Les combustibles de synthèse

 

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Perspectives – pages 46-47

Extraction de sables bitumineux en Alberta

Extraction de sables bitumineux en Alberta

Le 15 juillet 1979 le Président des USA, Jimmy Carter, lançait sa proposition de programme de développement d’une industrie de combustibles de synthèse (à partir de minerais comme le charbon), avec comme objectif de produire à l’horizon 1990 2,5 millions de barils de pétrole par jour, soit 12,5% de la consommation intérieure. Il prenait comme référence l’Allemagne qui, pour contourner le blocus, avait produit ce type de combustible pendant la seconde guerre mondiale. De son côté, l’Afrique du Sud produisait 10 000 barils par jour, à partir du charbon extrait par des travailleurs noirs sous-payés (sinon la rentabilité n’aurait pas été suffisante). La production à partir du charbon était basée sur une gazéification suivie d’une liquéfaction. Ce procédé génère énormément de produits toxiques comme le 3,4-benzopyrène cancérigène, mais aussi du gaz carboniques, du dioxyde de souffre et des oxydes d’azote qui contribuent au réchauffement climatique.

Le Canada produisait à la fin des années 70 quelques 150 000 barils de pétrole à partir des sables bitumineux de l’Alberta, au détriment de l’environnement (pollution des eaux et de l’air).

Les schistes bitumineux du Colorado, de l’Utah et du Wyoming devaient permettre de produire quelques 200 milliards de barils, soit beaucoup plus que les réserves de pétrole américaines. La technique d’extraction exige de broyer et chauffer les schistes à 500°C en absence d’air pour liquéfier les hydrocarbures (kérogènes). Ce procédé de pyrolyse entraine la formation de vapeur qui est ensuite distillée pour produire du gaz et de l’huile de schiste. La production de 1 million de barils de pétrole exigeait la consommation de 5 millions de barils d’eau et rejetait 1,8 million de tonnes de roches.

En 1981 il était aussi beaucoup question de produire de l’éthanol à partir de la fermentation des déchets agricoles (biomasse). Le bioéthanol pouvait être mélangé à de l’essence (rapport 1/9) pour fabriquer un nouveau carburant : le gasohol. En 1981 les auteurs de “l’Almanach Cousteau de l’Environnement” écrivaient : “Il faut veiller à ce que les agriculteurs – surtout ceux des pays sous-développés – ne se tournent vers la production de pétrole vert pour les automobiles, au détriment des cultures vivrières.”. Ils étaient quand même un peu visionnaires. (lire article sur le gasohol).

En 1981 le coût de ces combustibles de synthèse était encore trop élevé (40 $ /baril) par rapport au pétrole (17 $/baril en 1979) et n’étaient pas encore présentés comme des solutions économiquement pertinentes.

 

Qu’avons-nous fait depuis ces 35 dernières années ?

Une fois encore, Cassandre avait vu juste et personne ne l’a entendue. Triste Cassandre… Les cours de pétrole vont atteindre des niveau très élevés, dans un délai de 10 ans correspondant à ce qu’on appelle le “peak oil”, le moment où la production de pétrole commencera à décliner à cause de l’épuisement des réserves. Dès lors, il est à parier que tout sera fait pour exploiter la moindre goutte de pétrole des schistes et sables bitumineux.

 

Schistes bitumineux

Au cours de ces dernières années, profitant d’une forte augmentation du cours du pétrole brut, le schiste bitumineux est devenu très rentable, et certains États, comme les USA, n’ont pas hésité à se lancer dans l’exploitation massive de ce pétrole de synthèse. Selon l’United States Energy Information Administration, 2800 à 3100 milliards de barils de pétrole pourraient être produits à l’échelle planétaire à partir de schistes bitumineux (les réserves de pétrole brut sont actuellement estimées à 1700 milliards).

Les procédés modernes d’extraction d’huile de schiste restent fortement dommageables pour l’environnement : pollution des eaux par des métaux lourds, érosion, émissions de gaz à effet de serre (4 à 5 fois plus de CO2 que le pétrole conventionnel.), consommation de gigantesques quantités d’eau (5 volumes d’eau par volume de pétrole)… Le fluide de fracturation hydraulique utilisé contient notamment toutes sortes de produits chimiques plus ou moins nocifs, voire toxiques, pour l’environnement et pouvant affecter la santé humaine : polyacrylamide, isopropanol, xylène-sulfonate de sodium, hypochlorite de sodium, méthanol, acide chlorhydrique.

La chute des cours du pétrole depuis l’été 2014, conséquence logique de l’exploitation des schistes bitumineux, a entrainé une baisse significative de rendement économique de cette filière. Mais il est à parier que le lobby du pétrole ne renoncera pas à une telle manne et dès que les cours remonteront, la ruée vers le “pétrole sale” va reprendre de plus belle, au détriment de notre belle planète et de la santé de ses habitants.

 

Sables bitumineux

Un sable bitumineux est un mélange de bitume (pétrole brut semi-solide), de sable, d’argile minérale et d’eau. Les principaux gisements sont concentrés sur l’Alberta (Canada) et le bassin du fleuve Orénoque (Venezuela). Le sable bitumineux contenant en moyenne 10-12 % de bitume, il est nécessaire de traiter deux tonnes de sables pour n’obtenir qu’un seul baril de bitume. Ainsi en 2012, pas moins de 112 millions de m3 de sables ont été nécessaires pour la production de 704 millions de barils de bitume brut au Canada.

L’exploitation de mines à ciel ouvert de sables bitumineux nécessite de raser la forêt boréale. Si l’industrie minière affirme que cette dernière pourra reprendre sa place sur les terrains épuisés, il n’existe aucun cas de terrain restauré plus de trente ans après l’ouverture de la première mine dans la région du Fort McMurray en Alberta. Ce qui était prévisible quand on sait que les tourbières nécessitent plusieurs milliers d’années pour se former. Pour les sables enfouis plus profondément (>75 mètres) de la vapeur d’eau à haute pression (~ 300 °C – 110 bar) est injectée pour fluidifier le bitume.

L’extraction du schiste bitumineux a un impact effroyable sur l’environnement. Les procédés utilisés demandent des quantités phénoménales d’eau douce, un élément qui a tendance à se raréfier dans certaines régions du globe. Ils provoquent la pollution des eaux et des sols, détruisent les fragiles écosystèmes boréals et génèrent d’énormes quantités de gaz à effet de serre (trois fois plus que pour l’exploitation du pétrole classique), dont le gaz carbonique et le méthane qui était piégé depuis des millénaires dans les tourbières.

 

Comments are closed