmes à protéger en priorité, et à consacrer à la conservation de la nature et à la recherche scientifique. Ce vaste programme, intitulé “l’homme et la biosphère” (MAB) proposait de fermer de telles zones à toute exploitation économique. Les “réserves de biosphère” choisies devaient être suffisamment vastes pour accueillir des populations d’espèces menacées suffisamment importantes pour éviter les problèmes de consanguinité. Elles devaient être entourées de zones tampons afin de limiter le braconnage, la pollution et le tourisme de masse. En 1981, 57 biosphères avaient été créées et il en existait 669 en 2016, réparties dans 120 pays.

Il n’est plus question aujourd’hui de se contenter de sauver, comme ce cher Noé, un couple de chaque espèce et d’attendre qu’il arrête de pleuvoir. D’autant plus que ce n’est plus simplement de l’eau qui tombe, mais des pesticides, des pluies acides, des métaux lourds et autres polluants toxiques. Il n’est plus question de se contenter de conserver dans des zoos les espèces en voie d’extinction. Il est indispensable de préserver l’habitat naturel dans lequel les animaux pourront être réintroduits à l’état sauvage. “Il ne servira à rien de pouvoir, un jour futur, recréer un tigre à partir de son matériel génétique congelé, si la Terre devient un désert de béton, de poussière, de macadam et de déchets de toutes sortes.

La science au secours de la biodiversité

Des cellules de tigre congelées

Depuis une cinquantaine d’années, les opérations de sauvetage d’espèces animales en danger d’extinction se sont multipliées, certaines avec un certain succès, comme les parcs zoologiques. Ainsi, depuis les années 1970, il y a d’avantage de tigres de Sibérie en captivité que dans les contrées sauvages sibériennes (on estime qu’il subsiste aujourd’hui quelques 450 tigres de Sibérie vivant à l’état sauvage). Autre exemple, le petit cheval de Prjevalski, jamais domestiqué, n’existait plus que dans les zoos à partir desquels ils a pu, dans les années 1990, être réintroduits à l’état sauvage dans différentes régions et notamment en Mongolie (habitat naturel), en République populaire de Chine, en France, en Espagne et même en Ukraine, sur le site de Tchernobyl. Le cheval de Prjevalski dont on peut estimer la population actuelle à de 2 000 individus est inscrit sur la liste rouge de l’UICN des espèces en danger. Si les parcs zoologiques étaient un moyen de recréer un état sauvage en miniature, d’autres procédés de conservation des espèces en danger sont parfois utilisés, comme la cryoconservation de banques de cellules (azote liquide) dont le zoo de San Diego fut un précurseur (1976). A ce jour, il a déjà récolté plus de 8400 prélèvements sur plus de 800 espèces en danger ou disparues. Les progrès en matière de cryoconservation permettent aujourd’hui d’entrevoir de nouvelles possibilités. Ainsi, des chercheurs japonais ont réussi à ramener à la vie, après  plus de 30 ans de congélation (1983-2014), un spécimen adulte d’oursons d’eau, un animal marin microscopique de l’océan Antarctique. Bien entendu, nous ne sommes pas aussi résistants à la cryoconservation que ces animaux primitifs qui ont la possibilité d’entrer en cryptobiose, un état proche de la non-vie, durant lequel l’activité vitale devient presque indécelable en s’abaissant à 0,01 % de la normale. De là à redonner naissance au Mammouth à partir de dépouilles congelées pendant plus de 12 000 ans, il reste un fossé que seuls les scénaristes ont franchi jusqu’à présent…

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