Conséquences inattendues

Effet papillon

Effet papillon

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Leçons non apprises, effets pervers – pages 161-163

 

En 1981, l’Almanach Cousteau de l’Environnement citait quelques exemples à travers le monde de conséquences inattendues de certaines décisions humaines sur l’environnement. Puisque tout est intimement lié dans un écosystème devenu global avec la mondialisation, une petite perturbation peut avoir des effets désastreux. C’est l’effet papillon, lié au fait que le monde est soumis à des lois chaotiques, c’est à dire imprévisibles à long terme car infiniment complexe. Ne pas tenir compte de cette réalité, c’est véritablement jouer aux apprentis sorciers.

L’instabilité politique du Portugal avant les années 80 avait perturbé la filière du liège à tel point qu’il s’en est suivi une pénurie mondiale qui a permis la généralisation des bouchons en plastique. Aujourd’hui, le Portugal est toujours le premier producteur mondial de liège (50%), suivi de l’Espagne (30%). Par contre les bouchons de plastique sont restés.

En Bavière, les passages prévus à la fin des années 70 pour préserver les amphibiens des automobiles lors des périodes de reproduction ont aussi permis de réduire significativement les accidents. Aujourd’hui, ce type d’initiative a été adopté dans de nombreux pays, en particulier en Europe. C’est une bonne chose quand on sait que 41 % des 7 500 espèces d’amphibiens sont menacées d’extinction.

Le Bangladesh exportait en 1981 près de 1 700 tonnes de cuisses de grenouilles. Ce prélèvement massif de prédateurs naturels a provoqué un accroissement massif d’insectes et un recours grandissant aux pesticides. Cette exploitation irraisonnée a aussi gravement réduit la population de batraciens du Bangladesh et c’est l’Indonésie qui est devenue le principal producteur de cuisses de grenouilles jusqu’à l’extinction finale de l’espèce. C’est d’ailleurs pour éviter cette situation que la capture de grenouilles à des fins commerciales est interdite en France depuis 1980. Pensez-y lorsque vous dégusterez des cuisses de grenouilles.

Les essais nucléaires français en Polynésie provoquèrent l’intoxication des poissons, non pas à cause des radiations, mais parce qu’ils se nourrissaient d’algues contaminées par des microorganismes proliférant suite à un bouleversement de leur environnement.

Des centaines de milliers de poissons morts en Floride

Hécatombe de poissons en Floride (2016)

En 1977 et en 1979 des centaines de milliers de poissons s’échouèrent sur les plages près de l’embouchure du Rio de la Plata, contaminés par des produits chimiques déversés en amont. Depuis, on ne compte plus le nombre de catastrophes de ce genre. Citons, rien que pour le début de l’année 2016, les centaines de milliers de poissons intoxiqués en Floride suite à des pluies massives qui se sont chargées de pesticides, ou les centaines de tonnes de palourdes et de poissons morts au Vietnam à cause des effluents d’une aciérie.

Dans des villes comme Sidney et Johannesburg, les gaz d’échappement ont provoqué dans les années 80 une augmentation des cas de saturnisme chez l’enfant. L’essence sans plomb, rendue obligatoire dans l’Union Européenne en janvier 2000, a permis de supprimer ce problème. Mais, ne nous y trompons pas : ce n’est pas des préoccupations écologiques ou de santé qui ont conduit à la suppression du plomb dans l’essence. Les sels de plomb étaient incompatibles avec les pots catalytiques que l’on installait  sur un nombre de plus en plus important d’automobile.

Au Kenya, dans les années 20, des occidentaux encouragèrent la pisciculture, notamment la production du tilapia. Il manqua de main d’œuvre pour s’occuper des quelques 10 000 bassins qui devinrent de véritables pouponnières à moustiques vecteurs de la malaria. La production de poissons d’élevage au Kenya n’a pas progressé depuis 1985 (environ 1 000 tonnes / an) mais la malaria y est la principale cause de mortalité. Au Guyana, la mise en place de la culture du riz à la place de celle du maïs et de la cassave eut les mêmes conséquences.

