Des fermes minuscules

Des fermes minuscules

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 493-494

 

John Jeavons décrivait dans le magazine “Science 80” une méthode de culture basée à la fois sur des technologies modernes et des traditions ancestrales, et qui permettait d’obtenir des rendements bien plus élevés qu’ailleurs. En 1974 , il écrivait un livre sur le sujet : “How to grow more vegetables (and fruits, nuts, berries, grains, and other crops) than you ever thought possible on less land than you can imagine” (Comment faire pousser plus de légumes (de fruits, de noix, de baies, de grain, et d’autres cultures) que vous n’auriez jamais cru possible sur moins de terres que vous pouvez imaginer). Les récoltes obtenues étaient quatre fois plus abondantes que la moyenne (et même seize fois plus pour le potiron). Cette méthode, expérimentée par l’horticulteur anglais Alan Chadwick, a éveillé l’attention de la FAO et a été testée dans des pays en voie de développement comme le Honduras, la Colombie et l’Indonésie.
Il s’agissait de mode de culture associant différentes variétés (plantes mutuellement bénéfiques, reconstitution d’écosystèmes) sur des buttes de quelques dizaines de centimètres (favorise l’irrigation et l’aération des sols), en plantations serrées (agencement naturel, augmente les rendements), sous paillage (conservation de l’humidité, absence de “mauvaise herbes”), et sur un apport de compost naturel (issu des végétaux produits sur place). Les variétés anciennes, souvent plus résistantes aux maladies cryptogamiques et aux insectes ravageurs, étaient privilégiées.
J. Jeavons a aussi inventé divers instruments pour faciliter la mise en pratique de sa méthode (batteuse ressemblant à une bicyclette, nouveau système d’arrosage…). Selon lui, il était tout à fait possible de faire pousser en quatre mois, sur 80 m2 de terre, assez de fruits et légumes pour nourrir une personne pendant un an. Il envisageait même de doubler la production dans les régions tempérées méridionales bénéficiant de deux récoltes par saison. Il fallait en Inde pas moins de 900 m2 pour obtenir un régime alimentaire similaire et 600 m2 aux Etats-Unis pour nourrir une personne pendant un an.

J. Jeavons est, avec A. Chadwick, l’un des pionniers de la permaculture et de l’agroécologie en général. Il s’était inspiré des jardins maraîchers parisiens du XIX° siècle (Montrouge, Châtillon, Montreuil, Aubervilliers, Saint-Denis, Noisy-le-sec…). Les maraichers avaient développé des méthodes de maraîchage sur couche chaude qui permettaient d’excellents rendements à l’hectare. Dans les années 70, il y avait beaucoup moins de chevaux que dans le Paris du XIX° siècle et le crottin a été remplacé par du compost issu des végétaux produits sur place. Au XIX° siècle, les maraîchers réalisaient de véritables prouesses pour assurer l’autosuffisance de Paris en légumes. Leurs méthodes avaient fait l’objet d’un manuel publié en 1844 par la Société royale d’horticulture, le “Manuel pratique de la culture maraîchère de Paris”. J. G. Moreau et Jean-Jacques Daverne avaient écrit ce livre pour transmettre leur savoir-faire qu’ils sentaient menacé par l’urbanisation. L’histoire démontrera qu’ils avaient vu juste.

La permaculture peut être considérée comme une héritière des jardins maraîchers du XIX° siècle et des microfermes de J. Jeavons et A. Chadwick. Cette méthode créée dans les années soixante-dix en Australie par Bill Molisson et David Holmgren, est basée elle aussi sur le respect des écosystèmes. La permaculture repose sur 3 principes éthiques : prendre soin de la Terre, prendre soin des Hommes, partager équitablement les ressources. Ce modèle d’agriculture durable a été expérimenté avec succès dans de nombreuses microfermes de la planète, par exemple sur la célèbre ferme du Bec Hellouin (Eure).

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