Ce qui disparait aussi

L’Almanach Cousteau de l’Environnement – Les quatre grands changements : Les choses qui disparaissent – pages 338-339

 

Notre planète telle que nous la connaissions il y a un demi-siècle n’est plus la même aujourd’hui. La perte de richesses continue à s’accélérer à cause de l’activité anthropique et nous savons déjà que nous laisserons aux générations futures un monde plus pauvre que celui que nous ont laissé nos ancêtres.

 L’Almanach Cousteau de l’Environnement donnait en 1981 quelques exemples de choses qui disparaissaient de la planète.

Le fleuve Columbia (USA) avait perdu 85% de sa population de saumons effectuant une montaison de 2000 kilomètres à partir de l’océan Pacifique jusqu’aux lacs et rivières des montagnes des Kootenays. Cette hécatombe était due à l’exploitation commerciale du cours d’eau, en particulier par les barrages hydroélectriques. Le saumon atlantique est devenu aujourd’hui une espèce en déclin dans tout l’Atlantique Nord où sa population aurait chuté des 2/3 au cours de ces 40 dernières années. Les autochtones du Canada et des États-Unis continuent de se battre pour préserver la montaison du saumon dans le fleuve Columbia et réclament que des moyens logistiques soient mis en place pour permettre aux saumons de contourner les barrages. Des progrès ont été réalisés, comme la “réouverture” aux poissons migrateurs de la rivière Penobscot (États-Unis) grâce à la suppression des barrages Great Works dam et Veazie dam et à la construction d’une rivière de contournement pour permettre le passage du Howland dam.

Montaison des saumons

Montaison des saumons

Sphénodon (Nouvelle-Zélande)

Sphénodon (Nouvelle-Zélande)

Le sphénodon, seul survivant de l’ordre des rhynchocéphales qui ont connu leur heure de gloire à l’ère du Trias, n’était plus présent que sur quelques îlots rocheux de Nouvelle-Zélande. C’est un véritable fossile vivant, morphologiquement inchangé depuis près de 200 millions d’années. Pour les Maori, qui le considéraient comme un messager divin, c’était un “taonga”, c’est-à-dire un “trésor particulier”. Le sphénodon est considéré comme espèce vulnérable par l’UICN depuis 1994. Comme beaucoup d’animaux natifs de Nouvelle-Zélande, il est menacé par la destruction de son habitat naturel et par l’introduction accidentelle du rat polynésien. Pour préserver ce fossile vivant, l’espèce a été introduite dans le sanctuaire animalier de Karori (île du Nord) et des campagnes d’éradication des rats sont menées depuis les années 90.

La population du pic à cocarde rouge ne représentait que 10 000 individus à la fin des années 70. Cette raréfaction est due à la chute du nombre de pins atteints de la “maladie du cœur rouge”, maladie qui ne touche que les plus vieux arbres et qui ramollit suffisamment le bois pour permettre au pic d’y creuser son nid (c’est la seule espèce de pics à creuser son nid dans un arbre vivant). Les techniques forestières modernes ne permettant plus de laisser vieillir suffisamment les arbres, le pic à cocarde rouge perd peu à peu son habitat naturel.

Aux Etats-Unis, la population d’oiseaux aquatiques ne représentait plus que le centième de ce qu’elle était avant l’arrivée des Européen. Entre 1955 et 1974, la population du canard à tête rouge est ainsi passée de 10 000 individus à moins de 300. Aujourd’hui, selon l’organisation environnementale américaine National Audubon Society, plus de la moitié des espèces d’oiseaux présentes en Amérique du Nord seraient en danger d’extinction, en particulier à cause du réchauffement climatique. Le fuligule à tête rouge ne semble par contre plus menacé d’extinction.

L’espérance de vie moyenne d’une espèce animale a fortement chuté au cours des siècles, passant de 40 000 ans au XVIIème siècle à 16 000 ans au XXème siècle.