En mars 1979, un agriculteur de l’état américain de New York causa la mort d’environ 10 000 oiseaux en traitant son champ avec de l’engrais sous forme de boulettes que les volatiles confondirent avec de la nourriture. C’est beaucoup, mais moins que les centaines de millions d’oiseaux qui meurent chaque année (soit environ 10% de la population d’oiseaux totale du pays) en percutant les vitres des immeubles américains, attirés par les lumières artificielles permanentes.

En 1981 on parlait déjà des sacs plastiques abandonnés dans les forêts et qui tuaient les animaux par occlusion intestinale. Aujourd’hui on parle carrément d’un 7ème continent de sacs plastique dans l’Atlantique Nord. Et dans 35 ans, de quoi parlera-t-on ?

Aux Maldives, la déforestation priva les rats de fruits et ceux-ci détruisirent la moitié de la récolte de noix de coco, principal produit d’exportation du pays. Aujourd’hui, la forêt ne couvre plus que 3,3% de ces îles dont l’économie est basée sur le tourisme de masse et qui ne se préoccupent pas plus de l’environnement qu’au début des années 80 : L’île de Thilafushi a été transformée en déchetterie à ciel ouvert où les ordures sont brûlées sans précaution par des travailleurs précaires.

En 1981, le châtaignier américain avait presque totalement disparu à cause d’un parasite arrivé du Japon en 1904 sur un végétal destiné au Jardin des Plantes de New York. Ces châtaigniers représentaient un quart des arbres présents dans les Appalaches, soit près de 3 milliards d’individus. Il n’en resterait aujourd’hui que quelques centaines dans cette zone. Autre cas, 13 millions d’ormes ont été détruits aux États Unis entre 1930 et 1980 à cause d’une maladie portée par du bois importé des Pays-Bas (graphiose de l’orme). La population de l’orme a pratiquement été éradiquée dans certaines régions des Etats-Unis. Conséquence de la mondialisation, la graphiose est revenue en Europe dans les années 70 et continue ses ravages. Pour empêcher que ne se renouvelle ce type de  propagation de maladies et de prédateurs via les marchandises issues de l’agriculture, la FAO a lancé en mars 2015 la certification phytosanitaire électronique e-Phyto.

 

2 Comments:

  1. A Madagascar, le gouvernement a depuis 2006 suspendu tous les permis d’exploitation des bois au niveau des forêts naturelles. Cette mesure a été prise dans le but d’assainir la filière et de mettre en place une stratégie visant la durabilité de l’exploitation. Malheureusement, le processus d’assainissement n’a pas été poursuivi alors que la levée d’exploitation n’a pas eu lieu jusqu’à maintenant. Or les marchés de bois dans toute île sont toujours inondés par des bois coupés des forêts naturelles, à travers des exploitations illicites. En tant qu’illicites, elles sont menées de manière irrationnelle et constituent un facteur de dégradation rapide à la fois des ressources naturelles et de l’activité des opérateurs légaux.
    Il faut que le gouvernement affiche une détermination pour poursuivre l’assainissement tout en cherchant à faire émerger de vrais exploitants forestiers légaux et professionnels.

  2. Nos espèces animales et végétales sont laissées pour compte .Nous avions dans nos côtes guinéennes de nombreuses espèces de poissons qui malheureusement subissent non seulement la pêche illicite mais aussi une pollution de matières plastiques et d’eaux usées. L’on doit souvent se mettre à la place de ces espèces qui ont besoin de vivre dans leur milieu décent .Les protéger est une obligation .Si les hommes aussi étaient empêchés dans leur façon de vivre et d’être est -ce l’humanité allait connaître un progrès.Nous sommes en paix créons la paix aux animaux et végétaux.

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