Chine et schistosomiase

Pollution d'un fleuve chinois par des algues vertes

Pollution d’un fleuve chinois par des algues vertes

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Un tour du Monde non conformiste – pages 82-83

 

En 1981, dans la province chinoise de Hubei, le long du fleuve Yang Tsé, les rizières étaient basées sur un vaste réseau d’irrigation, milieu propice à la multiplication de parasites tels que Schistosoma japonicum, responsable de la shistosomiase, ou bilharziose. Cette terrible maladie chronique, responsable chaque année de millions de morts, affectait, au début des années 50, la plupart des ouvriers agricoles de la province chinoise. La propagation de la maladie dans les zones humides des pays en voie de développement avait pour principale cause le manque d’hygiène dans les zones rurales.

En 1955 le gouvernement chinois estima que 10 millions de chinois souffraient de cette affection difficile à soigner par des remèdes traditionnels. Un vaste programme d’éradication du parasite fut lancé (assèchement partiel, pesticides, installation de latrines…) et permis de réduire le nombre de cas de schistosomiase à 2 millions seulement. La Chine avait ainsi obtenu de bons résultats alors que la maladie se propageait dans d’autres régions, notamment en Afrique.

Mais la Chine qui s’industrialisait de plus en plus vite devait faire face à de nouveaux problèmes de pollution. Les fleuves étaient contaminés par des produits issus des usines qui poussaient comme des champignons (400 000 au début des années 80). Il était difficile d’imposer des amendes aux pollueurs puisque L’État était alors propriétaire de toutes les entreprises chinoises!

 

La situation s’est-elle améliorée depuis 1981 ?

Si la bilharziose était encore endémique dans huit provinces chinoises au début des années 90, un programme d’éradication sur la période 1992-2001, financé par la Banque mondiale, a permis des progrès significatifs. On peut considérer aujourd’hui que la Chine a su maîtriser cette maladie endémique, sans toutefois l’éradiquer.

Selon l’OMS plus de 61,6 millions de personnes ont été traitées contre la bilharziose en 2014. Au moins 258 millions de personnes auraient eu besoin d’un traitement préventif, dont 90% vivant en Afrique.

La Chine contemporaine, après 35 années d’industrialisation à marche forcée au détriment de toute préoccupation environnementale, est devenue un pays sinistré par une pollution massive qui a engendré des dégâts considérables. Les eaux douces, nappes phréatiques, rivières et fleuves, sont particulièrement touchées, avec plus de 65 % des eaux impropres à la consommation et 20% tellement polluées que le moindre contact en devient dangereux. Le problème est tel qu’on estime qu’un quart de la population chinoise n’a pas accès à l’eau potable et que la moitié boit régulièrement une eau contaminée par des déchets humains ou animaux.

L’origine de cette pollution est multiforme. Il y a les rejets chimiques toxiques des entreprises du textile sous-traitantes des grandes marques occidentales (Nike, Adidas, Lacoste, Puma, H&M…). Il y a la pollution par les engrais agricoles et les pesticides chimiques utilisés en masse pour satisfaire aux besoins d’une agriculture productiviste. Il y a aussi la pollution par les quelques 20 000 usines pétrochimiques construites à proximité des rivières…

Le coût total de la pollution des eaux chinoises en termes de vies humaines s’élèverait à 60 000 décès prématurés chaque année, parmi les 750 000 liés à la pollution en Chine (Banque Mondiale).

Ces dernières années la Chine, qui expérimente de manière de plus en plus catastrophique les effets de la pollution sur son propre territoire, est en pointe dans les technologies écologiques. Cependant, tant qu’elle ne remettra pas en cause sa politique de développement économique à outrance, tous ses efforts risquent d’être vains.

 

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