Plus de la moitié des bans de mollusques d’Atlantique n’étaient plus exploités à cause de leur contamination par les pesticides, les métaux lourds et le pétrole. Aujourd’hui, la quasi-totalité des océans sont pollués à des degrés plus ou moins sévères. Les mollusques renferment aujourd’hui des quantités non négligeables de micro-plastiques dont certains contiennent des perturbateurs endocriniens (bisphénol A et phtalates).

En 1981 on estimait qu’aux Etats-Unis la végétation avait disparu sur plus de 20 millions d’hectares. Certains prédisaient la disparition prochaine de la forêt en Thaïlande, au Népal et en Afrique de l’Ouest. Selon un rapport de la FAO, la planète perd chaque année depuis 1990 51600 kilomètres carrés de forêt (“l’évaluation des ressources forestières mondiales 2015”). Les forêts en Amérique du Sud et en Afrique devraient continuer à diminuer jusqu’en 2030, tandis que leur superficie va s’agrandir dans toutes les autres régions du monde.

Blanchiment des coraux

En 1981, la barrière de corail du pacifique était  gravement altérée par l’activité humaine. La Grande Barrière de corail, le plus grand ensemble corallien du monde (348 000 km2), est inscrite au Patrimoine Mondial de l’Humanité. Cela ne l’empêche pas de continuer à régresser. Elle a perdu la moitié de ses coraux au cours des trente dernières années. Des coraux qui meurent c’est de nombreuses espèces aquatiques qui perdent leur habitat, ce qui affecte l’ensemble de l’écosystème. Depuis 1998, on a assisté à trois épisodes de blanchiment à grande échelle des coraux (1998, 2002, 2016). Ce blanchiment est lié à la hausse durable de la température de l’eau qui peut atteindre à certains endroits deux degrés de plus que les températures maximales et qui entraine la disparition des algues responsables de la couleur des coraux et indispensables à leur nutrition. Sachant qu’il faut au moins dix ans pour que de nouveaux coraux remplacent ceux qui ont disparu, la survie même de la Grande Barrière de Corail est compromise si les épisodes de blanchiment venaient à s’intensifier. Les récifs coralliens sont aussi soumis à d’autres fléaux, comme la pollution par les engrais qui favorise le développement de l’acanthaster, une étoile de mer prédatrice des coraux.

Parmi les choses qui disparaissent, l’Almanach Cousteau de l’Environnement aurait pu aussi parler des abeilles dont la surmortalité depuis une vingtaine d’années est devenue préoccupante (20% de surmortalité en moyenne en Europe). Cette surmortalité est attribuée à plusieurs facteurs : pesticides (Cruiser, Gaucho, Régent…), pathogènes (champignon : Nosema Ceranae, acarien : varroa, virus : IAPV), espèces invasives (frelons asiatiques), pollution des écosystèmes, raréfaction des espèces végétales, réchauffement climatique… Ce déclin des abeilles n’est pas anodin lorsqu’on sait, selon une étude INRA-CNRS, que 35 % de la production mondiale de denrées alimentaires est directement dépendante des pollinisateurs comme les abeilles.

Hécatombe des abeilles

Hécatombe des abeilles

L’Almanach Cousteau de l’Environnement aurait aussi pu évoquer le cas de ces îles paradisiaques menacées de disparaître à cause de l’augmentation du niveau des eaux (10 cm en 50 ans) dû au changement climatique (fonte des glaciers et des calottes glaciaires). Les premières victimes de cette augmentation du niveau des océans devraient être les archipels du Pacifique, notamment les îles Marshall, les îles de Polynésie, les Maldives (océan Indien) et certaines régions d’Asie (Philippines, Indonésie) qui  pourraient disparaître totalement au cours de ce siècle. De grandes villes construites à proximité des côtes et sous le niveau des océans pourraient elles aussi être gravement menacées : Miami, New York, Tokyo, Singapour, Amsterdam, Rotterdam…

 

 

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