Comment fabriquer une vache ?

Comment fabriquer une vache ?

Manger, boire, respirer

Dans les années 70, les médias nous alertaient continuellement sur la détérioration de la qualité des aliments. Ce matraquage d’informations plus ou moins vérifiées et justifiées avait provoqué chez la population soit du scepticisme soit du fatalisme, rarement une révolte. Dans ce chapitre, l’Almanach Cousteau de l’Environnement rassemblait quelques faits réellement inquiétants concernant l’industrie agroalimentaire, tout en proposant des solutions pour mieux se nourrir. Il était déjà question d’additifs chimiques, de régime hyper-carné, de gaspillage d’énergie, de diminution des réserves d’eau potable, de pollution. Manger, boire, respirer, assouvir ces besoins vitaux étaient devenu risqués.

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Boire, manger, respirer – pages 486-488

Elevage intensif USA

 

En 1980, l’Almanach Cousteau de l’Environnement donnait la recette pour fabriquer une vache. Il fallait une vache gestante (9 mois), quelques 3 hectares de pâturage, 5,5 tonnes de fourrage, 1,2 tonnes de graines de céréales, 150 kg de soja, 5 millions de litres d’eau, 500 litres de produits pétrolier (fabrication d’engrais, carburant des engins agricoles, pompage de l’eau d’irrigation…), quelques dizaines de kg d’engrais, des pesticides (désherbant 2,4-D… pour les cultures de soja et de céréales), des hormones (acétate de Melengestrol et diéthylstilbestrol pour la prise de poids), des antibiotiques…

Le veau à la naissance faisait environ 40 kg, était sevré à 6 mois et consommait près de 5,5 tonnes de fourrages pour atteindre 325 kg à 16 mois. A 24 mois, la vache était alors enfermée dans une étable, avec un espace vital réduit à son minimum, pour y être engraissée avec des céréales et du soja afin de gagner au moins 1 kg par jour. La promiscuité entre animaux favorisant l’apparition de maladies, des antibiotiques étaient mélangés à la nourriture. Au bout de 4 mois de régime gargantuesque, l’animal qui pesait 450 à 500 kg était prêt pour l’abattoir. Il donnait près de 200 kg de viande, soit l’équivalent de 2 000 portions de 100 g. C’était très peu lorsqu’on compare avec les quelques 20 000 portions qui auraient été réalisées à partir des 1,2 t de graines de céréales et 150 kg de soja utilisés pour le nourrir. Le rendement de l’élevage bovin était catastrophique : Comparé à la même quantité de protéines végétales, la production de protéines de bœuf nécessitait 3 fois plus de terres, 10 fois plus d’engrais, 15 fois plus d’eau, 18 fois plus d’énergie…

Depuis la fin des années 70, l’impact de l’élevage bovin sur l’environnement et les équilibres socioéconomiques est de plus en plus catastrophique. 70 % des surfaces agricoles mondiales sont utilisées pour l’élevage, directement (pâturage) ou indirectement (céréales et oléagineux destinés à l’alimentation animale). Le bilan carbone de la filière est particulièrement mauvais et les spécialistes estiment que la production d’un kg de viande bovine en France génère près de 13 kg d’équivalent CO2 (ADEME). Il faudrait aujourd’hui quelque 15 000 litres d’eau pour produire un kg de viande de bœuf, soit environ 6 fois plus que pour produire la quantité équivalente de protéines à partir de céréales (Water Footprint network). L’utilisation de produits chimiques dans les élevages n’a pas diminué depuis la fin des années 70, bien au contraire. Si en janvier 1988, la Commission européenne a décrété l’interdiction totale des anabolisants dans l’élevage des animaux, aux États-Unis, la quasi-totalité de la viande abattue (> 95 %) est encore traitée aux hormones. Pour ce qui est des antibiotiques, l’élevage mondial devrait en utiliser plus de 106 000 tonnes en 2030, soit une augmentation de 67% par rapport à 2010. On utilise en Europe deux fois plus d’antibiotiques pour les animaux qu’en médecine humaine Cette consommation d’antibiotiques vétérinaires s’ajoute à celle des antibiotiques pour la santé humaine, augmentant significativement le risque d’apparition souches bactériennes multirésistantes. L’Organisation Mondiale de la Santé recommande depuis de nombreuses années que la filière élevage cesse de traiter systématiquement les animaux aux antibiotiques, et privilégie des pratiques d’élevage plus respectueuses du bien-être animal.

(lire articles “Statistiques de l’alimentation“, “Un simple hamburger“)

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