De l’amiante partout

De l’amiante partout

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Le travail, les loisirs – page 566-567

Au cinquième siècle avant JC, les Grecs utilisaient des mèches de lampe en “chanvre des Carpathes”; plus tard, les Romains se servaient de ce matériau pour la fabrication de tissus de crémation funéraire. Des écrits de cette époque prouvent que le danger de l’amiante est connu depuis longtemps et décrivent des accidents pulmonaires chez les esclaves chargés de tisser ces fibres. Cette information fut oubliée durant des siècles et ce n’est que dans les années 1880 qu’on s’y intéressa à nouveau. En 1930, une étude britannique établit le lien entre travail dans les mines d’amiante et affections pulmonaires. Elle fut suivie de beaucoup d’autres… Une publication du Dr Irving Selikoff (Hôpital Mount Sinaï de New-York) parue en 1964 démontra pour la première fois la relation entre cancer du poumon et travail sur des matériaux isolants à base d’amiante.

Les fibres d’amiante, qui ne se décomposent pas, peuvent parcourir des centaines de kilomètres de leur point d’émission, portées par le vent et l’eau. Les fibrilles, de 400 à 500 fois moins épaisses qu’un cheveu, peuvent pénétrer à l’intérieur des poumons et provoquer des maladies respiratoires  impossible à traiter dans les années 70 et souvent fatales : plaques pleurales, mésothéliome (cancers de la plèvre), asbestose (fibroses). Les symptômes peuvent ne se déclarer que des dizaines d’années après l’exposition.

A la fin des années 70, le matériau anti-feu, isolant thermique et phonique, était présent un peu partout, dans environ 3000 produits : garnitures de freins, embrayages, revêtements de sol, ciments, bitumes, peintures, garnitures de canalisations d’eau chaude, vêtements ignifugés, rideaux de théâtre, certains pesticides…. La destruction de bâtiments libérait dans l’air des quantités importantes de fibres d’amiante. Il n’y avait aucune restriction pour utiliser des filtres d’amiante dans le domaine des boissons, par exemple pour filtrer du vin.

Entre les années 40 et 70, on estime que dans le monde une dizaine de millions de travailleurs ont été exposés à l’amiante, dont 2 millions dans l’industrie automobile et 3,5 millions dans la construction navale. A la fin des années 70 on estimait que près de 2 millions d’entre eux risquaient de mourir de cancers liés à l’amiante, soit un risque douze fois plus élevé que dans la population. Ceux qui fumaient multipliaient le risque d’un facteur huit par rapport aux travailleurs non-fumeurs. Plus grave encore, les ouvriers de l’amiante rapportaient leur poison à la maison, dans leurs vêtements, risquant de contaminer toute leur famille.

Aux Etats-Unis, le Service de la Santé Publique a recommandé dès 1938 la limitation de l’exposition des travailleurs à l’amiante. Mais il faudra attendre 1970 pour qu’une première loi soit promulguée et encore plus longtemps pour qu’elle s’applique vraiment. A la fin des années 70, il existait déjà des produits de remplacement, tels que le ciment renforcé par le verre, la fibre de verre, le polyuréthane ou d’autres matériaux synthétique encore onéreux. En attendant, on se contentait de revêtir les produits en amiante d’une couche de protection pour éviter le flocage.

amiante fibres

Le commerce de l’amiante est en forte décroissance depuis les années 1990. Depuis son interdiction au Danemark en 1972, 67 pays l’ont interdit, soit complètement, soit sous certaines formes.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’amiante ferait encore chaque année 107 000 victimes dans le monde et le bilan va empirer durant les décennies suivantes. On estime qu’actuellement environ 1,8 milliard de tonnes sont utilisées dans le monde. En 2017, la Russie (50%), la Chine, le Kazakhstan et le Brésil représentent plus de 90 % de la production mondiale. Depuis que l’Europe a prohibé les fibres mortelles, les producteurs ont trouvé de nouveaux marchés dans les pays en développement, en particulier en Asie : Inde (318 670 tonnes en 2015), Indonésie (120 458), Viêtnam (61 282), Ouzbékistan (56 051). Un désastre sanitaire semble inévitable…

Bien que ce matériau hautement cancérogène ait été interdit en France 1997, il en reste encore près de vingt millions de tonnes dans des dizaines de milliers de bâtiments et environ 3000 personnes sont terrassées chaque année par ce tueur silencieux. La valeur limite d’exposition professionnelle a été progressivement diminuée et passée à 10 fibres par litre en 2015, contre 100 auparavant.

L’amiante peut être remplacé, sans les risques,  dans certaines applications de protection contre les hautes températures et d’isolant électrique par le mica se présentant sous forme de paillettes. Près de 90 % des producteurs vinicoles en Europe utilisent encore des filtres à vin en amiante, toujours autorisés.

 

 

 

 

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